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mercredi, 08 juin 2011

Perplexités... par j-M. DEMARQUE, psychanalyste

Perplexités…

Par Jean-Marie Demarque,

Psychanalyste

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Il y a quelques semaines, je décidais, avec quelques amis, tous passionnés de psychanalyse, de créer un groupe aux idées larges, rassemblant des « psys » (ciel, le vilain mot !) de tous les horizons, tant psychologues que psychanalystes, psychothérapeutes, art-thérapeutes, musicothérapeutes, psychanalystes intégratifs, etc… et des usagers de ces différentes disciplines, de simples « curieux » aussi…

L’idée rejoignit très vite les suffrages de nombreuses personnes et, chose pour moi à la fois merveilleuse et encourageante, celles-ci  se mirent aussitôt à échanger, à dialoguer librement, toutes heureuses de pouvoir enfin se parler, se découvrir, se comprendre, se dire !

Très rapidement aussi arrivèrent les critiques !

Certaines, justes, constructives et fondées insistaient sur la spécificité de la psychanalyse, sur son cadre, qu’il fallait préserver à tout prix. Elles furent reçues avec intérêt et reconnaissance : elles prouvaient l’ouverture d’esprit de ceux et celles qui les formulaient, ainsi que leur souci de voir ce groupe évoluer positivement. Nous en tenons donc compte, et je remercie vraiment ceux et celles qui nous les ont adressées !

Mais à l’opposé de celles-ci, surgirent quelques commentaires agressifs ou méprisants de quelques uns qui trouvaient saumâtre cette idée d’ouverture qui, à les entendre, risquait de dénaturer « leur » chère psychanalyse ! Sans compter les visages qui se fermèrent, les dos qui se tournèrent…

Pour préserver la tranquillité d’esprit de nos membres, et la sérénité de nos échanges, nous fûmes donc contraints de rendre « secret » notre groupe.  Ce qui eut un effet inattendu : plusieurs membres se présentèrent d’une manière très spontanée,  se dévoilant soudain spontanément et exprimant du même coup la joie libératrice qu’ils éprouvaient de cet acting out !

C’était surprenant, et cela ne manqua pas d’en inquiéter plusieurs : nous n’étions pas dans un cadre psychanalytique et il pouvait y avoir risque de dérapage. Quelques collègues bien intentionnés me le firent remarquer et nous eûmes alors des échanges très intéressants et constructifs à ce propos, et à propos de ce « mélange » induit par la création de ce groupe pour le moins particulier. C’était très positif, et chacun put en retirer des enseignements pour sa propre manière d’être ou de penser : le « métissage », sans aucun doute, élargissait les esprits et aidait à évoluer positivement.  Du reste, dans un tel contexte, avec un tel arrière-plan, qui eut pu en douter ?  Mais pourtant…

Pourtant, je ressens clairement une hostilité certaine vis-à-vis d’Utopsy, venant d’hommes et de femmes que j’estime profondément en tant que tels et en tant que psychanalystes, mais qui semblent  rejeter en bloc toute idée d’une telle ouverture, arguant du fait qu’elle risque de (je cite !) « dénaturer  l’esprit de la psychanalyse » !

Lorsque j’entends de telles réactions, passée une première réaction naturelle et spontanée de colère, je reste plongé dans une profonde perplexité !

Comment ?  Ces hommes et ces femmes que j’imaginais ouverts d’esprit, « neutres et bienveillants » seraient donc des champions de l’intolérance ? Eux ? Des psychanalystes ?

Sincèrement, je ne veux pas y croire, je me dis qu’il doit y avoir maldonne, malentendu !  A moins que…

A moins que ces hommes et ces femmes ne soient en réalité motivés par une peur : celle de voir leur échapper ce qu’ils considèrent comme un bien propre, lorsque ce n’est pas comme une gnose sacrée, et ne me voient finalement que comme un Prométhée qu’il faut stopper et punir ! Auquel cas je me permets de leur poser cette question : « en quoi êtes vous donc ce que vous prétendez être ? »

La psychanalyse fut et reste, malgré ses détracteurs à toutes les époques, une technique extraordinaire et tout à fait particulière, qui a permis, permet et permettra à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de trouver leur point d’équilibre de manière durable, voire définitive, sans les  « programmer » ni les dénaturer, en respectant leur individualité propre, leur spécificité. Elle est et reste aujourd’hui irremplaçable !

Mais la société, les manières de vivre, de penser ont changé, évolué. Les demandes se sont déplacées au fil du déplacement des habitudes de vie, au fil du prétendu progrès ! Qu’on l’admette ou non, ce changement est là, et il est irréversible ! La psychanalyse doit s’y intéresser, doit pouvoir se remettre en question, se réinventer, s’adapter à ces nouvelles demandes ! Sinon, elle disparaîtra peu à peu, au profit d’autres thérapies (ouh ! encore un vilain mot !) qui seules pourront répondre à la demande des hommes de demain. Et ce serait infiniment dommage pour ce qu’elle contient de spécificité, ce serait aussi, in fine, faire insulte à son initiateur, Sigmund Freud, qui était, lui, en son temps, totalement ouvert à la découverte et à la nouveauté.

Fort heureusement, certains ont compris cela et osent innover, osent s’écarter de l’univocité de nombreuses écoles qui tiennent d’abord et avant tout à leurs prérogatives et s’enferment de plus en plus sur elles mêmes. Heureusement, il y a des psychanalystes qui refusent de marcher au pas et qui, conscients de leur devoir de transmission, et fiers de leur spécificité sont prêts à s’ouvrir aux autres, à accepter le travail commun dans le respect de la spécificité et de la différence de chacun ! Ils sont relativement nombreux, parfois parmi les plus « chevronnés » et ont en commun leur indépendance. Ils savent prendre le bon là où il est, y compris dans les « Ecoles », et faire la part du reste. Ils savent que l’avenir de la psychanalyse se joue dehors, pas dans un milieu clos, une réserve pour quelques dinosaures en voie d’extinction pure et simple !

Oui, je suis perplexe ! Perplexe de ce que je vois, de ce que je constate, moi le « jeune », le débutant sans expérience, qui n’a pour lui que son idéal et son regard neuf, encore vierge de tout clientélisme.

Perplexe, mais confiant en l’avenir de la psychanalyse, qui a toujours su, au fil des décennies et des épreuves auxquelles elle se trouvait confrontée, aller de l’avant !

C’est pourquoi, contre vents et marées, je maintiendrai  mon cap !

Merci à celles et ceux qui me font confiance et partagent les joies et les risques de cette aventure, que ce soit via le groupe « utopsy », ou individuellement !

Jean-Marie Demarque

Psychanalyste

 

 

 

"Le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même...et de quelques autres... Simples réflexions, par J-M. DEMARQUE, psychanalyste.

Quelques simples réflexions autour d’une phrase de Jacques Lacan :

« Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même »

Par Jean-Marie Demarque,

Psychanalyste

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Revenant, il y a quelque temps, sur une publication assez malvenue que j’avais « commise », reconnaissant mon erreur et m’en excusant auprès des personnes directement intéressées, je me suis rendu compte il y a peu que j’avais totalement occulté un aspect de la polémique, sur lequel je voudrais revenir aujourd’hui : Dans la présentation de cet article, je l’avais, de bonne foi, dédié à deux personnes que je ne nommais pas, et notamment à celle que j’appelais en l’occurrence ma « marraine ».

Aucune malice là dedans, du moins aucune malice consciente ! Mais notre inconscient, qui dans certaines circonstances que nous avons pu lui favoriser, s’avère souvent, lui, plus retors que nous-mêmes…. 

Bref, ce faisant, j’avais non seulement offensé cette personne, mais j’avais surtout écrit une énormité qu’elle ne pouvait avaliser!

S’il est vrai qu’un psychanalyste « ne s’autorise que de lui-même » et (pour être complet) « de quelques autres », cela ne signifie certainement pas qu’il puisse être ou se croire être « avalisé » ou « parrainé » par qui que ce soit !  Ce qui équivaudrait, sur le simple plan de la responsabilité personnelle, à en faire un incapable, et mettrait ses « sponsors » en fâcheuse situation …

Je sais que la personne que j’ai ainsi particulièrement blessée, m’a aujourd’hui pardonné, mais j’estime juste de faire cette démarche publiquement, non pas dans un souci malsain d’auto flagellation, mais dans celui d’amener chacun à débattre de cette question importante et de mettre en garde quiconque pourrait se sentir attiré, de quelque manière que ce soit, par la pratique de la psychanalyse.

Que signifie ici, « s’autoriser soi-même » ?

Essentiellement, dans ce contexte, c’est d’abord se sentir prêt à « passer » du divan au fauteuil, et à occuper la place de celui que Lacan présente lui-même comme un « supposé savoir ».

Supposé savoir…. Ce ne peut donc être, ou en tout cas se résumer à une personne ayant « acquis » un savoir de manière patente, en suivant des cours et en passant des examens comme le feraient par exemple des médecins (qui n’ont eux même qu’un savoir relatif, limité par l’inexactitude de leur « science » !) , ni une sorte de « sage » auquel on s’adresserait en raison  de ce que l’expérience de la vie, ou de nombreuses lectures pourraient lui avoir apporté ! Je pense que c’est plutôt un « supposé savoir quant à lui-même, à son inconscient, à ses « profondeurs obscures » qui lui permettrait de jouer le rôle d’interface entre celui que l’on nomme l’analysant (ou si vous préférez, le « consultant » , voire le « patient ») et son propre inconscient. Un rôle très difficile, extrêmement dangereux pour les deux parties, où la moindre bévue peut être lourde de conséquences, tant pour le psychanalyste lui-même que pour l’analysant.

C’est en fonction de ces critères-là, qui lui sont personnels et qui diffèrent d’une personne à l’autre, qu’une personne peut « s’autoriser » ELLE-MEME, à exercer la psychanalyse. C’est sa responsabilité, et nul ne la prendra à sa place. Rien ni personne ne pourra non plus en décider : ni diplôme, ni « cursus », ni même ses « pairs » !  Et si la phrase complète se termine par l’ajout de « et de quelques autres », il ne s’agit nullement de donner à ces « autres » là un quelconque droit de veto !

Ajoutons aussi que les « quelques autres », ce sont aussi les analysants eux-mêmes, qui reconnaissent leur analyste en tant que tel !

Tout ceci implique cependant certaines conditions indispensables : le futur psychanalyste (appelons-le ainsi) devra d’abord et avant tout passer lui-même par le divan, et poursuivre une analyse personnelle qui pourra être plus ou moins longue. (Le critère de durée est assez flou, ce qui ne l’est pas ce sont les effets de cette analyse sur la connaissance et la maîtrise de soi de l’analysant.)

Il lui faudra aussi, et c’est élémentaire, lire ce qu’ont écrit ses aînés, parfois durant des années, sur le sujet : les écrits de Freud, de Lacan qui en fait une « relecture » magistrale (mais pas nécessairement absolue !), mais aussi d’autres comme Dolto, Jung, Ferenczi… Prendre connaissance de ces « idées » ainsi développées, et apprendre à les mettre à l’épreuve du questionnement personnel et du partage avec d’autres. Tout cela, on l’imagine bien, peut durer très longtemps !

Et ce n’est pas tout : même s’il n’est pas là pour poser des diagnostics, le futur psychanalyste se devra cependant d’acquérir un minimum ( !) de connaissances cliniques…

On imagine bien, dès lors, que deux clés essentielles de l’accès à la pratique psychanalytique sont le temps et…la patience !

Il en est encore une troisième qui est…l’humilité, qualité absolument requise à celui qui, qui qu’il soit, et quel que soit son parcours, n’est et ne sera jamais qu’un « supposé savoir », qui n’existe en tant que tel qu’au travers de l’acte analytique et du rapport entre analyste et analysant !

Enfin, il reste un « plus », indispensable, essentiel : et ce plus, c’est le désir ! On ne devient pas psychanalyste comme ça, par « vocation » ou convention : encore faut-il le désirer vraiment, en avoir envie. Et ce désir ne peut qu’être lui-même analysé sur le divan !

Et à bien réfléchir à tout ceci, je me demande si vraiment quelqu’un , un jour donné, peut vraiment dire qu’il « est » psychanalyste !

En faisant cette dédicace, il y a quelques semaines, j’avais « oublié » ces choses, et je m’étais comporté de manière plus que légère !  Il y a loin de la coupe aux lèvres, et nul ne peut, s’estimer ainsi « arrivé ». Tout au plus peut-on se dire, comme je l’ai aussi parfois écrit : « en devenir »…

Enfin, et pour conclure, devant cette phrase de Lacan, je dirai deux choses :

  • 1°. Que comme pour toute phrase de ce type, il faut essayer de la replacer dans son contexte. (On commet parfois la même erreur avec des versets de la Bible qu’on assène sur la tête des gens, sans savoir que, dans leur contexte ils peuvent vouloir dire toute autre chose)
  • 2°. Que Lacan n’est pas toute la psychanalyse, et qu’il serait dommage de vouloir la réduire à ce qu’il peut en dire. Il était le premier à l’admettre il n’était qu’un homme et…un freudien ! Qui n’a pas cependant trahi celle que le « maître » pouvait défendre en tant que « Laïen Analyse ».

Et j’ajouterai une toute dernière réflexion : même si notre décision de nous autoriser à exercer ne dépend que de nous, on ne peut être psychanalyste tout seul. Il existe des Ecoles, des Associations, des Groupes, qui sont là pour nous le rappeler, et la supervision reste un temps nécessaire au débutant, tout comme la concertation avec d’autres restera essentielle durant toute une vie de pratique et de perpétuelle remise en question !

Jean-Marie Demarque

Psychanalyste 

Introduction à la Psychanalyse : séminaire de lecture de textes freudiens, par Jean-Marie DEMARQUE, Psychanalyste

INTRODUCTION A LA PSYCHANALYSE

Séminaire de lecture de textes de Sigmund Freud

Année 2011-2012

Groupe « Utopsy »


 

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1.    Introduction à l’Introduction

17 mai 2011

 

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La vie a de ces détours parfois étranges, qui font qu’on se retrouve parfois, un soir, devant une feuille blanche,  à se demander non seulement ce qu’on va bien pouvoir y écrire, mais encore, en son fort intérieur, à se trouver bien ennuyé et perplexe d’avoir émis une idée si folle qui fait qu’on se trouve là, à sécher bêtement comme un mauvais étudiant…

Qu’est-ce qui m’a pris d’avoir cette idée folle, non pas d’inventer l’école, mais de lancer ce séminaire virtuel axé au départ sur l’ « Introduction à la Psychanalyse », de Sigmund Freud ? Mon amour de la psychanalyse ? L’envie de partager un enthousiasme ? Le désir d’en savoir plus, d’aller plus loin ? Sans doute un peu un mélange de tout ça, oui.

Mais pourquoi justement cet ouvrage, qui n’est pas du tout, et loin s’en faut, le premier écrit de Freud ?

Sigmund Freud, né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856 à Freiberg, (actuelle république Tchèque, à l’époque Moravie –Autriche-) va produire ses premiers écrits durant les années 1884-1885 en rédigeant deux articles sur…la cocaïne ! (« Écrits sur la cocaïne », (1884), ainsi que « Contribution à la connaissance des effets de la coca », (1885))

Dix ans plus tard, il rédige Études sur l'hystérie (en collaboration avec Joseph Breuer) (1895). Viennent ensuite de nombreuses œuvres, dont L'Interprétation des rêves (1900),Psychopathologie de la vie quotidienne (1904), , que nous découvrirons aussi ensemble, ainsi que des œuvres très connues telles que les Cinq Psychanalyses (Dora, L'homme aux Loup, L'homme aux rats, le petit Hans, Président Schreber), 1911, Totem et Tabou (1913), et une multitude d’autres écrits, dont l’ensemble fait l’objet d’une compilation , publiée depuis 1988 par les Presses universitaires de France , œuvre collective sous la direction scientifique de Jean Laplanche

 Son Introduction à la psychanalyse , parue en allemand en 1917, peut donc être considérée comme un écrit relativement tardif (Freud meurt à Londres en 1939, des suites d’un cancer de la mâchoire contracté dès 1923.). Cependant, il sera un des premiers ouvrages de Freud traduit en français dès 1922 par le Docteur Ianchelevitch, et publié chez Payot. Ce qui contribuera certainement à le faire connaître assez rapidement de nombreuses personnes, d’autant qu’il rassemble des conférences ou des cours donnés par Freud initialement à des collègues médecins comme lui, qu’il tentait, avec parfois des efforts manifestes, de convaincre du bien fondé de sa « méthode ».

L’édition dont je me suis servi  est celle de chez Payot, et date de 1923. Brochée et rendue fragile par les ans, encore en partie non coupée, je l’ai trouvée chez un bouquiniste pour la modique somme de…4,50€ ! Elle tombe un peu en ruine, mais elle a un charme certain, et… j’y tiens beaucoup…

Sur la deuxième de couverture, l’éditeur signale la parution déjà réalisée de « Psychopathologie de la Vie Quotidienne », traduite par le même Dr Ianchelevitch, ainsi que celle de « Cinq leçons sur la Psychanalyse, données à la Clark University (U.S.A.) , traduction française par Yves Le Lay, introduction par Edouard Claparède.

Il annonce aussi la parution prochaine de « Totem et Tabou », et celle de « Psychologie des Masses et Analyse du Moi ».

L’ouvrage se divise en trois grandes parties :

·        La première partie : contient les quatre premiers chapitres, consacrés aux « actes manqués » au sens le plus large du terme.

·        La seconde partie, plus conséquente, contient les chapitres 5 à 15 et est entièrement consacrée au rêve.

·        La troisième et dernière partie, contient les chapitres 16 à 28, et développe la « théorie générale des névroses ».

Le livre s’ouvre sur un avertissement de l’auteur, qui nous éclaire sur ses intentions premières. En voici les premières lignes :

AVERTISSEMENT

Ce livre que je publie aujourd’hui sous le titre s’ « Introduction à la Psychanalyse », n’est nullement destiné dans ma pensée à faire concurrence aux exposés d’ensemble déjà existants de cette branche scientifique (Pfister, Die psychoanalytische Methode, 1913 ; Leo Kaplan, Grundzüge der Psychoanalyse, 1914 ; Refis et Hesnard, La psychanalyse des névroses et des psychoses, Paris 1914 ; Adolf F. Meijer, De Behandeling van Zenuwzieken door Psychoanalyse, Amsterdam, 1915 ) . Il constitue la reproduction fidèles des leçons que j’avais faites pendant les semestres d’hiver 1915-1916 et 1916-1917 devant un auditoire composé de médecins et de profanes des deux sexes.

Cette genèse de mon livre explique toutes les particularités qu’il peut présenter et dont quelques unes  sont de nature à étonner le lecteur. Il ne m’a pas été possible de donner à mon exposé le calme froid d’un traité scientifique ; lecteur, je me trouvais plutôt dans l’obligation de faire tout mon possible pour ne pas laisser faiblir l’attention de mes auditeurs pendant les deux heures environ que durait chacune de mes leçons.(…)

 

PREMIERES REMARQUES , A PROPOS DE CET AVERTISSEMENT :

D’entrée de jeu, Freud donne au lecteur une courte bibliographie qui a le mérite de nous montrer que, dès le début des années 20 du siècle dernier, la psychanalyse est déjà bien connue en Allemagne, ainsi qu’en France et aux Pays Bas.

Il précise que ce qui va suivre,  et qui constitue la matière de ce livre, est le contenu exact de leçons données par ses soins durant ces années 1916-1917, par tranches de deux heures environs.

Nous sommes par conséquent en présence d’un recueil de conférences, ce qui en explique le ton peu habituel, vivant, mais truffé de redondances ! Freud reprend maintes et maintes fois le même sujet, les mêmes exemples bien choisis…

Les « conférences » (ont-elles seulement été réellement prononcées ?) sont groupées par thèmes précis, mais la « matière » psychanalytique proprement dite est dispersée de ci de là  au fil de ces dernières.

Il est incontestable que le propos de l’auteur est de faire œuvre didactique : il signifie d’ailleurs très clairement à ses lecteurs que cet ouvrage est en quelque sorte un résumé, une vulgarisation de ses théories, adressée à des profanes. Toutefois, il ne manque pas non plus de le présenter également comme une révision, une mise à jour de ses théories, augmentée de quelques nouveautés, de matériaux restés jusqu’alors inédits…

 

Commençons notre lecture en examinant la préface, signée du Dr Janchélévitch :

 

Si la psychanalyse commence, à cette époque, à être connue en France, 20 ans après l’Allemagne et les Pays anglo-saxons, l’ouvrage a selon son traducteur le mérite de mettre les points sur les « i » à propos d’une question qui déjà à l’époque, fâchait : la théorie Freudienne de l’étiologie sexuelle de la plupart des névroses, base même de ce « pansexualisme » reproché à Freud par nombre de ses détracteurs, y compris jusqu’à  nos jours !

A l’époque de cette publication en français, la psychanalyse est considérée comme « une méthode de traitement des maladies nerveuses », exercée par des  « neurothérapeutes ». Nous sommes donc bien, à ce moment, dans un cadre médical, et il ne sera que de lire les premières lignes de Freud pour s’en convaincre : il s’adresse en priorité et de toute évidence à un public de confrère, de médecins comme lui, qu’il tente de convaincre et de gagner à ses thèses.

Donc, on peut dire de l’ « Introduction à la psychanalyse » qu’elle vise un double objectif :

·        L’instruction de médecins destinés à la pratiquer.

·        L’instruction d’un public large, de profanes intéressés par elle.

·         

Un peu d’histoire…

A l’origine, Freud, encore jeune étudiant en médecine va prendre connaissance avec une méthode expérimentale, utilisée par le Dr Breuer, de Vienne, qui consiste à traiter les cas d’hystérie en soumettant le malade (en fait « la » malade, puisqu’on considère alors l’hystérie comme une maladie exclusivement féminine !) à l’hypnose, et en le faisant remonter, par libre association, à la source de son problème. Breuer a constaté que le malade fait alors appel à quelque chose dont ni lui ni le thérapeute n’ont conscience, et que l’expression de ce « quelque chose » amène le malade à un soulagement aussi profond qu’évident…

Il découvre aussi que ce processus ne se limite pas aux paroles du malade, mais agit directement sur ses symptômes, perçus comme l’expression extérieure d’événements vécus par lui et dont il avait totalement   « oublié » le souvenir ! C’est le principe même du refoulement et de son expression qui vient d’être découvert !

·        En 1888, Freud se rend à Paris, alors haut lieu de la neuropathologie, et y rencontre Charcot et Bernheim. La même année, il s’attèle à la tâche immense qui consiste à traduire en allemand un ouvrage majeur de Bernheim[i] : « De la Suggestion et de ses Applications Thérapeutiques ».  C’est cette même année qu’il va appliquer pour la première fois à une de ses patientes,  Frau Emmy von N., une méthode directement inspirée des techniques de Breuer.

·        En 1891, Freud publie un livre sur l’aphasie.

·        En 1892, il devient collaborateur de Breuer et publie la traduction du second volume de l’ouvrage de Bernheim.

·        En 1894, publication d’un article sur « les Psychonévroses de Défense » et traduction des « leçons du mardi » de Charcot !

·        En 1895, il publie un premier ouvrage majeur : « Studien über Hystérie », première ébauche de ce qui deviendra ensuite sa théorie psychanalytique…

Freud, on le voit, travaille, et travaille dur, sans relâche. Il a « ses » maîtres, envers lesquels il développe un véritable transfert, tour à tour positif puis négatif… E, 1896, il se brouille avec Breuer, et il scandalise son auditoire lors d’une conférence qu’il donne sur l’étiologie sexuelle de l’hystérie. C’est aussi cette même année qu’il voit, en octobre, mourir son père Jacob…  Comme tout homme, Freud passe par des périodes difficiles, et ces dernières ont sans doute des répercussions sur son travail.  C’est un côté humain que j’apprécie particulièrement chez lui !

Mais revenons à la préface de Janchélévitch…

Il souligne un fait important : Freud va retenir de la suggestion le curieux rapport qu’elle induit entre le médecin et le patient, rapport qui sera pour lui désormais la base même et le levier de toute sa théorie : le transfert, grâce auquel « le malade se débarrasse de ses sentiments ou complexes qui forment la base inconsciente, réprimée, refoulée de ses symptômes, en les reportant d’abord sur le médecin, au fur et à mesure qu’ils sont atteints et touchés par l’analyse [ii]».

Mais Freud va faire un autre constat, non moins important :

Ses contemporains, qui travaillent avec l’hypnose visent non pas à la cure générale des névroses, mais seulement à l’élimination de leurs symptômes. Par conséquent, ne s’attaquant pas à la racine même du mal, ils laissent ce dernier réapparaître plus tard, sous une forme accrue !

Cette omission était le plus souvent la cause de l’inefficacité ou de l’insuccès des autres méthodes psychothérapeutiques : «  Les symptômes physiques et psychiques que présentent les névrotiques ne sont pas des productions accidentelles, adventices, capricieuses ou arbitraires dont on puisse se débarrasser comme on se débarrasse d’une aiguille entrée sous la peau ou d’une arête de poisson qui vient se loger dans une amygdale : ils sont l’expression involontaire et inconsciente de certains complexes psychiques, affectifs et mentaux qui, pour une raison ou pour une autre, se sont soustraits ou ont été soustraits par le malade, à un moment donné de son existence, au contrôle de la conscience ou, pour nous servir de l’expression de Freud lui-même, et de toute l’école psychanalytique, ont subi un refoulement, une répression[iii] ».

C’est bien en praticien, en médecin et en chercheur que Freud aborde la psychanalyse !

Mais au fil du développement de sa méthode, , il va se tourner vers une psychologie pragmatique qui pourrait, dit Janchélévitch, passer parfois comme si simpliste aux yeux des seuls psychologues, mais qui développe cependant des concepts novateurs et essentiels, parmi lesquels ce qui est aujourd’hui encore la pierre angulaire de la psychanalyse,  j’ai nommé : l’Inconscient !

Qu’en est-il donc, de cet Inconscient, tellement mis en question, tellement contesté, voire nié ?

On en trouve deux définitions modernes dans les dictionnaires  de psychanalyse tels que ceux de Laplanche et Pontalis[iv] et celui d’Elisabeth Roudinesco[v] .

Je livre ci-dessous la définition de celui d’Elisabeth Roudinesco, qui me paraît plus claire que celle de Laplanche-Pontalis (et qui est plus récente, surtout !). Des deux côtés, cette définition est assortie d’un article dont la longueur est à la mesure de l’importance du terme !

« INCONSCIENT :

Allemand : Unbewusste ; Anglais : Unconscious.

Dans le language courant, le terme d’inconscient  est utilisé comme adjectif pour désigner l’ensemble des processus mentaux qui ne sont pas consciemment pensés. Il peut aussi être employé comme substantif, avec une connotation péjorative, pour parler d’un individu irresponsable ou fou, incapable de rendre compte de ses faits et gestes.

Employé de manière conceptuelle pour la première fois en langue anglaise en 1751 (avec la signification de non-conscience) par le juriste Ecossais Henry Home Kames (1696-1782) , le terme d’inconscient fut ensuite vulgarisé en Allemagne à l’époque romantique et défini comme un réservoir d’images mentales et une source de passions dont le contenu échappe à la conscvience.

Introduit en langue française vers 1860 (avec la signification de vie inconsciente) par l’écrivain suisse Henri Amiel (1821-1881), il fut admis dans le Dictionnaire de l’Académie Française en 1878.

En psychanalyse, l’inconscient est un lieu inconnu de la conscience : une « autre scène ». Dans la première topique, élaborée par Sigmund Freud, il est une instance, ou un système (Ics) constitué de contenus refoulés qui échappent aux autres instances du préconscient et du conscient. (Pcs, Cs).Dans la deuxième topique, il n’est plus une instance, mais sert à qualifier le ça et, pour une large part, le moi et le surmoi. »

Un Ics qui se taille la part du lion et qui émerge à la connaissance de quiconque y est attentif au travers des actes manqués, dont Freud nous brosse ici à traits précis un tableau des plus complets ! (thème qu’il reprend aussi pour une large part dans sa « Psychopatologie de la Vie Quotidienne », notamment avec l’oubli du nom  de Signorelli, au début de l’ouvrage !)

Un inconscient qui est autonome, qui n’est pas la vie psychique mais qui la moule, la détermine, un inconscient consistant, qui prend de la profondeur, de la réalité !

Ainsi, comme le souligne encore Janchélévitch, : « l’inconscient n’est pas un simple mot, il représente une réalité concrète, une réalité psychique aux éléments innombrables[vi]. »

Un inconscient qui n’a rien à voir avec le « subconscient » avec lequel le commun des mortels le confond trop souvent !

Et la sexualité, dans tout ça ?

Nous aurons largement l’occasion d’y revenir au fil de notre lecture.

Retenons qu’elle est centrale chez l’humain, et qu’elle joue un rôle majeur dans l’étiologie des névroses.

Je laisse à Sigmund Freud le soin de clôturer, à son propos, cette modeste « introduction » à la lecture de son  Introduction à la Psychanalyse, prétexte de notre partage et tremplin pour la lectures d’autres textes :

 

« L’examen psychanalytique permet de ramener, avec une régularité surprenante, les symptômes morbides à des impressions de la vie amoureuse ; il montre que les désirs pathogènes ne sont autres que des tendances érotiques ; et il nous force à admettre que les troubles érotiques occupent la première place parmi les influences morbigènes, et cela chez les deux sexes[vii]»

*  *

*

Je vous remercie de votre présence et de votre investissement et vous propose, dès la semaine prochaine, de faire halte plus précisément sur les chapitres consacrés à la grande question des actes manqués, et de nous y attarder, le temps nécessaire, avant que de poursuivre

Vous pouvez aussi, si vous en avez l’envie (et le courage), lire en parallèle la « Psychopathologie de la Vie Quotidienne », publiée chez Payot, et particulièrement, tout au début, cette question de l’oubli des noms propres, et ici, en l’occurrence, celui de Signorelli, un passage qui fait écho à ce que dit Freud à propos des actes manqués…

 

Jean-Marie Demarque

Psychanalyste

 

 



[i] Ianchélévitch se trompe, en disant que c’est en 1899 que Freud traduit Benheim. C’est en 1888.

[ii] Janchélévitch, préface à l’ « Introduction à la Psychanalyse » de Sigmund Freud, Payoy, Paris, 1923, Page 14)

[iii] Janchélévitch, idem, page 15

[iv] J Laplanche et J-B. Pontalis, « Vocabulaire de la Psychanalyse »PUF Paris 1967, pp 197-199

[v] E. Roudinesco et M. Plon, « Dictionnaire de la Psychanalyse », Fayard Paris 1997, pp 487 à 493

[vi] Janchélévitch, idem, page 18

[vii] S. Freud, « La Psychanalyse », traduction française de Y. Le Lay, Payot, Paris, page 52.

Petites notes préalables à la lecture de l’Introduction à la Psychanalyse de Sigmund Freud, par José CAMARENA, psychanalyste

« Mon témoignage aux Cahiers de La Moire (*)

 

Hommage à mon vieil ami et confrère Antoine Pinterovic »

10MAI

Petites notes préalables à la lecture de l’Introduction à la Psychanalyse de Sigmund Freud

Posted 05/10/2011 by samesoule in La Psy, Psychanalyse et TIA. Laisser un commentaire

Freud Dora 1.jpgLorsqu’il écrit ces conférences (entre 1915 et 1917), Sigmund Freud doit combattre sur plusieurs fronts pour asseoir une science qui, bien qu’encore jeune, se posait d’entrée de jeu comme avancée majeure dans le monde des connaissances et prenait une place de plus en plus grande dans les sociétés de l’époque. De là, l’idée de ces conférences, destinées aux spécialistes comme aux profanes : « devant un auditoire composé de médecins et de profanes des deux sexes » (Avertissement à la Ière édition).

Combattre les préjugés, d’abord, et en particulier celui qui voudrait que l’inconscient ne se manifeste que chez les sujets malades ou qu’il ne serait explicable qu’au départ de manifestations d’esprits déséquilibrés. C’est ainsi qu’il partira d’exemples qui, comme le rêve, relèvent du fonctionnement psychique de tout un chacun et grâce auxquels, on peut tout aussi bien parvenir, par la psychanalyse, à (en) expliquer les mécanismes inconscients.  Combattre ceux, ensuite, qui, à l’intérieur du mouvement, aimeraient réserver la psychanalyse à une élite qui en garderait l’essence doctrinaire par une vision tendant à l’obscurité, enfermée dans un vocabulaire hermétique (on en connaît encore aujourd’hui qui, ce faisant, vont à l’encontre du vœu même de Freud, pédagogue avant tout). Combattre, enfin, les spéculations les plus fumeuses qui peuvent poindre lorsque les fondements de l’édifice sont remis en cause ou, carrément, rejetés : l’inconscient comme essentiel de la vie psychique et la sexualité comme décisive et originelle.

Les théories exposées dans cette Introduction ne représentent pas l’état définitif de la doctrine freudienne. Freud sera amené à réviser celle-ci après 1920. Toutefois, quelle que soit l’importance de ces modifications, le noyau essentiel de la psychanalyse (tel qu’il est exposé au chapitre I) ne sera pas remis en question. Il est clair donc que la psychanalyse n’est pas une croyance, mais une science qui s’enrichit sans cesse. Elle devient, selon le vœu même de Freud, l’expérience de tout homme, celle de l’individu normal. D’où l’intérêt énorme de la lecture de Freud : apprendre à se connaître soi-même. « On apprend d’abord la psychanalyse sur son propre corps, par l’étude de sa propre personnalité », dit Freud (p. 9).

Mais, même à celui qui serait étranger à toute attitude névrotique, la psychanalyse a des révélations à apporter. Elle éclaire des faits que chacun peut observer dans la vie quotidienne, comme les rêves, et ce que Freud appelle les « actes manqués », c’est-à-dire en quelque sorte les petits « ratés » de la conduite dans la vie courante, tels que lapsus, erreurs involontaires de toutes sortes, oublis, etc. (chapitre 3).

Aussi, l’intérêt ultime de la psychanalyse c’est de fournir, en dehors de l’explication des maladies psychiques et de certains faits de la vie quotidienne, une clef pour interpréter toutes les productions de la vie humaine, telles que les œuvre s d’art, les phénomènes de culture et de civilisation, comme la morale, la religion, la politique, etc. On voit bien qu’une extension aussi considérable laisse le champ libre aux spéculations les plus fumeuses si les concepts de base ne sont pas très clairement et fermement définis : L’inconscient est l’essentiel de la vie psychique; Le rôle décisif de la sexualité (Freud va démontrer (chapitre 5) que la vie sexuelle de l’homme n’apparaît pas brusquement, toute faite, après la puberté, mais commence dès la première enfance, chez le nourrisson. D’autre part elle ne se limite pas aux organes sexuels, mais investit le corps humain tout entier. Toutes les époques de la vie et toutes les parties du corps sont, de façon implicite ou explicite, capables de jouer un rôle sexuel.

La psychanalyse reste d’abord et avant tout, une méthode thérapeutique dont l’originalité consiste en ceci qu’elle se sert de la parole comme seul et unique vecteur de guérison. La parole et son échange; la parole et ses ratages; la parole et ses silences; la parole et ses oublis, etc.! Il ne s’agit pas de linguistique car, ici, n’intéresse pas la parole qui dit correctement, mais bien celle qui « part en couille », se dépasse elle-même, erre, trébuche, dit à l’envers ou autre chose, celle de ce que Lacan appelait la « Linguisterie« . La théorie ne peut y précéder la pratique et si doctrine il y a, elle n’est en aucun cas systématisable.

 

José Camarena – Psychanalyste

 052011

© Hozé 5/2011


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Du Grand Autre au Réel : être ou ne pas être athée ? Par Jean-Marie Demarque, Psychanalyste

Du grand Autre au Réel :

Etre ou ne pas être athée ?

Par Jean-Marie Demarque, théologien et psychanalyste.

 

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Est-ce un effet du temps qui passe ? Depuis quelques années j’avais résolument tourné le dos à mes racines chrétiennes, ou plutôt à une quelconque forme de croyance en un D.ieu tel que nous le décrivent les trois grandes religions monothéistes, à savoir un D.ieu créateur, tout puissant, omniscient, aimant et qui récompenserait les « bons » et punirait les « méchants ».

D’ailleurs y avais-je jamais cru ?

Je ne le pense pas !

Le pasteur que je fus n’a jamais tenté de convertir quiconque à des idées qu’il ne partageait pas, et le théologien que je reste a toujours été réfractaire à toute dogmatique, à tout formatage de l’esprit . Je ne crois plus aujourd’hui, pour y avoir longuement réfléchi, ni à la divinité du Christ, ni à l’intervention de l’Esprit dans sa venue au monde, ni encore moins en la résurrection, qui sont autant de clichés mythiques communs à nombre de religions et qui prennent leurs sources parfois très loin dans l’histoire : je pense ainsi à l’histoire merveilleuse d’Osiris et à la quête d’Isis, débouchant pour elle sur une parturition miraculeuse à l’issue de laquelle elle enfante Horus sauveur de l’humanité et vainqueur du mal…  Les similitudes avec la conception virginale de Marie et l’inscription messianique de la personne de l’homme Jésus dans « l’Histoire du Salut » sont trop flagrantes pour qu’on les balaie d’un revers de main !

Il n’empêche que je suis homme, et que comme tel je me pose comme tout un chacun la question de mon origine, de celle de la vie en général, et du sens de la mienne en particulier.

Suite à un parcours personnel parfois assez chaotique et difficile, je m’étais en quelque sorte enfermé dans le déni de D.ieu, n’arrivant pas vraiment cependant à me définir sur le plan d’une croyance ou de son absence. Tour à tour, je me présentais comme agnostique, voir comme athée, mais ces qualificatifs ne me satisfaisaient pas.

Une seule racine restait fermement plantée dans mon être intérieur : celle d’un certain judaïsme, que j’avais beaucoup approfondi durant mes études de théologie, et surtout durant les quatorze années de mon ministère pastoral, à un point tel que certains de mes collègues, et de mes paroissiens me reprochaient  alors d’être plus juif que chrétien. Je dois dire que cela me plaisait assez, même si ce fut une des sources de ma « chute »…

N’empêche, durant les quatre dernières années, à l’issue de mon « excommunication » de l’Eglise Protestante Unie de Belgique, j’ai vécu assez mal ce déni du divin, cette totale rupture avec tout ce qui, pendant plus de vingt ans avait constitué pour moi le centre, la motivation première de ma vie. Je m’étais donné à fond à la théologie, je pratiquais quotidiennement ou presque l’exégèse des textes sacrés de la Bible hébraïque ou du Second Testament[i] dans leurs textes originels, je me plongeais dans l’étude du Zohar, du Sefer Yetsira, je me passionnais pour la phénoménologie des religions, je lisais le Coran, les Hadits, les écrits de maîtres Soufis… Et puis, du jour au lendemain, plus rien de tout ça !

En une année, j’ai revendu quelque 4000 bouquins d’une superbe bibliothèque que je m’étais constituée au fil du temps… Par nécessité sans doute, mais aussi et surtout par dépit et colère. Un geste que je regrette amèrement  aujourd’hui…

Dans les premier temps, et jusqu’il n’y a pas très longtemps (je peux donner une date précise !) je me suis reproché d’avoir « perdu mon temps » à faire de la théologie, d’y avoir gaspillé près de la moitié de mon existence… Puis un jour j’ai subitement compris que ce « passage » était à envisager dans un ensemble, et qu’il faisait l’écheveau  d’un fil rouge qui m’avait mené à la psychanalyse, comme usager d’abord, comme praticien ensuite… Et la semaine dernière, à la lecture d’un livre De Marc-Alain Ouaknin, intitulé « Tsimtsoum[ii]», je découvrais une étrange continuité à ce « fil rouge » !

C’est au départ de la troisième partie de cet ouvrage, intitulée « Corps et Graphie », et particulièrement  du passage titré « La guérison : Dénouer les nœuds ; Méditation et psychanalyse » que j’ai tenté d’élaborer la réflexion que je développe ci-après. Permettez-moi d’en poser quelques jalons :

La santé :

 

En hébreu, le mot « santé » se dit « bériyout », et dérive de la racine « bériya », qui renvoie à la création du monde, elle-même issue du verbe « bara », qui signifie « créer » et qui ne peut avoir que D.ieu comme sujet. Ce qui revient à dire que la santé est d’ordre sinon divin, à tout le moins spirituel. Ce pourquoi sans doute la sagesse populaire admet communément que « le moral, c’est cinquante pour cent de la guérison » ! Autrement dit, que l’on soit ou non croyant, cette dernière passe très largement par un psychisme équilibré.

La « bériya », la « création » est un passage du néant à l’être. Etre en bonne santé (bériyout), c’est être une créature consciente d’être en devenir, en passage permanent entre le néant et l’être, ce qui se traduit par la dialectique entre le « je » et le « il n’y a pas de » (le néant), qui s’écrivent tous deux avec les trois mêmes lettres , ordonnancées différemment :  « Ani », « Je », s’écrit aleph noun yod, tandis que « Ayin » , « rien », s’écrit aleph yod noun.  Les deux mots ont la même énergie sémantique. On ne peut pas, à mon avis, ne pas faire le rapprochement entre ce devenir du rien au je, et le fait de permettre par l’analyse au patient de devenir sujet.

Les deux sujets : du petit autre au grand Autre et de la réalité dynamique au Réel immuable.

 

Il y a, en hébreu, deux manières de dire « je » :

Celle de l’être humain, qui se dit « ani », et que nous venons de voir plus haut. Elle se réfère à un être en perpétuelle formation ou évolution, à un « en train de se réaliser », essentiellement par la parole.

Et puis il y a celle de D.ieu, qui se dit « Anoki » et traduit un « je » déjà pleinement réalisé, totalement autre par rapport au premier, accompli par la parole, le Verbe créateur qu’il transmet via les Ecritures, selon une exégèse talmudique qui décompose le « anoki » en « Ana Nafchi Ketivat Yahavit », ce qui signifie, littéralement « Moi, mon âme, je la donne par l’Ecriture ».

Le « Je » humain, par le fait même qu’il renvoie à un devenir permanent, implique qu’il n’y ait rien de définitivement déterminable chez aucun homme, quel qu’il soit. Ce qui à mon sens renvoie à l’inanité de l’usage, en psychanalyse, des étiquettes diagnostiques : Un être humain n’est ni évaluable ni classable, en ce sens qu’il est unique et qu’il est toujours bien au-delà de ce qui à un instant « T » pourrait le déterminer ! En perpétuel mouvement, qu’il soit régression ou évolution, l’homme est par sa nature non identifiable, non étiquettable.

De la maladie à la guérison :

 

Jacques Lacan a eu cette jolie formule : « La maladie est un « mal-à-dire » !

Le mot hébreu pour dire « guérison » est le mot « teroupha », qui est phonétiquement proche du mot « thérapie ». Par un jeu de mot talmudique basé sur une prophétie d’Ezéchiel, on arrive au mot « literoupha », qui signifie « dénouement », que les maîtres talmudiques ont décomposé en « lehatir pe », déliement de la bouche. Donc, pour le Talmud, la thérapie est un déliement des nœuds de la bouche, et la guérison passe donc par la parole. La maladie, elle,  passe essentiellement par une impossibilité de dire, un nouage de la parole et  donc le « traitement » consistera à permettre au patient le relâchement de ses nœuds par la parole librement formulée, sans contrainte aucune, dans un cadre de neutralité bienveillante.

Curieux parallélismes, étranges similitudes entre la pensée juive et la psychanalyse, inventée par un homme qui bien que se réclamant d’un athéisme absolu n’a jamais renié sa judéité ni donc, très vraisemblablement, son enracinement culturel dans ce terreau particulièrement riche qu’est le judaïsme que je qualifierais volontiers d’intellectuel, au sens le plus noble du terme !

Mais voici justement que se trouve maintenant posée la question de l’athéisme : La psychanalyse est-elle athée ? Implique-t-elle, de la part de ses praticiens et de ses usagers un renoncement  à leur foi éventuelle ? Et même : un athéisme pur ne serait-il pas en contradiction avec l’esprit de la psychanalyse  dans la mesure où il sous-tendrait une revendication hautement polémique et contradictoire ?

Essayons d’y voir plus clair…

Nom-de-Dieu !

 

Si l’on s’en réfère à l’histoire, il semble bien que D.ieu, du moins son concept  biblique, assimilable à celui de Nom-du-Père en psychanalyse, n’ait pas toujours existé et que l’homme lui soit bien antérieur ! Le fait, pour l’Homo Sapiens Sapiens d’enterrer ses morts n’implique aucunement qu’il ait déjà eu la notion d’un « D.ieu de ses Pères ». Il faudra Abraham, vers 1800 AEC[iii] pour que cette notion apparaisse dans la tradition ! L’homme, lui, vaquait à ses occupations depuis déjà plusieurs millénaires !

Mais alors ?  Qu’en est-il donc de D.ieu et de son rapport, ou de l’absence de ce dernier à l’analyse ?

Je me permets de citer ici un article de Michel Bousseyroux[iv], pour ce qu’il affirme à ce propos :

« Mettre l’analyse sur les pieds c’est y mettre Dieu à sa place, qui n’est pas celle du mort, mais de l’endormi qu’est, dans la Traumdeutung[v], le père du rêve de l’enfant mort qui brûle et qui dit ‘Père, ne vois-tu donc pas que je brûle ?’. Comme ce père réel qui ne voit rien, qui, alors qu’il devrait veiller son fils mort est dans le cirage – parce que trop occupé à jouir dans les bras de Morphée, le fils de la Nuit et du Sommeil-, Dieu est inconscient, Dieu jouit. Nul ne l’a dit mieux que Bataille[vi] : Dieu, s’il’savait  serait un porc ! »

D.ieu est-il , et comment ?

 

Si l’on peut admettre que D.ieu n’existe pas au sens d’une réalité perceptible et démontrable par l’homme , il est toutefois à prendre en compte comme ex-sistant !

C’est Lacan qui le souligne dans son séminaire R.S.I de 1974, lors duquel il déclare :

« Dieu  ex-siste(…) il est le refoulement en personne, et même la personne supposée du refoulement »

Cette ex-sistence ne signifie pas son existence, telle que nous l’apprend le catéchisme ou la Bible qui le situe comme réalité dans un lieu déterminé et inaccessible, mais comme « ce qui donne du jeu au réel du nœud de la structure dont il est une implication topologique ».

En 1976, dans son séminaire sur le sinthome, Lacan situe le lieu de la jouissance de D.ieu sur le nœud borroméen mis à plat et déclare :

« Il y a quelque chose dont nous ne pouvons jouir. Appelons ça la jouissance de Dieu, avec le sens inclus là-dedans de jouissance sexuelle[vii] ».

Il y a un « mais » !

 

Il nous faut faire appel ici à la notion de l’autre (le « petit » autre), et à celle du « Grand » Autre.

Si je rencontre une personne et que je la salue, je m’adresse à un « petit autre ».

Si par contre je m’adresse à une foule, à un concept (i.e. la Science, la Philosophie) je m’adresse au « Grand Autre », écrit avec un « A » majuscule. Or D.ieu, s’il existait (ici au sens commun du verbe « exister ») serait forcément une instance supérieure au Grand Autre. Il devrait donc être « l’Autre de l’Autre » et, partant, être identifiable, définissable, compréhensible !

Or c’est impossible, puisque par sa nature il est inconnaissable et donc indicible. Il ne saurait donc y avoir d’Autre de l’Autre !

Et, particulièrement dans ce cas, là où il n’y a pas, là où il y a un manque, il ne saurait donc exister qu’un vide, qu’un trou !  D.ieu, dans son ex-sistence, se voit attribuer par Lacan la jouissance, tout comme on lui a d’ailleurs attribué aussi  la création du monde qui cependant est juste affaire de physique…

C’est là que nous nous trouvons confrontés à un Réel, insaisissable, incompréhensible au sens fort du terme, indicible, qui ne peut ex-sister que comme trou dans la structure. Un manque, un vide, mais un vide qui n’est pas néant, exactement comme dans la notion de l’Ein Sof de la Kabbale !

C’est aussi le sens, finalement, de la réponse faite à Moïse par D.ieu dont le patriarche cherche à s’approprier, au-delà du Nom, la Personne : « eye asher eye » : « je suis qui je serai » . C’est là, sur le Sinaï, que littéralement Moïse se heurte au Réel ! Et c’est là, pour reprendre une savoureuse expression de Lacan, « qu’il se casse la gueule » !

Le Réel, c’est l’Inconscient… c’est l’impossible ! L’impossible, c’est D.ieu ?

 

L’homme ne peut se satisfaire d’une structure trouée : il va lui falloir y placer un bouchon, y rapporter une rondelle… Et ce bouchon, cette rondelle, ce seront ses fantasmes !

S’il est impossible que D.ieu existe, il ex-siste cependant  comme Réel , en réponse à notre quête de sens, apportée par notre Inconscient.

Rapport à la castration :

 

Le vide, le trou, implique aussi une différence, un manque à combler.

Pourquoi l’homme éprouve-t-il la nécessité d’affirmer D.ieu, ou a contrario de le dénier ? Les deux relèvent d’un rapport à la Loi du Père, acceptée ou réfutée comme telle et le « Nom-de Dieu » s’avère en réalité être un « Nom-du-Père » s’exprimant  tout à la fois au travers du désir et de la crainte de l’homme à son égard qui viennent, par le fantasme, suturer la blessure de la castration constituée par ce manque, cette différence.

Sans ce recours à tout le moins minimal à une forme de croyance, fut-elle agnostique, je me demande comment l’homme pourrait gérer ce manque, comment il pourrait arriver à « boucher ce trou » sans tomber dans un athéisme revendicateur d’un déni frisant parfois la forclusion pure et simple. La forclusion…d’un Nom-du-Père, avec les conséquences qu’on lui connaît !

En clair, je pense que celui qui s’acharne à démontrer que croire , même de manière strictement basique est une ineptie, est en réalité beaucoup plus proche d’un possible délire que ne l’est le croyant.  Et je reprends à l’appui de ceci une phrase prononcée par Lacan dans son discours à l’EFP, le 6 décembre 1967 :

« L’athéisme, c’est la maladie de la croyance en Dieu, croyance que Dieu n’intervient pas dans ce monde ».

Si l’on peut sans aucun doute décalquer cette affirmation et l’appliquer, à l’inverse, à la croyance, je pense qu’il y a plus d’équilibre à trouver dans cette dernière que dans sa réfutation à tout crin ! Moi qui, en raison d’épreuves difficilement supportables suis passé sans transition d’une foi très libérale à une sorte d’athéisme réactionnel radical, je puis affirmer qu’aujourd’hui ma raison et l’introspection obligée d’une analyse personnelle d’ailleurs encore en cours m’inclinent à penser  que si les réponses à nos questions se trouvent bien dans notre Inconscient, je ne saurais dès lors y chercher qu’en vain les assises d’un athéisme qui, in fine, déniant à tout prix l’ex-sistence de D.ieu , reviendrait du même coup à annihiler le Réel indicible et donc à m’auto-nier !

Je préfère admettre que si le Réel me dépasse et m’échappe, il n’en est pas moins ce qui me fonde en tant qu’être humain doté de la parole, en tant que Parlêtre ! Et il n’est nul besoin, pour être en paix avec ceci, de quelque religiosité que ce soit. Un athéisme pur et dur serait d’ailleurs, en la matière, la pire de toutes !

Jean-Marie Demarque

Psychanalyste

Théologien

Sources :

« De l’Autre à la garantie de l’Autre qui n’existe pas » ; Cartel de Ariane Chottin, Marie-Hélène Issartel, Françoise Labridy, Claire Piette, Francesca Pollok, Jacqueline Dheret (Plus-un), sur http://WWW.causefreudienne.net/etudier/essential/

« Nous sommes tous …’des petits hommes faits d’esprit Schreber’ ; Il était une ‘foi’…Le Président Schreber » ; Christophe Bormans, http://1libertaire.free.fr/Croyancepsy.html

Jacques Lacan, Le grand Autre, http://www.akadem.org

 



[i] J’ai toujours préféré l’usage de ce terme de « Second Testament », préférentiellement à celui, plus courant, de « Nouveau Testament » : ce qui est nouveau est censé remplacer l’ancien, et ici, contrairement à ce qu’en proclament les Eglises chrétiennes, ce n’est de toute évidence pas le cas. Jésus n’a pas fondé l’Eglise, et ses disciples n’étaient pas des chrétiens mais des juifs !

[ii] [ii] Marc-Alain OUAKNIN, « Tsimtsoum. Introduction à la méditation hébraïque », Spiritualités Vivantes, Albin Michel, Paris 1992.

[iii] AEC : « Avant l’Ere Commune », me paraît plus neutre et plus justifiable que « Avant Jésus Christ » ou que « Avant l’ère chrétienne ».

[iv] Michel BOUSSEYROUX, « Dieu dans son trou »

[v] Sigmund FREUD, « L’interprétation des Rêves », PUF, Paris, 1971, p.433

[vi] G. BATAILLE, « Madame Edwarda », Œuvres Complètes, III, Gallimard Paris 1971, p.31

[vii] J. LACAN, Séminaire XXIII, le Sinthome, Seuil, Paris 1975, p.61

Autisme et Psychanalyse, par Marie-Christine LAZNIK, psychanalyste

Autisme et Psychanalyse

 

Interview de Marie-Christine Laznik

 

Novembre 2005

 

Je voudrais situer cette interview dans son cadre ; Nous allons ici tenter ensemble de faire le point sur la difficile et douloureuse question de l'autisme. Comme tu le sais, les psychanalystes ont été largement mis en cause à propos de l'autisme. Par leur refus d'accepter les causes biologiques et génétiques, ils organiseraient une désinformation des parents et forceraient les parents à se sentir responsables de la maladie de leur enfant

 

Marie-Christine Laznik :

 

Personnellement, je suis évidemment en complet désaccord avec ces deux affirmations. Non seulement, un certain nombre d'entre nous souhaite l'avis des autres spécialistes notamment des généticiens, mais nous le réclamons car il est susceptible de nous aider dans notre travail. Il correspond de toute façon à une nécessité. Pour des enfants à partir de 18 mois, deux ans, il n'est pas possible de travailler sans souhaiter que les examens complémentaires soient faits et de façon correcte, surtout quand l'enfant présente un déficit associé à sa fermeture autistique. Il m'est arrivé même d'insister pour que l'on refasse un examen alors qu'un premier résultat avait écarté la piste génétique et il s'est avéré qu'en effet l'enfant en question présentait une grave maladie génétique alors que les généticiens eux-mêmes étaient passés à côté dans un premier temps. Dans ce cas, le repli autistique n'avait été que temporaire et venant s'ajouter à la maladie génétique. Ce n'est pas tellement surprenant car avec la bouteille que donne la pratique on a une certaine habitude de la clinique de l'autisme, on sent quand le lien ce type d'enfant ne s'organise pas comme d'habitude.

 

Œdipe. Pour beaucoup d'analystes de ma génération, qui n'ont pas une clinique de l'autisme, ce concept me semble devoir être précisé dans ses dimensions génétiques, les possibilités thérapeutiques actuelles etc. Si je comprends bien d'ailleurs, dans ce domaine les choses ont énormément évoluées au cours de ces dernières années.

 

Marie-christine Laznik : Non seulement de ces dernières années mais au cours même des derniers mois.

Qu'est-ce que l'autisme ?

 

Œdipe : dans ces conditions la première chose à établir est me semble-t-il de savoir si actuellement ce concept d'autisme admet une définition précise admise par tous ? autrement dit qu'appelle-t-on autisme aujourd'hui ?

 

Marie-christine Laznik : Sur l'enfant de deux, trois ans qui présente des signes d'isolement relationnel important, je crois qu'il n'y a pas de difficultés entre nous, les généticiens ou les cognitivistes. Le flou actuel tient plutôt à ce que l'on mettrait sous le titre de « troubles envahissants du développement non spécifiques » dans le DCEM IV. Cet ensemble « non spécifique » inclus notamment les psychoses infantiles alors que l'autisme est une entité clairement distincte sur laquelle, nous parlons, je crois tous – généticiens, psychanalystes, psychiatres cognitivistes - sensiblement de la même chose. J'ai trouvé dans un article de Colette Soler un cadre métapsychologique qui me semble bien illustrer la séparation entre autisme et psychose infantile. Si l'on pense avec Lacan – notamment dans le séminaire XI- que dans la constitution du sujet il y a deux temps l'aliénation et la séparation, c'est ce temps de l'aliénation qui manque dans la constitution du sujet autistique, alors que ce que manque le psychotique c'est le temps de la séparation. C'est cette séparation qui vient contrebalancer l'effet de l'aliénation imaginaire, symbolique, réelle, dans laquelle se construit l'appareil psychique de tout sujet.

 

Hier on considérait que dans la population générale on pouvait avoir un autiste sur 10 000 on en est aujourd'hui à 1/1000. Mais si l'on parle de l'ensemble des troubles envahissants du développement on est largement au-delà de ces chiffres.

 

L'autre point c'est l'absence chez les psychiatres de la reconnaissance des autistes de haut niveau qui, en France, ne sont pas identifiés. Ceux-là non seulement on ne sait pas les reconnaître mais on ne sait la plupart du temps ni les aider, ni les soigner. La confusion avec un état psychotique ou « border line » étant la plus désastreuse. Et là, il y a sûrement des efforts et des progrès à faire au niveau de l'École Française.

 

Il faut en effet distinguer les autistes qui ont un déficit intellectuel - pour aller vite, ceux que l'on reçoit, le plus souvent, dans les CMPP - et ceux qui n'ont pas de déficit intellectuel. Parmi ceux qui présentent un déficit - soit 25 % du total - 15 % ont un trouble organique associé et qui sont les cas les plus lourds. (syndrome de West, et de Rett notamment, épilepsie, troubles du métabolisme etc.) Ce trouble organique lui, déclenche un tableau autistique. Ces 15 % sont clairement d'origine biologique, voire génétique entraînant à sa suite le tableau autistique, par exemple dans le tableau de l'X fragile il y a beaucoup plus de tableaux autistiques qu'ailleurs. Une prise en charge précoce peut d'ailleurs se révéler tout à fait bénéfique car elle peut permettre d'éviter que se surajoute au tableau de la maladie génétique un tableau autistique. Par exemple, dans le passé, il y avait un certain nombre de tableaux autistiques qui survenaient dans les cas de trisomie. Ce n'est plus le cas aujourd'hui du fait de la prise en charge précoce de ces enfants. Actuellement, la prise en charge de l'aspect épileptique couplée à une prise en charge de la relation, et cela dès les premiers mois, semblerait pouvoir enrayer le lourd pronostic des syndromes de West. Un travail transdisciplinaire entre psychanalyse et neurosciences à l'avenir prometteur.

 

Œdipe : Si je compte bien dans cette arithmétique, seuls 15 % de ces 25 % ont selon toi une origine génétique clairement reconnue ; Qu'en est-il des 98 % autres. Quelle est la part génétique qui intervient dans le déclenchement du tableau autistique ?

 

Marie-christine Laznik : Il faut distinguer ce qui est mendélien de ce qui ne l'est pas. Les 2 % dont nous parlons le sont assurément. Ce n'est pas le cas des 98 % autres où la part génétique est probable mais pas dans une perspective mendélienne. Pour ces 98 % on ne sait pas, même si pour une part importante la génétique intervient sûrement mais elle n'explique pas tout. Pour Mottron, ces 98 % sont génétiques non mendéliens ; C'est sa rêverie. Il s'inquiète d'ailleurs du fait qu'on se retrouve un jour avec un diagnostic génétique précoce qui amènerait à éliminer tous ces autistes et dans le même sac les autistes déficitaires et les autistes géniaux. Mottron est un grand spécialiste mais il n'est pas généticien. Voir ici le texte que je t'ai envoyé. Ce que disent les généticiens c'est qu'il ne s'agit sûrement pas d'une maladie génétique dans le sens mendélien. Une prédisposition serait possible en fonction d'une carte génétique extrêmement complexe qui, en plus, ne dirait rien du phénotype, c'est-à-dire de l'expression de la maladie. Serions-nous face à quelqu'un qui ne développera aucun symptôme ? face à un petit génie – et il y en a et dans le champ scientifique et artistique – ou face à un bébé qui va se refermer dans un monde ailleurs se privant et nous privant de sa créativité. Cela, la génétique ne pourra jamais le dire. Par contre, si demain cette carte complexe indiquant une fragilité particulière pouvait être développée, elle ne ferait qu'augmenter la responsabilité du psychanalyste. Car cette fragilité demanderait à ce que l'on veille à ce que milieu ambiant soit le plus favorable possible – ce que nous appelons la fonction grand Autre. Il est possible, que des prises en charge très précoces du bébé et de ses parents puissent permettre l'essor d'une vie pulsionnelle et fantasmatique pas moins riche que celle dont nous avons pu bénéficier.

 

L'un des points d'interrogation qui résument bien la question ce sont les jumeaux monozygotes. Il y en a une proportion très importante qui présente ensemble un tableau autistique. C'est de l'ordre de plus de 80 % ce qui évidemment plaide en faveur d'une origine génétique mais n'explique pas les 20 % restants. Si ce n'était qu'une affaire de génétique on devrait avoir 100 % comme dans d'autres maladies génétiques et ce sont évidemment ces 20 % là qui posent question. C'est la question compliquée et passionnante du phénotype et du génotype.

La question du dépistage

 

Œdipe : aujourd'hui à quel âge et par qui sont diagnostiqués les enfants autistes ?

 

Marie-Christine Laznik : Beaucoup sont diagnostiqués avant trois ans par les pédiatres mais tous le sont à l'entrée en maternelle à trois ans ce qui est déjà très tard. Les médecins scolaires savent diagnostiquer un enfant autiste s'il n'est pas de haut niveau. Ce qui est problématique par contre c'est que les pédiatres ne sont pas formés ni en France ni ailleurs pour repérer les signes d'autisme dans la première année de vie. Tout le monde est d'accord, quelle que soit l'hypothèse théorique sous jacente, que l'on aurait intérêt à les reconnaître plus tôt. D'ailleurs, je suis pour ma part persuadée que ces enfants naissent avec un manque d'intérêt pour la relation à l'autre. IL y a ceux qui la refusent d'emblée et ceux qui se laissent faire, mais qui ne vont en tout cas jamais chercher à s'occuper de l'autre. Ces enfants développeront dans la deuxième année de vie des signes avérés du tableau autistique. Ce qui signifie qu'il y a des choses qui se jouent probablement durant la gestation. Ensuite, c'est un engrenage, car une mère confrontée à un enfant qui ne répond pas aux sollicitations, qui n'accroche pas le regard va avoir une réponse qui risque d'empirer les choses. Le circuit infernal s'enclenche car chaque manque de réaction de son enfant va la désorganiser davantage etc.

Le diagnostic de l'autisme

 

Le diagnostic d'autisme est donné comme je te l'ai dit à trois ans avec des signes positifs et non négatifs. Ces enfants ne sont pas dans le lien, ont un retard du langage, qui pourra ensuite disparaître, ont des conduites stéréotypées ou des conduites un peu étranges. L'autre, ce n'est pas sa passion.

 

Avant trois ans on ne parle que de danger ou de risque d'évolution autistique.

 

Auparavant, à 18 mois on dispose d'un test développé depuis 4-5 ans par des cognitivistes anglais, intitulé C.H.A.T, qui a été testé sur 16 000 bébés. Il y a quelques faux négatifs mais dans l'ensemble ce test est fiable. Les deux épreuves sur lesquelles s'appuie ce test sont la capacité de faire semblant et le pointage protodéclaratif.

 

La capacité de faire semblant consiste à demander à un petit bonhomme ou une petite bonne femme de 18 mois de donner dans une dînette du café à maman. Au passage tu noteras que c'est reconnaître la capacité de cet enfant de repérer chez l'autre ce qui lui fait plaisir. Le bébé qui va bien, non seulement il donne le café ou le thé imaginaire mais il guette sur le visage de sa mère la jouissance qu'il a été crocheter chez sa mère et qu'il provoque en agissant ainsi.

 

Le pointage proto-déclaratif On demande à l'enfant de montrer, non des objets du besoin mais des objets du désir. On dit à l'enfant : montre à maman avec ton doigt un beau nounours,un beau tableau, un beau dessin, un beau ballon. On ne peut pas lui dire montre à maman une banane. La encore l'enfant a pu crocheter par la pulsion scopique un objet de la jouissance de l'Autre qui en effet lui répond : « oh oui mon chéri tu as raison qu'il est beau ce nounours etc. » ce qui est ma traduction à moi psychanalyste de ce qui pour les chercheurs qui sont à l'origine de ce test uniquement cognitifs.

 

Œdipe : peut-on aller encore avant 18 mois pour avoir un repérage encore plus précoce et par conséquent une intervention encore plus précoce pour établir une thérapie du lien. ?

 

Marie-Christine Laznik : Là, il faut avouer nous n'avons pas un consensus. Certains pensent même qu'il n'y a pas de possibilité de le faire. Je pense au contraire que si nous parvenons à intervenir, nous les analystes, dans cette période précoce, c'est là que nous avons le plus de chances d'être efficaces. À PréAut, nous avons formé, à la date d'aujourd'hui plus de 600 médecins de PMI qui sont nos chercheurs. Nous avons fait une recherche préalable sur 2000 bébés et nous partons pour la recherche effective sur 25 000 bébés. Les enfants sont examinés à 4 et 9 mois dans le cadre des examens de PMI. Il y a un deuxième temps de la recherche qui est menée par des professeurs en pédopsychiatrie, en liaison avec nous, et qui s'attache aux signes concernant des enfants entre 12 et 18 mois.

 

Il faut revenir sur la façon dont les choses se passent pour l'enfant normal. Non seulement il regarde, non seulement il regarde l'autre quand il est regardé mais il cherche à se faire regarder. Il est actif dans cette captation du regard de l'autre. Sur 100 bébés, pour 90 il n'y a pas de problème. Pour les 10 autres on va se poser des questions. Si nous avons à faire avec une mère déprimée, le bébé ne cherchera pas à capter le regard de sa mère parce que les bébés supportent mal la dépression, mais il va regarder avidement d'autres personnes qui viendront s'occuper de lui. Évidemment, il va falloir s'occuper de cette mère et de cet enfant mais cela n'entre pas dans notre recherche sur l'autisme. Il y a certains enfants qui ne regardent ni leur mère ni personne de l'entourage. Pour ceux-là, avant de parler d'autisme, il faut se demander si nous ne sommes pas simplement face à un trouble organique de la vision.

 

Pour savoir cela, on va alors interroger le troisième temps de la pulsion orale chez lui. Un trouble du premier temps ne passe jamais inaperçu. S'il ne cherche pas le sein on va le voir dès la maternité. Le second temps aussi est facilement repérable : suce-t-il son pouce, sa tétine, a-t-il un bon auto-érotisme ? Par contre le troisième reste occulté. Cherche-t-il a se faire boulotter avec plaisir ? Ces moments de jeux ou la mère fait semblant de manger le bébé de baisers et ou le bébé accepte et recherche et relance ce moment d'échange avec elle. Dans le cas de l'autisme ; le bébé est alors aux abonnés absents. Pour une mère, cela est assez terrible et va l'empêcher de devenir inventive. Cela va se répercuter sur sa prosodie, sa voix ne sera plus porteuse d'une pulsion invoquante capable d'aller chercher son bébé.

 

Un psychanalyste peux arriver à remettre en route ce circuit pulsionnel en jouant avec le bébé et sa mère. Dans ce lien transférentiel, la mère peut retrouver une voix porteuse de la pulsion invoquant que l'indifférence de son bébé avait éteint. Cette nouvelle pulsion, introduite par Lacan, joue un rôle essentiel dans toute cette affaire. J'essaye de démontrer dans mes recherches qu'il y a certaines dimensions prosodiques et rythmiques auxquelles nul ne peut se soustraire, pas même le bébé à risque autistique. S'il répond à la voix humaine, cela active des zones cérébrales qui dans le développement de l'autiste- comme cela a été montré récemment - ne sont pas normalement activées et périclitent.

 

Ce que je cherche à te montrer c'est au fond que nos concepts psychanalytiques, nos constructions méta psychologiques sont susceptibles d'aider et d'éclairer non seulement la clinique mais aussi la recherche des autres disciplines et d'aider à leur progrès comme leur progrès nous aident aussi à y voir plus clair.

La responsabilité des psychanalystes.

 

Oedipe : On entend souvent notamment du côté des associations de parents d'enfants autistes : « Les psychanalystes sont partout. Ils empêchent le développement d'autres approches. Ils ne savent rien sur l'autisme et ils culpabilisent les parents. » Qu'en penses-tu ?

 

Marie-Christine Laznik : Je crois qu'hélas ils n'ont pas tout à fait tort. Les psychanalystes ne sont pas sans reproches ; Eux aussi ont peur de « ne pas savoir » ils ont besoin d'explications. Il faudrait revenir à la docte ignorance, prônée par Nicolas de Cues, comme ouverture au savoir. Cela ne concerne évidemment pas que les psychanalystes, mais aussi tout le monde : généticiens, cognitivistes etc.

 

La question n'est pas de savoir tout expliquer mais bien plutôt qu'est-ce que nous, on peut faire avec les outils qui sont les nôtres ? En l'occurrence que nos concepts issus de la théorie freudo-lacanienne nous permettent de trouver des signes d'une possible évolution autistique plus précocement que ceux que les cognitivistes ont trouvés. Au passage, la cognition ça existe ceux qui pensent que ça n'existe pas sont tombés sur la tête !- simplement les cognitivistes pensent que c'est la cognition qui organise le reste. Nous au contraire nous pensons que la cognition vient s'organiser sur autre chose, le lien pulsionnel à l'Autre.

 

Pour ce qui concerne un possible abord thérapeutique, bien entendu chercher à entrer en relation avec l'enfant susceptible de devenir un enfant autiste cela fait partie de ce que nous pouvons faire.

Dans la deuxième partie de l'entretien nous aborderons d'autres aspects de cette question :

 

- Les psychanalystes sont-ils vraiment suffisamment formés

 

- Comment se présentent les structures d'accueil

 

- Qu'en est-il de la culpabilité des parents

 

- La position dominante en France des psychanalystes entraverait – elle l'accès à d'autres recours supposés plus efficaces en particulier les apprentissages issus des théories cognitivo-comportementales et la méthode TEACH.

Bibliographie

 

- Psychanalyse et neurosciences face à la clinique de l'autisme et du bébé. Cahiers de Preaut Penta L'Harmattan

- Aspects cliniques et pratiques de la prévention de l'autisme.

Cahiers de Preaut Penta L'Harmattan

- Autisme : État des lieux et horizons Sous la direction de Bernard Golse et Pierre Delion.

Abord génétique

 

« Les études génétiques confirment qu'il s'agit d'une maladie multifactorielle où le phénotype dépend du génotype, des facteurs épigénétiques et du hasard, d'où la nécessité d'une rigueur éthique dans l'abord du sujet autiste. »

Dr Arnold Munich Département de génétique Unité INSERM 393 Hopital Necker-Enfants Malades Paris. In Psychanalyse et neurosciences face à la clinique de l'autisme et du bébé

Sous la direction de Graciela C. Crespin L'harmattan


 

Le point de vue du Professeur Axel Kahn :

 

Extraits commentés de l'article du Professeur Axel Kahn Directeur de l'Institut Cochin Paris : « Test génétique de l'autisme : vers une dérive scientiste ? » Interview par Anne Philippe pour la revue Abstract Psychiatrie N° 9 Septembre 2005

1 - sur les données génétiques actuelles :

 

«…dans l'autisme, le taux de concordance chez les jumeaux monozygotes (« vrais jumeaux » LLV) est très élevée, entre 80 et 100 %, en revanche au niveau des frères et des sœurs qui sont jumeaux dizygotes (« faux jumeaux » LLV) donc qui ont connu le même environnement utérin, le taux de prévalence chute considérablement, puisqu'il est voisin de 2-3 %. Cela indique qu'il n'y a pas dans l'autisme un déterminant génétique mono génétique (porté par un seul gène LLV), mais qu'il y a plusieurs gènes, chacun intervenant de manière relativement faible dans le développement de cette pathologie.

 

En effet si le déterminisme était mono génétique, on devrait avoir un taux de concordance de 100 % chez les jumeaux monozygotes et un risque de 25 ou 50 % dans les fratries suivant le mode de transmission, récessif ou dominant (transmission mendélienne LLV). Clairement, on n'a pas cela et à partir de là, la prédictivité du développement de la maladie basée sur des marqueurs génétiques devient extrêmement incertaine d'un point de vue théorique.

 

Actuellement, une quinzaine de localisations génétiques différentes réparties sur une dizaine de chromosomes ont été identifiées. Il n'y a pas de contradiction entre le fait de reconnaître qu'il y a sans doute un déterminant génétique dans le développement de l'autisme et le fait de dire que la faculté de prédiction sans risque de se tromper à partir de marqueurs génétiques, à l'exception de cas particuliers, est loin d'être prouvée. Ces cas particuliers sont des mutations comme dans les gènes des neuroligines (les neuroligines sont des protéines impliquées dans la formation des synapses. La perte de neuroligines trouble la formation des connexions neuronales, (synapses) ce qui a comme résultat un déséquilibre de cette fonction LLV) 3 et 4 qui semblent affecter dans de rares familles, des sujets présentant un syndrome d'Asperger. (syndrome souvent rattaché à l'autisme et caractérisant des sujets ne présentant pas de déficit intellectuel mais par contre un développement très important de certaines fonctions comme la mémoire. Sous classe d'un « Autisme » dit de haut niveau. Individualisé de l'autisme dans la classification psychiatrique dite DSM IV. LLV » )

2 - sur les tests « prédictifs »

 

Un test de prévision de maladie est intéressant dans trois cas

 

Premièrement, lorsqu'il peut être une indication à éviter une naissance d'un enfant affecté dans le cadre d'un diagnostic prénatal. Il faudrait que le test soit sérieusement prédictif pour discuter cette éventualité, en dehors même du problème moral terrible de savoir s'il est justifié de provoquer une interruption de grossesse dans ce cas.

 

Deuxièmement, lorsque la connaissance de la susceptibilité génétique permet de mettre en œuvre une modification des conditions de vie ou un traitement permettant soit d'éviter la survenue de la maladie, soit d'en atténuer la gravité. Or, ce n'est pas le cas pour l'instant. (Le point de vue des analystes est en contradiction sur ce point avec Axel Kahn. LLV ) Enfin lorsqu'une personne le demande pour elle même. Je ne vois pas que des enfants demandent à savoir quel est leur avenir.

 

Question : Les annonces concernant les études génétiques de l'autisme ou d'autres pathologies psychiatriques sont largement médiatisées même si souvent, elles sont sans lendemain. Comment expliquez-vous cela ?

 

Pr Axel Kahn : Une raison d'ordre idéologique est de vouloir ramener la complexité des désordres y compris psychiatriques à la simplicité d'une transmission génétique. Mais c'est oublier de prendre en compte la complexité des manifestations et ce que sont les susceptibilités (c'est-à-dire quels sont les rapports entre le génotype et le phénotype/ autrement dit le code génétique et ce qui apparaît en terme de comportement ou d'incidences repérables chez un individu, ainsi que les facteurs multiples qui peuvent influer sur ce rapport LLV). Le deuxième point est qu'annoncer que l'on a trouvé le gène de la schizophrénie, de la psychose maniaco-dépressive ou bien du syndrome d'hyperactivité avec déficit de l'attention assure une certaine gloire même très temporaire lorsque l'annonce tombe dans les oubliettes. Troisièmement, dans le cas de cette société (celle qui va vendre le test LLV), elle veut vendre leur test et il faut trouver des arguments de vente

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques éléments de documentation :

Le défaut cellulaire qui peut contribuer à l'autisme est identifié

 

http://www.medicms.be/medi/voit22.php?id=190

 

extraits

 

Les chercheurs ont trouvé que la perte de neuroligines trouble la formation des connexions neuronales, ce qui a comme résultat un déséquilibre de cette fonction.

L'équipe du Pr Scheiffele a trouvé que le gène de la neuroligine règle la balance entre les fonctions synaptiques d'excitation et d'arrêt de l'excitation. À un défaut en neuroligine correspond une perte sélective de la fonction inhibitrice et de ce fait endommage le réglage de la connectivité neuronale, ce qui joue un rôle dans l'autisme.

Le défaut du gène de la neuroligine avait auparavant été observé chez les patients autistes, mais sa signification fonctionnelle n'avait pas encore été comprise.

Autisme et retard mental lié à l'X : des mutations de NLGN4 en cause dans les deux maladies

En 2003, des chercheurs avaient mis en évidence un lien entre l'autisme et des mutations du gène NLGN4, codant pour la protéine d'adhésion cellulaire neuroligine impliquée dans la formation des synapses. Des chercheurs français viennent d'identifier une mutation de ce même gène dans une famille touchée par un retard mental lié à l'X non spécifique, associé ou non à l'autisme. Il s'agit d'une délétion de 2 paires de bases provoquant, semble-t-il, une suppression du domaine transmembranaire de la neuroligine et des séquences participant à sa dimérisation, une étape nécessaire pour une interaction cellule-cellule normale. Ces résultats suggèrent qu'un défaut de la synaptogenèse est à l'origine de déficits du développement cognitif et des processus de communication. Le gène NLGN4 apparaît donc impliqué non seulement dans l'autisme, mais également dans les retards mentaux liés à l'X. Certaines formes de ces maladies pourraient avoir des origines génétiques communes.

The American Journal of Human Genetics ; 74 : 552-557 ; Mars 2004

 

Laurent le vaguerèse,

Psychanalyste

(Article paru sur le site du groupe Oedipe)

dimanche, 24 avril 2011

INTRODUCTION A LA LECTURE DE "L'ENVERS DE LA PSYCHANALYSE" par Brigitte Lehmann, Psychanalyste

Le séminaire XVII a été publié, en mars 1991, par Jacques-Alain Miller qui en a établi le texte. Ce n’est pas un séminaire d’aspect homogène, comme peut l’être L’angoisse : il se compose de plusieurs parties distinctes et sa structure reflète le contexte social et politique dans lequel Jacques Lacan l’a prononcé. En effet, la première leçon fut donnée le 26 novembre 1969 et la dernière le 17 juin 1970, c’est-à-dire en ces temps encore troublés qui ont suivi les événements de 68. Et, pour la première fois, comme le rappelle Jacques-Alain Miller dans son cours du 22 février 2006, il n’a lieu que tous les quinze jours.

Charnière dans l’enseignement de Lacan, le Séminaire XVII introduit la dernière période à laquelle le séminaire XX donnera son accomplissement logique en assignant la « première place » à la jouissance ; en même temps il marque un aboutissement de la recherche développée dans le séminaire précédent : c’est-à-dire le séminaire XVI D’un Autre à l’autre. Citons Jacques-Alain Miller dans son cours du 3 mai 2005 :

« Et donc le Séminaire XIV et le Séminaire XV font la paire, comme le Séminaire XVI D’un Autre à l’autre et le Séminaire XVII L'envers de la psychanalyse le font également. Puisque comme j'ai déjà pu le montrer c'est la première leçon du Séminaire de L'envers de la psychanalyse qui donne son coup de fion, achève la recherche commencée dans D'un Autre à l’autre. »

La construction hétérogène accouche cependant d’une cohérence. Le séminaire XVII est entièrement consacré à l’étude du rapport logique entre jouissance et signifiant, mais dans une perspective nouvelle : non plus dans le rapport interdit/franchissement que Lacan avaitdéveloppé dans le Séminaire L’éthique de la psychanalyse, mais dans un rapport d’usage, lorsque cette jouissance prend la forme de l’objet plus-de-jouir, de « boni »1 déjà dégagé l’année précédente. C’est ce que formalisera le premier chapitre intitulé « production des quatre discours ». Introduction au Séminairemais aussi bien grille de lecture, décodeur, ce chapitre place d’emblée la répétition au carrefour du signifiant et de la jouissance, à la fois sous le signe de son retour et de sa perte : la répétition est le rappel d’une jouissance mythique dont le « signifiant [se fait] l’appareil,2 » et expérience de son deuil .

Le père freudien « tout amour »3 se trouve radicalement mis en cause dans sa fonction de porteur de la Loi et c’est en cela aussi que le Séminaire XVII est une charnière, il est l’écho dans la théorie lacanienne des bouleversements de la clinique contemporaine de l’après-68. Ce père freudien revisité, sous les espèces du père de Dora qui en fait surgir la vérité – sa castration, voit sa figure et son opération, déjà pluralisée, assumée par la fonction logique du signifiant maître, S1.

Le « démontage » des mythes freudiens, Œdipe, Totem et Tabou, Moïse, que Lacan met en série logiquement, dans leur « discordance »,4 lui permet de les saisir dans leur essence « d’énoncé de l’impossible. »5 Le père s’y révèle donc pour ce qu’il est : un agent, une couverture, un semblant, un effet du langage destiné à masquer que la jouissance est déjà trouée, marquée d’un moins, d’une perte.

C’est sur une route qui conduit de l’interdit à l’impossible comme réel que le séminaire XVII nous emmène. Un tel voyage ne sera pas sans conséquence sur le statut de la vérité dont le mi-dire ne tient pas tant à la « censure qu’à la structure »6 : c’est aussi en cela qu’elle se fait sœur de la jouissance.

Dans le chapitre conclusif intitulé par Jacques-Alain Miller :« Le pouvoir des impossibles », Lacan boucle son propos en introduisant un concept à première vue inattendu : la honte, curseur à l’aide duquel se mesure pour le sujet moderne le rapport du signifiant maître à la jouissance dans le monde contemporain. Par là, il faire apercevoir à ses auditeurs l’ampleur du bouleversement éthique qui agite déjà cette époque, et ne cesse de se développer depuis. La honte ou plutôt sa disparition résonne avec la décrépitude du père et la corruption du lien entre le sujet et le signifiant maître, dont se nourrit une « jouissance spectacularisée ». C’est par une phrase-choc « Il m’arrive de vous faire honte », que Lacan conclut son propos cette

année-là. Il indique alors une place pour le psychanalyste qui serait de jouer la honte pour en faire l’index de la jouissance et la remettre à sa place de cause.

Ce Séminaire est à l’image de son œuvre : visionnaire, dessinant il y plus de trente ans les contours de notre monde moderne et de son éthique du bien-jouir : logiquement et donc sans concession.

1 J. Lacan, Le Séminaire, livre XVIIL’envers de la psychanalyse, texte établi par J-A Miler, Seuil, Paris, mars 1991, p.19. 2 ibid. p. 54. 3 ibid. p. 114.

4 J.A. Miller, cours du 11 juin 2003, Un effort de poésie, non publié. 5 J. Lacan, L’envers de la psychanalyseop. cit. p. 145 6 J. A. Miller, cours du 11 juin 2003, op. cit.

vendredi, 21 mai 2010

Au Nom-Du-Père...

Un terme banal s'il en est pour qui n'y prête qu'une attention distraite mais qui peut soudain, à quiconque s'y arrête pour en sonder les profondeurs révéler des aspects cachés de son histoire, les illuminer d'une clarté insoupçonnée, leur donner sens .

Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, dans leur « Dictionnaire de la Psychanalyse[1] »en donnent, en tête de l'article s'y rapportant, la définition suivante : « Terme inventé par Jacques Lacan en 1953, et conceptualisé en 1956 pour désigner le signifiant de la fonction paternelle. »

Tiens, c'est amusant : moi j'ai été « concrétisé » en 1956 !

Mais laissons-là la plaisanterie, essayons d'y voir plus clair et interrogeons-nous sur le sens du mot « signifiant ».

Emprunté au structuralisme de Ferdinand de Saussure, cette expression devient chez Lacan ce quelque chose qui, sans que le sujet le sache va déterminer sa pensée, ses mots, ses gestes et peser in fine parfois lourdement sur son destin. Nous pourrions donc voir dans le « Nom-du-Père »l'impact laissé dans notre existence au sens fort du terme par tout ce qui a bâti, de manière consciente ou inconsciente notre personnalité, comme un reflet de la transmission du nom « de famille » dans notre lignée agnatique. Du nom, bien sûr, mais aussi des traditions, des « habitudes » sans doute, et, au-delà de tout cela, bien d'autres choses infiniment plus complexes et parfois, sinon toujours, pesantes ! Transmission parfois même des frustrations : « Ils seront pharmaciens, parce que papa ne l'était pas ![2] »

 

Ce que fut mon père, par-delà la vie et le nom qu'il m'a donnés, par-delà même l'éducation que j'ai pu recevoir de lui a façonné mon être à l'image de ce qu'il fut ou, a contrario, comme une sorte de négatif de ce qu'il a pu être ou signifier pour moi. Une constatation générale qui s'applique dans la plupart des cas à chacun de nous : nous sommes tous fils ou fille de quelqu'un, dont généralement nous portons le nom, et que nous imitons ou rejetons, consciemment ou non... La part de l'inconscient étant ici, je crois, vraiment celle du lion !

 

J'ai le sentiment très net, et de plus en plus au fur et à mesure de ma propre analyse, que l'entièreté de ma vie dans ses moindres détails prend sens pour moi dans ce « Nom-du-Père », là même et peut-être surtout où j'ai été en réaction, tentant d'être moi-même, d'être « autre[3] » sans pouvoir échapper au « moule » dont j'étais issu. Conçu, procréé que j'étais à l'image et à la ressemblance de mon père[4]. Et lorsque parfois j'ai voulu me dissocier de ce label que je n'avais pas plus demandé que de naître, je n'ai réussi, avec souvent beaucoup de douleur, qu'à me constituer comme étant son négatif, au sens photographique du terme !

 

Une chose, une seule a joué, de manière drastique et a pu rompre les chaînes qui me tenaient captif,  une chose pénible, difficile, douloureuse: le drame d'un double deuil brutal qui me privant de mes racines comme de mes branches me laissait face à moi-même et à la vie comme un simple tronc susceptible seulement de consomption ou de façonnage. Fort heureusement, après quelques tâtonnements, c'est pour ce dernier que j'ai opté !

 

Façonnage que j'appellerais d'ailleurs plus justement « reconception », puisque je perçois, jusqu'au plus intime de mes fibres profondes ma vie d'aujourd'hui comme une renaissance, au sens le plus plénier. Une expérience que je connais bien, de par mon passé chrétien où j'ai pu parfois la percevoir dans un cadre essentiellement spirituel, celui de la « nouvelle naissance » du converti, du « mécréant » qui vient à la foi et à qui il est signifié que son passé est effacé, qu'il est « né de nouveau » ! J’ajouterais qu’ici, c’est encore différent dans le sens ou je crois qu’il serait plus adéquat de parler de naissance que de renaissance, le dernier terme impliquant une répétition, le premier renvoyant à un acte initial, nouveau, totalement fondateur.

 

Mais ici c'est différent, et bien plus fort : a de nombreux égards, je n'ai plus rien de l'homme que j'ai tenté d’être auparavant, tout en restant, fondamentalement qui j'ai toujours été, ou plutôt, en en prenant conscience. J'ai la nette conviction de n'avoir pas vraiment, « véritablement » vécu ma vie passée, qu'elle ne fut qu'un long et laborieux accouchement de qui je suis depuis toujours mais dont la personnalité véritable n'a jamais pu vraiment s'épanouir, engluée qu'elle était dans les liens du « Nom-du-Père »! J’ai le sentiment d’avoir vécu comme « par procuration », entendant par là que je n’étais pas , je n’existais pas moi-même ni par moi-même mais selon le modèle, le moule constitué par mes parents, mes grands-parents et ainsi de suite. (à condition de considérer, bien sûr, que le concept du NDP ne soit pas exclusivement référent au père biologique mais puisse s’appliquer à l’influence de tout « ascendant ».)

 

D'aucuns sans doute, lisant ces lignes, s'exclameront : « folie » et n'auront aucune peine à trouver, au sein des pages du DSM maintes preuves de leur constat! Pourtant, à en envisager les résultats, j'aurais plutôt tendance à dire « sagesse » ! Jugez plutôt :

 

Pétri, malaxé dans l'argile d'un christianisme pratiquant et triomphant j'ai été habité, depuis ma plus prime jeunesse, par un sentiment de culpabilité, transmis et lié à l'idée obscure du péché, jointe à une angoisse ressentie souvent comme épaisse et pesante face à mon inéluctable finitude et surtout aux punitions aussi hypothétiques que redoutées, que je croyais, par une sorte d’atavisme, promises à tout pécheur dans un non moins hypothétique au-delà, voire déjà dans l’immédiateté du temps qui lui est imparti, par le truchement d’événements difficiles et pénibles qui inévitablement émailleront –ou plus sûrement pourriront- sa vie.

 

Mais plus tard ou maintenant, en vertu de quoi justifier cette potentielle rétribution de nos actes ? Quel système, quelle croyance peut faire la démonstration de cette dernière comme étant à la fois logique et inéluctable ?

 

A démonter et retourner dans tous les sens les genèses fondatrices de mes « croyances[5] », à en démêler les nœuds à la force de l’esprit[6] , force m'est aujourd'hui de constater, avec sérénité, qu'elles n'ont aucun sens autre que celui ou ceux qu'ont voulu parfois y apporter des humains en quête de justification . L’homme est ainsi fait : il a besoin de croire, besoin aussi de nier cette finitude qui lui fait si peur, quitte à s’inventer une obligatoire continuité sans la foi en laquelle il lui est bien difficile d’assumer son existence.

Pourtant rien, absolument rien ne peut me porter à croire qu’il y ait un avant et un après notre existence qui se fonde sur autre chose que purement logique ou contingent. En dépit de sa complexité, en dépit du fait qu’il soit une merveille dont nous ignorons encore bien des secrets, rien ne permet de démontrer ni même d’affirmer que l’être humain soit autre chose que le fruit d’un assemblage et d’une évolution logiques, sans la moindre intentionnalité créatrice ou autre qui justifierait sa présence dans notre monde. C’est ici et maintenant que je pense et que je suis, pas hier ni demain ! Dès lors pourquoi focaliser mon attention sur autre chose que l’instant présent, qui du reste n’est déjà plus à l’instant même où je l’envisage ? S’il est vrai que je sois la résultante d’un désir, en tant qu’individu, cela n’annule pas la possibilité que l’Homme, dans son acception générique ne soit autre chose que le fruit d’un hasard, plus ou moins heureux selon le point de vue dont on dispose !

 

Donc, et par conséquent, pourquoi lier notre vie et orienter celle-ci en fonction d’idéaux qui ne sont que des façons de concevoir l’existence, héritées pour la plupart d’une transmission plus ou moins traditionnelle ? Pourquoi me soucierai-je de mon « au-delà » quand la logique veut que ma vie, mon existence cesse de manière aussi sûre et définitive qu’elle a commencé ? Pourquoi surtout, optant pour ces « idéaux », irais-je infléchir le cours de cette existence si courte qui m’est donnée en m’imposant de suivre des choix et des règles conformes aux idées et croyances, aux traditions de ceux qui m’ont précédé et m’ont marqué de leur empreinte ?

 

Notre vie commence et finit. Point.

 

Entre ces deux étapes, un seul véritable choix s’offre à l’homme : celui d’être vraiment, ou de n’exister que par procuration.

 

La plupart d’entre nous optent, de manière plus ou moins marquée, pour la seconde solution. J’ai le sentiment très net d’avoir moi-même, et pendant très longtemps, suivi cette voie-là, qui selon ce que j’en perçois inscrit son parcours dans la foulée du « Nom-du-Père » et des options et choix de vie orientés par ce concept. Oui, durant des décennies, j’ai vécu comme par procuration, tentant vainement d’exister là même où je n’arrivais pas à être ! Et, partant, j’ai « oublié de vivre », avec toutes les conséquences corollaires à cet oubli !

 

Or, si l’homme veut être lui-même, il se doit d’être unique et non à l’image ou à la ressemblance de qui que ce soit, le concept de D.ieu n’étant, en cette matière qu’un pis aller, prenant fort à propos la place d’un Père devenu parfois pesant.

 

Etre soi implique la rupture avec les liens paternels dans toute l’acception du terme, et la prise de conscience d’une existence qui n’a pas à se mouler mais à se sculpter, prenant totalement les rênes de sa vie et en endossant la seule et unique responsabilité. L’homme ne peut vraiment se réaliser qu’en se détachant des liens qui l’entravent au « Nom-du-Père ».

N’être redevable de rien d’autre que du don de la vie, ce qui, en soi, est déjà suffisamment énorme pour qu’on puisse se passer d’avoir à porter autre chose ! Et si ce don s’est réalisé dans l’amour, tant mieux car ce sera un « plus » structurant pour la personne. Le reste n’est pas absolument nécessaire et peut s’avérer plus que réducteur !

 

Si je suis un homme, je me dois de vivre ma vie exactement comme je l’entends, et non comme « on » m’a dit ou appris à la vivre. Et je n’ai surtout pas à la bâtir en fonction d’une soi-disant rétribution post-mortem.

 

 

« La mort est un état de non-existence. Ce qui n'est pas n'existe pas. Donc la mort n'existe pas. »

 

C’est Woody Allen qui parle et l’on ne peut, je crois, mieux dire ! Dans un même ordre d’idée, il nous faut donc bien reconnaître que lorsque la vie n’est plus, elle n’existe pas non plus, et qu’il ne saurait donc exister « d’après » autre que celui d’un retour ou d’une fusion au néant dont nous sommes issus, à ce « vide » qui ne l’est pas vraiment. A l’Ein Sof cher aux Kabbalistes!

Il y a donc seulement un « pendant ». Pas d’avant ni d’après. Sachons donc vivre pleinement et sans entrave le « pendant », tant qu’il nous est donné. Nous rejoignons ainsi le « carpe diem » cher aux disciples d’Epicure. Cher aussi à d’autres sages, comme au Bouddha qui a cette phrase : « Le secret d’une bonne santé du corps et de l’esprit, c’est de ne pas ruminer le passé, de ne pas s’effrayer de l’avenir ni d’anticiper les difficultés à venir, mais de vivre l’instant présent avec sagesse et sérénité ».

 

Jean-Marie DEMARQUE


[1]    PLON M. & ROUDINESCO E., Dictionnaire de la Psychanalyse, Arthème Fayard, Paris, 1997.

[2]    BREL, Jacques, in « Les Bourgeois ».

[3]  « Moi est Autre » ? N’est-ce pas là quelque chose qui nous ramène au stade du miroir, au moment où l’enfant fait la dissociation entre l’image perçue initialement comme celle d’un « autre » et le reflet de sa propre corporalité ?

[4]  Manière de dire qui renvoie au Livre de la Genèse et à la conception judeo-chrétienne de l’homme, créé « à l’image et à la ressemblance de son Créateur », mais qui beaucoup plus prosaïquement renvoie au traditionnel compliment à l’égard du nouveau-né : « comme il ressemble à son papa ! » (ou « à sa maman » selon le cas !)

[5] J’appellerais « croyance » tout ce qui découle d’une foi transmise et non objectivée, non assimilée par réelle conviction personnelle. J’ai été chrétien par « foi transmise » et non par choix propre, même aux instants où je me suis cru être devenu l’auteur de ces choix.

[6] Esprit à entendre ici au sens de ce qui est psychique et non de ce qui est spirituel. L’hébreu, comme le grec sont plus explicites à ce sujet que le français !

samedi, 27 mars 2010

Apprendre à respirer…

S’il est une fonction vitale que nous négligeons et qui, du reste est particulièrement malmenée chez l’homme moderne contraint à vivre dans une atmosphère dégradée, c’est bien notre respiration. Et même ceux qui devraient pouvoir nous apprendre à mieux la gérer et l’utiliser sont, généralement dans un faux soigneusement mis en place et solidement enraciné par des décennies d’idées reçues en la matière.

Pour tenter d’y voir plus clair, commençons par poser les données du problèmes avec quelques chiffres simples et élémentaires :

La capacité respiratoire moyenne de l’être humain adulte est d’environ cinq litres. Le volume résiduel d’air dans les poumons d’un cadavre étant d’approximativement un litre et demi, on peut déduire que nous utilisons pratiquement plus ou moins trois litres et demi de cette capacité.

A dire vrai, si c’était le cas, nous irions beaucoup mieux. Hélas, la réalité est pour nous occidentaux en tous cas, très différente puisqu’il est avéré que, pour la plupart, nous n’utilisons que le dixième de notre capacité respiratoire totale, soit à peine un demi-litre ! Pour pallier à cela, nos professeurs d’éducation physique nous enseignent, dès notre plus jeune âge, à développer notre respiration thoracique… au risque de faire de nous des adultes rigides et quelque peu engoncés !

 

Un premier risque aux conséquences désastreuses :

Lorsque, pour une raison quelconque, lors d’un effort physique inhabituel, notre organisme se trouve sollicité plus que la normale, il lui faut de l’oxygène en plus grande quantité. Et pour le lui fournir, nous allons avoir la fâcheuse tendance de respirer par la bouche. Un réflexe qui, s’il devient permanent, est pathologique et générateur de multiples problèmes infectieux, lesquels peuvent avoir, à terme, des conséquences graves, sinon funestes. L’air inspiré par la bouche n’est plus filtré par les vibrisses nasales, il n’est plus thermo régulé par la surface importante des cornets nasaux, et le mucus nasal ne peut plus « piéger » les particules de poussières qui auraient échappé au filtrage des vibrisses. C’est un peu comme si nous ôtions le filtre à air d’un moteur à explosion : celui-ci s’userait prématurément.

Les conséquences d’une mauvaise respiration, hormis ce risque infectieux, sont multiples et inquiétantes :

·        Diminution de l’apport en oxygène, et donc diminution de notre capacité de concentration et de notre mémoire.

·        Diminution des capacités et aptitudes générales du cerveau et de l’utilisation des neurones.

·        Baisse de la résistance générale.

·        Sensibilité accrue aux refroidissements et aux troubles fonctionnels.

Mais ce n’est pas tout !

Le bulbe olfactif est l’organe de notre système nerveux central qui est le plus proche d’une communication avec l’extérieur : il n’en est séparé que par la muqueuse de la voûte nasale et par la fine lame osseuse percée de trou de l’ethmoïde, ainsi que par les méninges… Ajoutons à ceci qu’un réseau nerveux des plus importants court directement sous les muqueuses nasales. (Notamment le trijumeau et le cinquième nerf crânien.)

Cette innervation des muqueuses nasales joue un rôle primordial dans la genèse de toute une série de réflexes essentiels au niveau du cerveau et du corps en général. Le trijumeau est centralisé dans le ganglion de Gasser et est en relation directe avec ce dernier et les onze paires d’autres nerfs crâniens ! Parmi eux, le nerf pneumogastrique, qui joue un rôle majeur dans toutes les fonctions abdominales digestives.

Autant d’éléments et de renseignements anatomiques qui pointent du doigt l’importance d’une bonne respiration pour l’équilibre général, éléments qui, de plus en plus nous paraissent familiers, tant les sciences médicales ont aujourd’hui tendances à se vulgariser. Et c’est heureux ! Mais ces dernières ne sont pas tout, pas plus qu’elles ne sont d’ailleurs ni exactes ni absolues, n’en déplaise à certains qui voudraient parfois s’en réserver l’exclusivité !

D’autres visions de l’homme, plus « holistiques » ont cours dans d’autres modes de pensée, en des terroirs qui ont, différemment sans doute, mais tout aussi certainement qu’en Occident, fait leurs preuves dans le domaine médical. Je pense ici au savoir important recensé dans l’Ayurveda, la médecine indienne, et à cette notion curieuse mais probante de l’existence du « Prâna ».

 

Qu’est-ce que le « Prâna » ?

 

C’est, en quelque sorte, l’énergie vitale. Comme tel, c’est un principe abstrait, présent dans l’air que nous respirons et dans la nourriture que nous ingérons. Or, le « Prâna » de l’air ne peut, selon les préceptes de l’Ayurveda, ne peut pénétrer le corps qu’en passant par le nez. Ce n’est pas si abstrait que cela en a l’air, et c’est, de plus, facilement démontrable et vérifiable. Promenez-vous, après une pluie de printemps, dans un bois. Respirant à plein nez, nous ressentirons une impression de bien-être, de sérénité, de plénitude ou d’apaisement. Si, pour en profiter plus, nous nous mettons à inspirer par la bouche, plus rien ne se passe sur ce plan : l’olfaction ayant disparu, les sentiments forts et agréables que nous éprouvions se sont, eux aussi, envolés !

Il y a donc bien quelque chose de « fort » qui se passe par le truchement de la respiration nasale. Du reste, nous avons toutes et tous fait l’expérience du simple rhume qui nous trouve rapidement abattus et sans entrain, par le fait de nos narines bouchées ! Et nous savons aussi que cet abattement est la porte ouverte à une foule de manifestations psychosomatiques : fatigue, perte de concentration, lassitude, déprime…

Sans entrer dans d’autres considérations pus complexes ou plus techniques, on peut facilement déduire de tous ces éléments que notre mode respiratoire habituel d’Occidentaux est une véritable catastrophe pour notre évolution psychosomatique. Une mauvaise respiration, ou une respiration insuffisante sont à la source de bien des maux, parfois très graves, tant sur le plan de notre santé physique que sur celui de notre santé mentale. Les deux sont inéluctablement liés et leur équilibre est tributaire autant de notre respiration que de notre alimentation, vectrices inconditionnelles de la circulation du « Prâna » en nous.

 

Nos trois étages respiratoires :

 

Notre respiration est structurée en trois zones :

·        La zone « basse », diaphragmatique.

·        La zone « moyenne », thoracique.

·        La zone « haute », scapulaire.

La femme utilise l’étage supérieur le jour, et le moyen la nuit. L’homme, lui, respire presque exclusivement par l’étage moyen. Dans les deux cas, l’étage inférieur, diaphragmatique, est le plus souvent négligé. Or, c’est à bien des égards l’étage le plus important !

Par son action, le diaphragme, en s’élevant et en s’abaissant, effectue un massage constant des viscères : intestins, foie, pancréas, rate, reins et, chez la femme, organes génitaux internes. Ce faisant, il contribue à leur bon fonctionnement.

Une respiration abdominale contribuera à éviter toutes sortes de désagréments tels que la constipation chronique de laquelle résulte une auto-intoxication de l’organisme qui vient s’ajouter à une mauvaise oxygénation de ce dernier. Il nous faut donc apprendre à respirer par le ventre !

Evidemment, ceci va à l’encontre à la fois des préceptes hygiénistes habituels qui nous incitent à « bomber le torse », et des « canons » esthétiques modernes qui voudraient à tout prix voir s’effacer notre ventre.

Un tribut qui est lourd à payer, en particulier pour les femmes : s’essayant par tous les moyens de faire disparaître leurs rondeurs abdominales, elles favorisent sans le savoir ni le vouloir l’apparition de maux tels que les troubles abdominaux chroniques, les stases veineuses, les troubles circulatoires (varices !), les règles douloureuses, etc… Pis encore, le port d’un soutien-gorge entrave la respiration thoracique le jour, ce qui ne leur laisse plus guère que le troisième étage, celui de la respiration scapulaire !

Enfin, un domaine à ne pas négliger est celui des vêtements.

Un sixième de notre respiration s’effectue par la peau. On comprendra d’emblée que le port de vêtement serrés, taillés dans des matières synthétiques comme le polyester ou le nylon constitue une entrave supplémentaire à une bonne oxygénation de notre organisme.

Sans compter que toutes ces entraves, volontaires ou non (sacrifice aux canons de la mode, respiration inappropriée, mauvaise oxygénation générale) constituent souvent autant de facteurs de stress supplémentaires, entretenant le cercle vicieux au sein duquel l’humain occidental moderne se trouve prisonnier.

Si nous voulons vraiment nous libérer et nous sentir mieux dans notre corps, nous devons absolument nous affranchir des dictats de la mode et des idées reçues pour réapprendre à respirer et redécouvrir un mode de vie qui soit, dans tous les domaines, équilibré. Ce faisant, nous accumulerons l’énergie vitale et deviendrons vite plus résistants aux infections et maladies, en même temps que notre santé mentale connaîtra une significative amélioration.

Il existe aujourd’hui une profusion d’ouvrages traitant des différentes méthodes de relaxation qui s’offrent à nous et qui, pour la plupart, font avant tout appel à une meilleure gestion de la respiration, passant par une ventilation abdominale. Ce serait vraiment passer à côté d’un trésor de vie que de se priver de leur enseignement qui a en outre, le mérite immense d’être écologique et…économique : pas d’investissement nécessaire dans un matériel sophistiqué ou coûteux . La nature nous a à cet effet doté de la plus haute technologie qui soit : celle qui régit le fonctionnement de notre corps et de notre mental ! Apprenons à utiliser les énormes capacités de cette merveilleuse machine que nous sommes !

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute-Analyste

 

jeudi, 28 janvier 2010

Osons expérimenter nos racines existentielles !

 

Expérimenter nos racines existentielles

Depuis quelques temps, un mois, plusieurs, une année… Je ne saurais le dire de manière précise, j’ai acquis une sorte d’état d’esprit totalement différent de celui qui m’avait habité précédemment, et radicalement autre dans ma manière d’appréhender ce que je pourrais nommer, de manière globale, les aspects spirituels de mon existence.

Né dans une famille chrétienne, catholique pratiquante, j’ai été baigné dès ma plus tendre enfance dans une atmosphère croyante, sans toutefois être dévote. Mais la notion d’un Dieu Créateur, ami de l’homme et l’aimant au point d’offrir son propre fils en sacrifice expiatoire du péché humain a été très fortement, très solidement et profondément gravée en moi, avec ses inévitables corollaires que sont les notions de rétribution sous forme de récompense-punition pour les actes posés durant une vie censée pouvoir se perpétuer dans un au-delà éternel, voire ressusciter de ses cendres lors de la fin programmée de sa création par Dieu. Un « formatage » intense du psychisme, qui influe évidemment de manière extrêmement puissante sur tous les aspects de la vie, sur la pensée, le mode de raisonnement, l’intelligence, la compréhension du monde, les idéaux, les inhibitions, les désirs, bref sur tout ce qui constitue une existence, dans toutes ses dimensions touchant tout autant l’être que le faire !

Et puis, tout à coup, plus rien de tout cela ! Le sentiment de m’être trompé, d’avoir fait fausse route durant des décennies, d’avoir mal orienté ma vie, mes choix, de m’être laissé abuser par des assertions aussi aberrantes que fausses. Et en même temps, un sentiment d’intense libération, la conviction soudaine de n’être plus lié à quoi que ce soit d’aliénant, le sentiment d’être en paix totale et absolue devant ce qui constituait pour moi comme pour bien la plupart des gens une source indicible d’angoisse sinon de peur : l’idée de ma propre fin, de ma mort et de son après. Et puis aussi, et peut-être surtout, ce sentiment de bien-être et de joie tiré du simple fait de ma vie de tous les jours dont je savoure chaque instant sans plus me soucier le moins du monde d’un hypothétique futur, plus ou moins proche qui pourrait être fait de déceptions, de chagrins ou de contrariétés de tout ordre. Cette idée-là n’a plus aucune prise sur moi : je vis l’instant présent, heureux d’être et de vivre, même si, restant humain, il peut arriver que cette extraordinaire sérénité qui m’habite s’assombrisse dans des moments moins harmonieux, sous l’effet d’une colère difficile à contenir, d’une angoisse qui parfois voudrait pointer, ou d’un souci aussi subit qu’inattendu.

En matière de foi, je ne me pose plus de questions : je crois qu’il existe une force vitale qui régit l’Univers dans son ensemble. Je crois que je suis partie prenante de cette force, qu’elle m’habite, m’anime, suscite ma pensée, mes sentiments, ma créativité. J’ai le sentiment presque palpable que mon être de chair, mon corps est le lieu de l’animation et de l’incarnation de cette force, un lieu passager, issus de la fusion initiale de deux cellules, voué à une existence passagère et appelé à retourner au néant dont il est issus, sans aucune perspective d’une survie même immatérielle et donc sans celle d’une quelconque rétribution positive ou négative. Je crois que l’esprit qui anime ce corps, cette enveloppe passagère est une parcelle de celui qui régit l’Univers et qui lorsqu’il quittera son enveloppe charnelle, soit s’incarnera à nouveau pour servir le grand concept vital, soit rejoindra le tout dont il est issu.

Dans cette perspective, évidemment, l’idée même de la mort ne nourrit plus en moi aucun sentiment, et surtout ne saurait plus susciter la moindre angoisse.

Comment en suis-je arrivé là ? Et pourquoi ?

C’est la question qui se pose à moi aujourd’hui, et c’est celle aussi que se posent bien des personnes qui m’ont connu sous un autre aspect, et particulièrement sous celui du théologien, du pasteur qui durant quinze années a exercé son ministère en témoignant d’une foi apparemment aussi forte que solide et sincère ! C’est a priori paradoxal, je le conçois et je l’assume . Mais au-delà du paradoxe, ce que je ressens aujourd’hui est tout aussi fort et sincère !

Je ne peux même pas dire que j’aurais « perdu la foi », comme le pensent parfois certains. Si c’était bien le cas, cela pourrait s’expliquer platement par un constat désabusé devant l’inadéquation du dire et du faire constatée chez nombre de chrétiens, et particulièrement chez quelques Tartuffes bigots et hypocrites de la veine de ceux qui ont voulu, dans ma dernière paroisse, m’éliminer et qui, n’ayant d’autres moyens à leur disposition pour le faire, ont choisi la voie de la calomnie, du mensonge, de la diffamation, en passant par celle du harcèlement et de la torture morale. Ils sont arrivés à leurs fins en me jetant comme on jette un « Kleenex » usagé, mais, si ce n’était pour la méchanceté et la perversion dont ils on fait et font encore preuve aujourd’hui, j’aurais presque envie de leur dire « merci ». Très sincèrement : « merci » ! Parce qu’en me jetant, ils m’ont facilité le passage d’un cap que sans eux je n’aurais peut-être pas franchi. Et comme ce franchissement aujourd’hui fait de moi un homme vraiment heureux …

Si aujourd’hui je crois de manière absolument agnostique, voire même « athée » au sens strict puisque je ne conçois plus l’existence d’un « dieu » mais celle d’une « force vitale », c’est en raison d’un tout autre événement, et aussi, sans doute, un peu grâce (remarquez bien que je ne dis pas « à cause de ») à un rationalisme qui a toujours présidé à mes raisonnements.

L’événement, c’est un accident cardio-vasculaire extrêmement grave, qui aurait dû, selon toute probabilité m’être fatal, survenu en fin de matinée le 12 mars 2008.

Souffrant d’insuffisance cardiaque gauche[1], j’ai fait subitement un œdème pulmonaire aigu, accompagné d’une décompensation cardiaque. Je suis resté conscient, malgré la douleur et l’absolue certitude d’être en train de mourir. Dans l’ambulance, j’ai fait un arrêt. Je me souviens précisément de ce qui s’est alors passé : instantanément, toute douleur, toute angoisse ont cessé. Je me sentais infiniment et merveilleusement bien. Les bruits me parvenaient comme au travers d’un écho lointain. Je me suis vu sur la civière, dans l’ambulance, et j’ai clairement entendu le médecin qui disait : « merde, on va le perdre !». Et j’avais, comme une obsession, présente à mon esprit ma fille aînée qui pleurait et me suppliait de rester ; ma fille aînée qui m’avait dit cette phrase-magique : « je t’aime, moi ! ». Alors, j’ai lutté de toutes mes forces en me disant : « je dois rester ». J’ai soudain ressenti une grande douleur, les bruits de sirène se sont fait assourdissants et j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé, vivant, en réa, avec un masque qui me diffusait de l’oxygène sous pression. Je me souviens d’avoir émergé, ne sachant plus du tout où j’étais, ni ce qui s’était passé. Les souvenirs sont revenus ensuite.

Une expérience presque banale, tant il y a des témoignages concordants de faits similaires. J’ai tout « simplement » vécu une « NDE » (Near Death Experiment ) comme des dizaines de milliers d’autres personne l’ont déjà rapporté.

Un phénomène curieux que beaucoup, et surtout des croyants, interprètent à leur manière comme une preuve de la réalité d’un « passage » dans l’ »au-delà », voire même une accréditation de l’existence de ce dernier. Rien n’est moins sûr : il est par contre très probable, et démontré scientifiquement avec des preuves à l’appui, qu’il s’agisse d’un phénomène normal, engendré par un processus de mort qui génère un état de bien-être et d’apaisement, causé notamment par la production d’endorphines qui « endorment » les centres nerveux. Cette explication (qui « tient la route » !) n’est peut-être pas juste et sera peut-être battue en brèche un jour. Mais cela ne signifierait en aucun cas qu’il n’y ait pas une autre explication qui le soit, explication scientifique s’entend, les autres hypothèses n’étant que suppositions générées par des croyances et donc grevées du poids du doute !

Personnellement, la seule et unique chose que je retiens, c’est que la mort, en elle-même, n’est qu’un processus vital, même si c’est le dernier, et qu’après, il n’y a rien. Dès lors, pourquoi nous inquièterions-nous de rien ? Occupons-nous de la vie, vivons l’instant présent, sans revenir sur le passé ni nous préoccuper de l’avenir : seul le moment présent est réel dans la mesure où il est le seul que nous soyons à même de percevoir (encore que, lorsque nous le percevons, il soit déjà passé, ne serait-ce que de manière infinitésimale !).

D’autre part, comme théologien, et comme fervent adepte de la phénoménologie des religions, force m’est de constater et de déduire que non seulement un concept humain de Dieu, élaboré même avec les meilleurs arguments ne saurait être que faux. Et par conséquent tout ce qui s’ensuit ne peut aussi qu’être erroné, d’autant qu’on perçoit fort bien dans la part mythique de toute religion le besoin naturel de l’homme de s’en référer à des miracles tels que l’incarnation, la conception virginale, le concept d’un Sauveur, l’espérance dans un au-delà ou une Résurrection, etc… Cette tendance naturelle de l’homme à opter pour le merveilleux est ancrée en lui depuis très longtemps, voire depuis toujours dans la mesure où c’est peut-être cela qui justifie sa particularité à être, contre l’ensemble du règne animal dont il est pourtant issu, un « être pensant », et pensant surtout à ses origines et au sens de son existence !

Pour moi cette faculté est la trace d’un apparentement à cette force vitale dont j’ai parlé plus haut et sur laquelle aujourd’hui je ne saurais mettre de nom, pas plus que je ne saurais ni ne pourrais lui attribuer de sentiment humains, fussent-ils considérés comme « parfaits » !

La seule et unique spiritualité qui « cadre » avec cette conception à la fois « athée » d’une Force Vitale et plaçant le Néant comme origine et fin[2] de toute chose, c’est le Bouddhisme !

Aujourd’hui, je découvre le bouddhisme et les courants de pensée qui s’y rattachent en convergeant vers cette sérénité de l’esprit et cette libération des angoisses dont tout homme a tant besoin. Et au vu de ce que je ressens, devant les perspectives qui s’ouvrent devant moi, je perçois cette découverte comme un cadeau de la vie, qu’il me faut saisir à pleines mains pour pouvoir profiter pleinement de l’instant qui m’est donné, en en faisant profiter ceux et celles qui croisent mon chemin. Si je puis dire, sans revendication aucune que je ne crois plus en l’existence de Dieu telle qu’on me l’a inculquée, j’affirme qu’il ne saurait y avoir de hasard dans ces vies humaines qui sont pour un temps notre lot et par lesquelles nous pouvons apporter notre participation à l’harmonisation de l’Univers, notre vrai, seul et unique corps. Et je souhaite vraiment à chacune et chacun de pouvoir faire et vivre cette merveilleuse et extraordinaire expérience !

Jean-Marie Demarque

Théologien,

Psychothérapeute-Analyste



[1] L’insuffisance cardiaque gauche est la forme la plus grave de dégénérescence cardiaque et est considérée comme étant la phase terminale de toutes les maladies cardiaques. Elle ne laisse qu’une espérance de vie réduite. Seule une greffe cœur-poumons peut « guérir » le malade.

[2] Fin est à entendre ici dans son sens de finalité, de but, et non dans celui d’une finitude ou d’un terme définitif. Pour le Bouddhisme, l’anéantissement, le retour au néant marque la fin du Samsara (cycle des réincarnations ) et l’entrée dans le Nirvana, laquelle peut déjà se vivre comme plénitude de paix dans l’hic et nunc de notre quotidien !

 

dimanche, 24 janvier 2010

Psychanalyse et Yoga : des objectifs communs.

Yoga et psychanalyse : des atouts similaires pour se libérer

L'article qui suit provient du magazine "Signes et Sens", gratuit sur le net, et rempli d'idées intéressantes pour ceux et celles qui veulent goûter aux vraies valeurs de l'existence.

Rendez-vous à l'adresse : 

http://www.psychanalysemagazine.com/psycho-yoga-et-psychanalyse-pour-se-liberer.html

Le yoga est une discipline spirituelle et corporelle issue d’un système philosophique brahmanique de l’Inde. Il rend tangible l’état parfait dans la contemplation, l’immobilité absolue, l’extase et les pratiques ascétiques. La psychanalyse est une méthode d’investigation psychologique; elle a pour sens de ramener à la conscience les sentiments obscurs ou refoulés ; elle est également procédé d’élucidation des conflits et conduites. Quels rapports ces démarches, plus ou moins rationnelles de l’esprit vers la vérité, peuvent-elles donc bien entretenir ?

Yoga et psychanalyse ont initialement, en commun, des approches théoriques sur la nature de l’être humain et une conception pratique pour lui assurer un mieux être. Discuter avec soin de leurs liens mutuels et réciproques nécessite la connaissance soutenue des deux systèmes.

Au plus profond de l’être
Expression quasi exemplaire de l’Inde fondée sur la tradition, us et coutumes, le yoga a depuis longtemps éveillé de l’attachement en Occident. Sa mise en perspective avec la psychanalyse s’impose comme une entreprise périlleuse mais essentielle. Donc inévitable. Bien avant les énoncés freudiens, la doctrine hindou avait décelé l’importance du rôle joué par l’inconscient. Le but majeur de la pratique yoguique est d’affranchir le sujet des niveaux psychophysiologique et psychopathologique. Cette expérience supra sensorielle permet à l’Homme de s’extirper de son histoire personnelle. Cette pratique ne conduit pas forcément à la délivrance. Il n’y a donc pas à escompter d’effet magique universel et systématique. De fait, à chaque instant, le sujet pratiquant peut être aliéné par le jeu des latences subconscientes qui fondent l’existence. C’est donc bien dans le dynamisme propre de l’inconscient que campe l’obstacle le plus important ; le yogi doit le dépasser en s’élevant par-dessus. Lorsqu’il entre en analyse, le sujet s’emploie dans le miroir symbolique à rendre conscient son inconscient. Cela revient métaphoriquement à s’éveiller ou se réveiller, au prix d’une révolution intérieure longue ; celle-ci s’avère souvent pénible puisqu’incluant le rejet des fantasmes, des apparences, la révélation d’une réalité autre parce que vraie et non édulcorée. L’émergence du désir est la condition de ce lourd tribu à payer. En revanche, le yogi affirme la non nécessité de
scruter les pans multiples de l’existence mais de les mettre sous contrôle à toute fin de maîtrise. Il considère en effet, de principe, que cet inconscient est susceptible d’être assujetti par des techniques d’ascèse, de purification et d’oraison mentale. Dans les deux cas, les manières d’agir — par associations libres ou par concentration mentale — font ouvrage au plus profond de l’être. Le travail analytique se donne pour objet l’intégration et l’assimilation des souvenirs de la première enfance. Le travail yoguique, quant à lui, tente d’aller plus loin encore dans ce flash back puisque, selon la théorie qui le motive, des existences antérieures au sujet sont également à explorer.

Des analogies remarquables
Au commencement pour le yoga, comme pour la psychanalyse, est la souffrance ; cette dernière bride l’épanouissement de soi avec soi-même mais également avec autrui. Dans les deux cas, on pourra relever la notion de passage d’un état inférieur vers un état supérieur. Il ne faudrait pas pour autant se méprendre : s’il est des analogies remarquables entre ces deux itinéraires, il serait parfaitement impropre de parler d’identité commune. Cependant, Jung eût le premier pour mérite d’avoir établi une série de liens entre psychanalyse et yoga. Il livra sa fascination pour le caractère ésotérique de certains phénomènes psychiques. L’image originelle archétypique, centre de toutes les énergies, est l’un des concepts familiers de l’adepte du yoga ; celui-ci, dans son travail de concentration mentale, fait volontiers l’expérience d’un retour à l’état originel et archaïque. La technique jungienne « d’imagination active » est d’ailleurs l’une des formes de la méditation yoga. Celle-ci a un but : la programmation intentionnelle afin d’exercer une domination du vécu des sensations inhabituelles. En outre, la faculté de représenter les objets par la pensée reste spontanée, sans ligne décrite préalable. De plus en plus de thérapeutes en viennent, de nos jours, à moins fortement radicaliser l’écart entre psychanalyse et yoga. De nombreux analystes contemporains considèrent que l’objet de leur pratique est bien plus étendu que la psyché et ses troubles. On voit ainsi, d’une manière naturelle et logique, un nombre croissant de personnes associant, au nom d’une certaine hygiène de vie, simultanément ou consécutivement, yoga et psychanalyse. Le recours à l’analyse par le yogi peut être envisagé comme un éclairage instructif ; pour le sujet analysé, le yoga est une méthode complémentaire au sein de laquelle le corps est généreusement accueilli avec égards. La rencontre des deux systèmes atteste de façon significative que l’Homme ne saurait tout à fait agir ou penser sans quelques présupposés généraux et abstraits. Yoga et psychanalyse, par-delà leurs différences évidentes, se révèlent à l’unisson dès lors que le sujet pratiquant tente de se libérer en voulant se rassembler.

Denis Loux

 

dimanche, 10 janvier 2010

PLATON : L'Allégorie de la Caverne - Enoncé et commentaire de Socrate

PLATON

OEUVRES COMPLÈTES

LA RÉPUBLIOUE

LIVRE VII


514 Maintenant, repris-je, représente-toi de la façon que 514a voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que 514b devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles (455).
Je vois cela, dit-il.
Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en 515 pierre, en bois, et en toute espèce de matière (456); naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
Voilà, s'écria-t-il, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
Ils nous ressemblent (457), répondis-je; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face?
Et comment? observa-t-il, s'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie? 515b
Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même?
Sans contredit.
Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu'ils verraient (458)?
Il y a nécessité.
Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l'ombre qui passerait devant eux?
Non, par Zeus, dit-il.
515c Assurément, repris-je, de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués.
C'est de toute nécessité.
Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements il souffrira, et l'éblouissement 515dl'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un lui vient dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste? si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l'oblige, à force de questions, à dire ce que c'est? Ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant?
Beaucoup plus vraies, reconnut-il.
515e Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés? n'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu'on lui montre?
Assurément.
Et si, repris-je, on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu'il sera parvenu à la 516 lumière pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies?
Il ne le pourra pas, répondit-il; du moins dès l'abord.
Il aura, je pense, besoin d'habitude pour voir les objets de la région supérieure. D'abord ce seront les ombres qu'il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler 516bplus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.
Sans doute.
À la fin, j'imagine, ce sera le soleil - non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit - mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.
Nécessairement, dit-il.
Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d'une certaine manière, 516c est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne (459).
Evidemment, c'est à cette conclusion qu'il arrivera.
Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers?
Si, certes.
Et s'ils se décernaient alors entre eux honneurs et louanges, s'ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l'oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et 516d qui par là était le plus habile à deviner leur apparition (460), penses-tu que notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu'il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants? Ou bien, comme le héros d'Homère (461), ne préférera-t-il pas mille fois n'être qu'un valet de charrue, au service d'un pauvre laboureur, et souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait? 516e
Je suis de ton avis, dit-il; il préférera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon-là.
Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s'asseoir à son ancienne place : n'aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil?
Assurément si, dit-il.
Et s'il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n'ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue 517 est encore confuse et avant que ses yeux se soient remis (or l'accoutumance à l'obscurité demandera un temps assez long), n'apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens (462), et ne diront-ils pas qu'étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n'est même pas la peine d'essayer d'y monter? Et si quelqu'un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu'ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas (463)?
Sans aucun doute, répondit-il.
Maintenant, mon cher Glaucon, repris-je, il faut 517b appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous découvre la vue au séjour de la prison, et la lumière du feu qui l'éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l'ascension de l'âme vers le lieu intelligible tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l'idée du bien est perçue la dernière et avec 517c peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause de tout ce qu'il y a de droit et de beau en toutes choses; qu'elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière (464); que, dans le monde intelligible, c'est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l'intelligence; et qu'il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.
Je partage ton opinion, dit-il, autant que je le puis.
Eh bien ! partage-la encore sur ce point, et ne t'étonnes pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s'occuper des affaires humaines, et que leurs âmes 517d aspirent sans cesse à demeurer là-haut. Cela est bien naturel si notre allégorie est exacte.
C'est, en effet, bien naturel, dit-il.
Mais quoi? penses-tu qu'il soit étonnant qu'un homme qui passe des contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue troublée et n'étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d'entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations517e qu'en donnent ceux qui n'ont jamais vu la justice elle-même (465)?
Il n'y a là rien d'étonnant.
En effet, repris-je, un homme sensé se rappellera que 518 les yeux peuvent être troublés de deux manières et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l'obscurité, et par celui de l'obscurité à la lumière; et ayant réfléchi qu'il en est de même pour l'âme, quand il en verra une troublée et embarrassée pour discerner certains objets, il n'en rira pas sottement, mais examinera plutôt si, venant d'une vie plus lumineuse, elle est, faute d'habitude, offusquée par les ténèbres, ou si, passant de l'ignorance à la lumière, elle est éblouie de son trop 518bvif éclat; dans le premier cas il l'estimera heureuse en raison de ce qu'elle éprouve et de la vie qu'elle mène; dans le second, il la plaindra, et s'il voulait rire à ses dépens, ses moqueries seraient moins ridicules que si elles s'adressaient à l'âme qui redescend du séjour de la lumière (466).
C'est parler, dit-il, avec beaucoup de sagesse.
Il nous faut donc, si tout cela est vrai, en conclure ceci ; l'éducation n'est point ce que certains proclament qu'elle518c est ; car ils prétendent l'introduire dans l'âme, où elle n'est point, comme on donnerait la vue à des yeux aveugles (467).
Ils le prétendent, en effet.
Or, repris-je, le présent discours montre que chacun possède la faculté d'apprendre et l'organe destiné à cet usage, et que, semblable à des yeux qui ne pourraient se tourner qu'avec le corps tout entier des ténèbres vers la lumière, cet organe doit aussi se détourner avec l'âme tout entière de ce qui naît, jusqu'à ce qu'il devienne capable de supporter la vue de l'être et de ce qu'il y a de 518d plus lumineux dans l'être; et cela nous l'appelons le bien, n'est-ce pas?
Oui.
L'éducation est donc l'art qui se propose ce but, la conversion de l'âme, et qui recherche les moyens les plus aisés et les plus efficaces de l'opérer; elle ne consiste pas à donner la vue à l'organe de l'âme, puisqu'il l'a déjà; mais comme il est mal tourné et ne regarde pas où il faudrait, elle s'efforce de l'amener dans la bonne direction.
Il le semble, dit-il.

 

La vérité, toutes les vérités

Un cinéaste belge, avalisé par le gouvernement fédéral, se propose de faire du quintuple infanticide de Nivelles un film grand public. Au delà du voyeurisme qu'une telle démarche risque d'éveiller, il y a, me semble-t-il, l'expression de la volonté de comprendre les tenants et aboutissants d'un drame atroce et aussi, quelque part, une démarche qui va dans le sens d'un apaisement, démarche utile et nécessaire à l'égard d'une population violemment secouée depuis une quinzaine d'années par la découverte brutale de ces autres drames que l'on a appelés "les affaires". Sans doute, ce film qui tend à montrer la Vérité risque de la biaiser en alimentant chez certains une soif de sensations peu louables qu'il vaudrait mieux juguler. Mais certainement aussi, il peut être bénéfique par l'effort de réflexion et de compréhension qu'il suscitera dans des "esprits sains", qui, je l'espère, constituent la majorité de notre population. L'article qui suit est de Vincent Magos,psychanalyste,responsable de la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances. Il a été transmis via une édition spéciale de "la Lettre de Yapaka". Je pense que tous, avec les moyens qui nous sont donnés, nous devons réagir positivement envers la réalisation de ce film qui vise surtout une compréhension empathique de la misère humaine dans ce qu'elle a de plus prégnant et, hélas, de moins pris en compte : la maladie mentale.

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute - Analyste

"Une mère assassine ses enfants, toute une population est en émoi, le procès a lieu, la vérité est prononcée. Rideau c'est fini. Ou du moins, le voudraient, ceux qui s'émeuvent qu'un cinéaste envisage de s'en inspirer.

Dans nos sociétés où l'innocence magnifiée de l'enfant vient faire écran à la difficulté des adultes de quitter leur toute puissance infantile, il n'est pas étonnant alors que les figures du pédophile et de la mère infanticide servent d'icônes, fassent la une des médias ainsi que l'objet privilégié des frissons et des opprobres contemporaines.

Rester collé au fait divers, chaque mois renouvelé, chaque fois sanctionné par la justice n'aide en rien à comprendre en quoi cela nous concerne. La consommation des nouvelles vient ainsi nourrir la conviction d'un monde bien organisé entre les bonnes gens et les autres.

Dans son cabinet, le psychanalyste entend les tumultes intérieurs, écoute ces itinéraires chaque fois uniques et, pour ne pas être englué dans ces histoires, il partage son expérience avec ses collègues. Ensemble, ils construisent des théories. « Notre façon prosaïque de lutter contre le Démon consiste en ceci, que nous le décrivons comme un objet scientifiquement saisissable » écrivait S.Freud à S.Zweig en 1925.

Si le psychanalyste peut aider un sujet à apaiser ses chaos, ou à dénouer les liens qui l'emprisonnent, il ne peut apporter d'éclairage public pour des raisons de confidentialités bien sûr et aussi parce que ses théories, on vient de le voir, sont une mise à distance de l'horreur. C'est pourquoi il faut remercier les artistes quand ils nous font entendre, de l'intérieur, la voix du parent infanticide : Euripide ou Corneille (Médée), hier ; Véronique Olmi (Bord de mer), Emmanuel Carrère (L'adversaire) ou Mazarine Pingeot (Le cimetière des poupées) plus récemment.

Face à l'horreur, souvent à tort considérée comme innommable, l'artiste nous aide à deux niveaux.

Les tragédies publiques qu'elles soient d'ordre politiques comme la Question royale ou criminelles comme les tueurs du Brabant wallon ou l'affaire Dutroux laissent des traces traumatiques malgré les rituels d'apaisement organisés dans l'espace parlementaire ou judiciaire. Ces blessures ont à être élaborées peu à peu, et l'artiste, par sa mise en récit, nous y aide. Il ne cherche pas la véracité objective des faits, il fait le lien entre une tragédie et toutes celles qui ont déjà été vécues par l'humanité. Sa version du mythe est vraie au même titre que toutes les autres versions. Et les mythes, on le sait, aident les humains à être humains, ensemble face au ciel qui peut leur tomber sur la tête.

L'autre dette que nous avons envers l'artiste est celle d'un trajet intime. Freud remercie Zweig de sa « plongée dans la vie intérieure des hommes démoniaques », d'autant que ces démons rejoignent ceux de nos rêves et de nos fantasmes, ceux qui nous habitent car il n'y a pas deux axes, celui du bien et celui du mal. En termes de prévention, nous pouvons d'ailleurs dire que reconnaître la part de haine que l'on éprouve vis à vis de ses enfants réduit le risque que l'agressivité soit agie.

Entrer dans l'œuvre, accepter le partage de l'artiste, c'est donc oser quelque peu mettre en lumière notre ombre à nous.

S'il peut y avoir une certaine vérité journalistique, s'il y a la vérité judiciaire, qu'il n'est nullement question de remettre en cause, il est encore des vérités plus sombres, plus intérieures, plus inaccessibles. Il nous faut remercier les artistes de les exprimer publiquement.

Seul le fou du Lotus bleu peut croire que la vérité est Une, et vouloir couper la tête de Tintin, pour que celui-ci en soit définitivement convaincu.

 

Vincent Magos,

psychanalyste,

responsable de la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances.

vendredi, 08 janvier 2010

Psychanalyse "laïque" : qu'est-ce à dire ?

La psychanalyse est une pratique qui permet de découvrir les conflits inconscients qui nous traversent.

Parce qu’elle a un effet thérapeutique, on peut penser qu’elle relève de la médecine et ne devrait donc être exercée que par des médecins. 

Parce qu’elle a des effets sur nos relations aux autres, on peut trouver logique qu’elle soit plutôt exercée par des psychologues.

Parce qu’elle touche à de grandes interrogations philosophiques ou métaphysiques, on peut souhaiter en réserver l’exercice à des prêtres, des moralistes ou des philosophes.

Et puis, elle est un espace de parole, et devrait donc n’être pratiquée que par des professionnels du langage, linguistes ou conteurs. Elle s’appuie sur la remémoration et interroge les trous de notre histoire, il faudrait donc que ne s’installent sur le fauteuil de l’analyste que des historiens ou des romanciers. 

La liste des différentes professions qui auraient quelques solides arguments pour se réserver l’usage de la psychanalyse pourrait encore être étendue… 

Et la « psychanalyse laïque », justement, c’est la réponse faite par Freud dès 1926 aux revendications corporatistes de l’époque et de l’avenir. A ceux qui réclamaient, parfois avec des arguments « de bon sens », que le titre de psychanalyste leur fût réservé, Freud a répondu que peu importaient les diplômes ou la profession exercée par ailleurs. 

La psychanalyse doit être réservée… aux psychanalystes. C’est-à-dire, à ceux qui remplissent une condition unique et irremplaçable  : être formés à la psychanalyse par une longue analyse personnelle, sur le divan - complétée par une "formation infinie" selon l’expression de Lacan, parmi des psychanalystes expérimentés. On peut donc dire que la "psychanalyse laïque", c’est simplement la psychanalyse pratiquée par un psychanalyste en tant que tel !

Il n’y aurait donc de psychanalyse que laïque ?

Oui, puisque ne peut occuper la place du psychanalyste que celui qui s’est formé à la psychanalyse. Et cette formation – dont la pièce maîtresse est l’analyse personnelle – a notamment pour effet d’interroger et mettre à distance les connaissances universitaires acquises par ailleurs afin que celles-ci ne brouillent pas l’écoute de l’analyste dans la cure. Qu’elles ne l’empêchent pas – par le filtre d’un savoir préconçu – d’entendre le singulier, toujours nouveau, du dit d’un analysant. 

Le psychanalyste n’est pas pour autant un ignorant. Seulement, face au symptôme dans la cure, il ne réagira ni en médecin (cherchant par exemple une cause organique), ni en psychologue (écoutant ce qu’en pense le patient afin de lui apporter une réponse adaptée), ni en prêtre (donnant des conseils éclairés pour vivre mieux), ni en linguiste, assistante sociale, meilleur ami, confesseur ou professeur : il réagira en analyste. C’est-à-dire comme quelqu’un qui sait d’expérience que le symptôme dit quelque chose du sujet. Le psychanalyste sera donc à l’écoute de l’inconscient. Avoir ou ne pas avoir de diplômes relevant d’autres disciplines (médecine, psychologie, langues etc.) est donc indifférent lorsqu’il s’agit de mettre en acte dans l’analyse cette écoute et cette dimension d’interprétation spécifique à la psychanalyse. 

Pourquoi n’y a-t-il pas alors un diplôme de psychanalyste
qui garantirait que celui qui se prétend tel a bien été formé à l’analyse ?

Il existe des diplômes de psychanalyse, mais pas de diplôme de psychanalyste. Parce qu’un diplôme constate l’acquisition d’un certain volume de connaissances pratiques et théoriques - les mêmes pour tous les titulaires de ce diplôme - dans des conditions de vérification normée (examen, rapport de stage…) et que la formation à la psychanalyse ne peut pas rentrer dans un tel cadre.

La formation de l’analyste, d’abord, est plus longue que n’importe quel cursus universitaire. Elle ne s’arrête pas, d’ailleurs, quand le psychanalyste commence à exercer, elle est à peu près interminable ! La formation de l’analyste, ensuite, comprend généralement trois dimensions qui ne peuvent guère être normées, sauf à perdre leur caractère de formation analytique : l’analyse personnelle ; l’acquisition d’une expérience clinique ; et le travail sur les textes théoriques de la psychanalyse. 

Mettre un diplôme sur tout ça est donc tout bonnement impossible. 

Mais alors, quelle garantie ?

Il n’y en a pas, et c’est heureux.

Au cours des premières rencontres entre un analyste et un analysant commence, ou non, à se nouer un lien singulier (ce que l’on appelle le transfert), qui repose sur la confiance et que nul maître (ou institution) ne peut garantir. Sans cette confiance qui permet l’émergence du lien transférentiel, l’analyse – tout simplement – n’aura pas lieu. Elle ne commencera pas parce que l’analysant se dira : « Ben, non, cette personne ne me convient pas, je n’ai aucune envie de lui confier la moindre chose intime, je vais aller voir ailleurs ». Elle ne commencera pas parce que l’analyste se dira : « Je ne suis pas le praticien qui convient pour répondre à cette demande particulière, je vais proposer à cette personne d’aller voir un confrère ». Au pire, les choses traîneront quelques semaines ou quelques mois avant que l’un des protagonistes se rendre compte qu’il ne se passe pas grand chose, que ça a l’air d’une psychanalyse mais que ce n’en est pas une… et qu’il vaut mieux arrêter là. 

Le risque que l’analyse ne puisse pas commencer, faute de l’installation d’une situation transférentielle, serait accru s’il existait des « diplômes d’analyste ». L’analysant, en effet, serait d’emblée confiant non dans l’analyste mais dans le diplôme qu’il peut exhiber… Dans les hypothèses où l’analyse ne commence pas, l’absence de garantie extérieure n’est effectivement pas bien grave. 

Si le transfert s’installe, ne risque-t-on pas de se retrouver démoli par un pervers, un gourou… ?

C’est rare, sans doute bien plus rare que dans d’autres types de situation, mais c’est effectivement possible. Seulement, de ce risque, qui vaut pour toutes les rencontres humaines, aucun diplôme ne pourrait nous prémunir. Un médecin généraliste peut capter l’héritage d’une personne âgée qui lui fait entièrement confiance, un psychologue peut influencer son patient et le pousser à prendre des décisions qui se révéleront très mauvaises pour lui, un enseignant cruel ou n’ayant pas conscience de son influence peut acculer au suicide un adolescent fragile… les diplômes n’ont jamais été une garantie de l’éthique ni même de la compétence des diplômés. 
Faire confiance suppose toujours une prise de risque, en analyse comme ailleurs. Ce risque serait bien plus grand si triomphait une vision normative de la formation du psychanalyste. L’analysant serait en effet rassuré par le diplôme de l’analyste ; l’analyste, quant à lui, serait tenté de se cacher derrière le beau diplôme qui garantit qu’on peut lui faire confiance… et toutes les dérives seraient alors possibles.

jeudi, 07 janvier 2010

Psychanalyse et autisme Le « non » de G. Haag, ecrétaire générale de la Cippa


 

Réponse aux mises en cause répétées des abords psychanalytiques des troubles autistiques

 

RECTIFICATIONS. Non, ce n'est vraiment pas la référence à B. Bettelheim, telle qu’elle apparaît fréquemment dans les médias, qui inspire de nombreux psychanalystes s’occupant d’autisme, mais ce sont surtout les psychanalystes anglais F. Tustin[1] et D. Meltzer[2]largement traduits, diffusés, enseignés, commentés et prolongés depuis trois décennies, en France par exemple. Il importe de remarquer que la conception de B. Bettelheim n’est aucunement d’origine psychanalytique, mais provient de son observation que certains déportés en camp de concentration étaient en retrait autistique. L’application qu’il en fit à la famille des enfants avec autisme, regrettablement culpabilisante en effet, fut évidemment une erreur, mais pourquoi faudrait-il que, commise il y a un demi-siècle, et répétitivement mise en avant dans les médias, elle nuise encore en occultant totalement tous les travaux psychanalytiques, complètement différents, effectués depuis ? Nous ne connaissons pas non plus de collègues qui pensent « que ces enfants doivent être éloignés le plus possible de leurs parents » : les traitements se font en ambulatoire, hormis les cas où un internat est indiqué selon une décision commune parents/professionnels.

 

MISE AU POINT SUR CE QUE FONT DE NOMBREUX PSYCHANALYSTES DE PLUSIEURS COURANTS[3]. Ils pratiquent l’observation la plus fine possible à la recherche d’un repérage et d’une compréhension de ce que ressentent, essaient de penser, et de communiquer les enfants, les adolescents et encore les adultes, malgré leur handicap autistique. Invités à l’expression spontanée et à l’association libre, fondements de la méthode psychanalytique, avec une participation du thérapeute plus active qu’auprès d’autres patients, ils nous ont entraînés à décrypter leur langage gestuel qui peut paraître d’abord dénué de sens, par ex. déambulations et explorations tactiles des éléments du décor de la pièce et de son mobilier comme à la recherche de représentants d’une contenance corporelle et émotionnelle dont le défaut constitue la grande défaillance du trouble autistique ; ou bien concentration sur les qualités purement sensorielles des objets et mouvements stéréotypés comme agrippements incessants pour surmonter des angoisses de chute anéantissante ou de liquéfaction de leur corps qu'ils parviennent à théâtraliser de diverses manières. C’est une première symbolisation en-deçà de la possibilité d’utiliser des jouets figurés. Ils essaient aussi de communiquer les causes de leur évitement du regard : peurs d’un débordement émotionnel, ou d’une pénétration physiquement blessante. Mais ce langage tente aussi de communiquer leur conscience de la reprise, au cours des traitements, du développement normal - sur lequel ces enfants nous ont beaucoup appris - de la construction de leur image du corps et de l'espace sans laquelle les activités spontanées d’explorations et de jeux sont très difficiles, même si l’enfant a le désir d’apprendre. Il y a donc entre notre abord thérapeutique et les propositions éducatives une complémentarité très souhaitable dans un dialogue créatif au sein des institutions (J. Hochmann)[4] et dans les instances de formation (D . Amy)[5], d’information et de réflexion comme les Centres ressource autisme, complémentarité qui devrait être beaucoup plus développée encore.   

 

Signalons également que plusieurs équipes animées par des psychanalystes ont déjà mis en place des conditions utiles au diagnostic précoce, et à la prise en charge pluridisciplinaire intensive des cas à risques autistiques, telles que l'équipe du P. Delion, Dépist’ autisme[6], et la recherche Préaut de M.C. Laznik et G. Crespin[7]avec une large sensibilisation des pédiatres aux signes d’alerte.

 

RENCONTRES AVEC D’AUTRES COURANTS DE RECHERCHES. Nombre de recherches des sciences cognitives et des neurosciences viennent rejoindre les observations faites par les psychanalystes. Ainsi, à propos des difficultés de la rencontre du regard, nous pensons depuis longtemps en suivant les démonstrations des patients que quelque chose est ressenti comme dur, ou explosant, ou éblouissant dans la rencontre du regard d'autrui. Une adulte avec autisme, D. Williams, le décrit très bien : cette rencontre était engloutissante et lui faisait perdre pour un temps « des pans entiers de signification »[8]. On peut donc discuter de ce qui gêne le plus le décryptage des émotions sur le visage : ce n’est peut-être pas un trouble primaire lié à une non activation de la zone cérébrale de reconnaissance des visages comme le soutiennent certains chercheurs ; en effet, cette non activation ne serait-elle pas plutôt  une conséquence de la rareté du contact direct avec le visage de l'autre, rareté précisément due à cette gêne du regard ? En ce sens, nous avons l’information récente, par la remarquable bibliographie faite dans la revue Sésame-Autisme, organe de l’Association des parents du même nom (n° 155, juillet 2005), que la neurophysiologie confirme l’enregistrement d’une réponse fortement émotionnelle associée à la fixation du regard chez les autistes et que d’autres recherches nous apprennent que le contact oculaire déclenche une sensation de menace inconfortable chez les enfants autistes «ce qui fait suggérer que le détournement du regard présente un rôle fonctionnel ». Nous avons fait une discussion analogue pour la non réception de la voix à propos de l’expérience de M. Zilbovicius (2004)[9]. Des psychanalystes ont ainsi fait depuis une vingtaine d’années des jonctions passionnantes avec des chercheurs non psychanalystes, comme J. Nadel sur l’imitation précoce, C. Trevarthen (Edimbourg) sur le dialogue émotionnel dans les échanges sonores très précoces, et A. Bullinger (Genève) sur les sensorialités et les « plate-formes sensori-toniques et tonico-émotionnelles ». Il est donc faux de déclarer que les psychanalystes s’intéressant à l’autisme seraient enfermés dans une «théorie» loin des réalités dites scientifiques : sans abandonner leur propre scientificité, ils sont en pleine interaction avec la communauté scientifique internationale dans plusieurs champs d’investigation. Beaucoup sont très attentifs aux recherches génétiques en cours pouvant approcher des racines de ce qu’ils ressentent depuis longtemps en termes de vulnérabilité ou de prédispositions particulières. Nous souhaitons que ces dialogues tels qu’ils sont déjà instaurés dans plusieurs équipes, notamment autour du diagnostic précoce, se développent pour le plus grand bénéfice des patients de plusieurs pathologies, sans restriction d'ailleurs à la seule problématique de l’autisme. Certaines thérapies cognitivo-comportementales, comme les « thérapies d’échange » (C. Barthélémy, Tours) sont très intéressantes.

 

Les signataires affirment qu’ils ne soutiennent pas l’idée d’une psychogenèse purement environnementale de l’autisme, ni non plus l'attitude qui consisterait à  « attendre la demande », attitude peut-être appropriée pour d’autres pathologies, alors qu’il faut au contraire aller chercher les sujets avec autisme de manière très vivante (A. Alvarez[10] et autres), et la mieux ajustée possible, ce qui nécessite une coopération étroite avec les parents avec un véritable accompagnement de leurs difficultés.

 

QUE LES PROFESSIONNELS DE DIVERSES ORIENTATIONS, ACTUELLEMENT EN RECHERCHES INTENSES, SE RASSEMBLENT DAVANTAGE POUR ENTRECROISER LEURS POINTS DE VUE EN RENONÇANT À DES EXCLUSIVES QUI RETARDENT L’AMÉLIORATION, QUALITATIVE ET QUANTITATIVE, DES SOINS, DE L’ÉDUCATION ET DE L’INSTRUCTION, TROIS DOMAINES DEVANT ÊTRE CONJUGUÉS, COMME NOTRE EXPÉRIENCE ET NOS SUPERVISIONS NOUS LE MONTRENT, POUR DONNER LEUR MEILLEURE CHANCE AUX ENFANTS, ADOLESCENTS ET ADULTES SOUFFRANT D’AUTISME.

 

Pr M. Amar (Nantes), Dr V. Damato (Naples), D. Amy, Dr D. Arnoux, Pr A. Aubert-Godart, P. Barrows (Londres), Pr P. Bizouard (Besançon), Dr E. Castex, M.-Ch. Choppy, Dr G. Crespin, Pr P. Delion (Lille), Dr A. Eiguer, Dr A. Feugère-Engel, Dr V. Flavigny, Dr J. Fortineau, Drs S. et Ch. Frisch (Luxembourg), Pr B. Golse, J.L. et A. Goyena, Dr G. Haag, Pr ém. J. Hochmann (Lyon), Pr D. Houzel (Caen), D. Huon, Dr F. Jardin, Dr M.-Ch. Laznik, Dr B. Lechevalier (Caen), Dr E. Lefort (Corrèze), Dr B. Lehalle, Dr  A.-Y. Lenfant (Lille), Dr S. Lepastier, Dr A. Lévy, Dr S. Maiello (Rome), Pr O. Maratou (Athènes), Dr C. Masson, D. Mellier (Lyon), S. Messeca (Naples), Dr E. Moussaoui (Caen), Dr N. Nakov (Metz), A. Namer, Dr L. Ouss, P. Poyet (Blois), R. Prat, Pr J.-Ph. Raynaud (Toulouse), Dr D. Ribas, Pr M. Rhode (Londres), J. Rochette, Dr D. Rosenfeld (Buenos-Aires), Dr R. Sandri (Bruxelles),  C. Sternis, H. Suarez-Labat, Dr C. Tabet (Lens), Pr S. Tordjman (Rennes),  Dr B. Touati, J. Tricaud, S. Urwand, Dr A.-M. Vaillant (Corrèze) (l’absence d’indication de localité signifie Île de France).

 

 

 

[1] Tustin F. (1981), trad. 1986, Les Etats autistiques chez l’enfant, et 3 autres livres, Paris, Le Seuil

 

[2] Meltzer D. (1975), trad. 1980, Explorations dans le monde de l’autisme, Paris, Payot.

 

[3] Haag G. (2000), Le moi corporel in L’enfant, ses parents, et le psychanalyste, C. Geissmann et D. Houzel eds, Paris, Bayard.

 

(2005), Comment les psychanalystes peuvent aider les enfants avec autisme et leurs familles, in Médecine et EnfanceAutisme : état des lieux et horizons, 31520 Ramonville, Erès (n° de mai) et in

 

[4] Hochmann J., 2004, Au risque de la psychiatrie communautaire : une expérience de suivi au long cours d’enfants, puis d’adolescents autistes, Revue Sesame autisme, n° 152.

 

[5] Amy D. (2004), Comment aider l’enfant autiste ?, Paris, Dunod

 

[6] Delion P. et coll., 1998, Les bébés à risque autistique, Erès.

 

[7] Crespin G., 2004, Aspects cliniques et pratiques de la prévention de l’autisme, Cahiers de Préaut, Paris, L’Harmattan.

 

[8] Williams D. (1992) trad. Si on me touche, je n’existe plus, Paris, R. Laffon

 

[9] Haag G., avec le soutien de 160 collègues et de quelques chercheurs non psychanalystes : Réflexions de  psychothérapeutes de formation psychanalytique s’occupant de sujets avec autisme, Carnet PSY mars 2005, cf. Le Monde, 18/05/05, par C. Vincent.

 

[10] Alvarez A. (1992), trad. 1997, Une présence bien vivante, 56260 Larmor-Plage, Le Hublot.

 

Autisme et psychanalyse

Un article du psychanalyste français Stoïan Stoianoff Nenoff, qui fait un état des lieux assez complet de la situation actuelle en matière d'approche psychanalytique de l'autisme.


L'autisme est une affection de l'enfant dont la prise en charge a donné lieu en France à une législation particulière destinée à donner satisfaction aux familles des autistes.

Voici en quels termes, lors du débat à l'Assemblée Nationale le 22.02.1996, le rapporteur situe le problème, sur la base de ce que l'on compterait en France entre 17400 à 43400 autistes :

" L'autisme a été décrit une première fois en 1947 par Léo Kanner, psychiatre américain.

Depuis, trois théories sur l'origine de l'autisme coexistent, au nom desquelles s'affrontent les tenants d'une prise en charge entièrement thérapeutique ou basée sur le tout pédagogique.

Selon la théorie psychanalytique, l'autisme serait dû à une 'dysharmonie' survenue très tôt dans la relation entre la mère et l'enfant, le syndrome autistique se développant en réponse à ce dysfonctionnement. Il n'existe aucune étude épidémiologique permettant d'étayer cette théorie ".

Les deux autres théories étant :

La théorie cognitive, au sein de laquelle se trouve privilégié le programme TEACCH élaboré aux USA par Schopler,

La théorie organique qui "repose sur l'hypothèse que les facteurs génétiques, neurobiologiques, liés à un dysfonctionnement du cerveau ou à la grossesse, pourraient être à l'origine du syndrome autistique ".

Dans la classification dite du DSM IV, en usage chez les psychiatres, le "trouble autistique " est situé parmi les "troubles envahissants du développement ", à côté du syndrome de Rett et du syndrome d'Asperger, cités ici pour mémoire.

Ce trouble autistique est analysé selon trois paramètres. On décrit ainsi :

1° une altération qualitative des relations sociales ;

2° une altération qualitative de la communication, avec notamment "retard ou absence totale du langage parlé " ;

3° le caractère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements, des intérêts et des activités.

De toute manière le diagnostic est à faire de manière précoce (avant l'âge de trois ans) dès lors que l'on observe chez l'enfant un retard ou un caractère anormal de son fonctionnement.

Il s'agit d'une affection grave qui nécessite la prise en charge totale et définitive du sujet qui en est porteur.

L'autisme est aujourd'hui, dans notre société occidentale, un handicap qui concerne non seulement l'intéressé mais aussi ses proches, en limitant nécessairement le champ de leur activité et en générant chez eux diverses formes de culpabilité, tant consciente qu'inconsciente.

L'incertitude quant à l'origine de ces troubles de la relation à autrui désoriente les parents qui s'accrochent aux solutions de prise en charge à la fois les plus globales et les moins coûteuses. Or, toutes les méthodes mises en œuvre jusqu'à présent, visant à aider l'autiste à sortir de son enfermement et donc à gagner sa confiance, demandent du temps, beaucoup de temps, énormément de temps. D'autant que l'autiste est souvent polyhandicapé et qu'il cumule des déficits sensoriels, notamment dans le domaine de la vision ou de l'audition. Au taux où est la main-d’œuvre à l'époque des 35 heures hebdomadaires, le coût social de l'autisme est hors de prix.

L'approche psychanalytique du problème de l'autisme relève d'un combat, d'un combat d'idées d'abord, combat sur le terrain de la santé mentale ensuite. Tout en admettant la fragilité constitutionnelle du futur autiste, le point de vue psychanalytique récuse l'approche déficitaire du problème posé par l'autiste. Le déficit, c'est dire, par exemple, de l'autiste, qu'il lui manque une case. Une case : ça peut être une compétence. On dira ainsi qu'il lui manque la capacité de planifier l'action. Par conséquent le déficit devra être comblé par une sorte de prothèse, sous la forme d'une stimulation externe (pédagogique, médicamenteuse, voire neurobiologique).

Tout au contraire, certaines écoles psychanalytiques (notamment d'inspiration lacanienne), pensent que ce qui manque à l'autiste c'est le manque lui-même, qui meut l'humain en tant qu'habité par la parole.

Ainsi le manque, comme la parole, est ce qui se transmet, et c'est là qu'on s'interroge sur ce qui a pu bloquer sa transmission.

C'est faire ainsi de l'enfant-autiste en puissance, l'enjeu d'un conflit de discours. Conflit qui se localise d'abord chez au-moins un des parents de l'enfant. Conflit, par exemple, entre l'idée que le manque chez l'humain (du fait qu'il est sujet de la parole) est le ressort de toute créativité, et celle, inverse, que ce manque est un fléau à combattre comme tel. Il suffit d'une incursion dans le domaine de la philosophie ou de la religion pour repérer ceux qui ne voient dans le logos, dans la parole, qu'un facteur d'illusion, d'irrationalité, à éliminer. Il est vrai que la parole produit des effets sur le vivant, non point à titre de superstructure, au titre d'artefact, mais au titre de la matérialité du signifiant. En effet, le corps, en tant que sonorisable, est lieu à la fois de production et d'inscription de signifiants, d'entités sonores, codées différemment pour chaque langue donnée. Une batterie minimale de ces signifiants, disons une chaîne signifiante, s'articule de manière à fonctionner comme une mémoire inconsciente, censée engrammer une série d'événements constituants de l'histoire d'un sujet. Mais le jeu d'une telle chaîne signifiante, structurée comme un langage, suppose la faculté de déplacement et de substitution des signifiants et donc la virtualité d'une case vide, qui "affectera " la chaîne. Qui l'affectera au sens où, à la place d'un individu, monolithique comme tel, viendra un sujet divisé, à la fois parlant et parlé. Cette mutation tient du miracle, et les thérapeutes qui s'y sont risqués font figure de magiciens.

Notons que les études récentes, sur le plan physiologique, s'agissant de la stabilité du regard que l'on porte sur l'objet, montrent que ce dernier n'existe pour l'autiste que lorsqu'il est en mouvement. C'est le cas de la toupie, qui le fascine. Chez le sujet normal la stabilité du regard est assurée par un système de régulation de type "chaotique " et apériodique. Un nœud de langage peut parfaitement constituer un tel système régulateur. Or, d'autres études mettent l'accent sur la précocité de l'entrée du nourrisson dans le langage, et c'est ainsi que, dès le premier mois de son existence, le babil d'un enfant est de nature à trahir son appartenance à tel ou tel groupe linguistique.

Il nous reste à voir, sur le plan psychanalytique, comment les choses pourraient être modifiées, une fois admis que c'est la "haine " de la case vide qui, dans un milieu humain donné, fait exister l'autiste. Dans la perspective la plus large, il conviendrait d'élaborer une stratégie susceptible d'agir sur le système des discours qui régule l'avenir même du vivant.

Ceci est du ressort des relations de la psychanalyse au politique. A une échelle moindre, il y a lieu de prendre en compte la tactique des personnes inspirées par la pensée psychanalytique, lors des expériences menées dans le passé.

Qu'il s'agisse de Mélanie KLEIN, de Bruno BETTELHEIM, de Françoise DOLTO, ou de Maud MANNONI, on a affaire à des entreprises artisanales, à forme associative, bénéficiant d'une implication totale de leurs promoteurs ainsi que de l'aide d'un nombre considérable d'intervenants, pour la plupart à titre bénévole. D'autant plus, que l'évolution positive de l'enfant dépendait de la bonne volonté de leurs parents, pris en charge simultanément par les équipes soignantes. Or un tel consensus, sur la nécessité d'une prise en charge familiale, est rarement réalisé.

Toutes choses incompatibles aujourd'hui avec une demande thérapeutique de masse. D'où l'accent mis sur la prévention dans le champ de la petite enfance. Faute de savoir comment réintégrer en son sein les individus qu'elle a "vocation " à exclure (au nom de l'idéologie de ladite "haine " de la case vide), la communauté fait appel à ceux qui s'imaginent être en mesure de suppléer aux "carences " du milieu, et créer, à la limite, dès la naissance de l'enfant, voire avant, un contexte pédagogique substitutif adéquat. Encore leur faudrait-il écarter les fantômes de l'hérédité pathologique. Mes vieux "maîtres " en neurologie ne disaient-ils pas qu'ils étaient capables de repérer le futur autiste simplement au vu des difficultés qu'un nourrisson rencontre, ne serait-ce que pour téter ?

L'hypothèse de l'origine neurobiologique de l'autisme obère l'appréciation des résultats obtenus par les différentes méthodes (psychanalytiques ou cognitives) mises en jeu. On dira, par exemple, face à un "autiste guéri ", qu'il y a eu forcément erreur de diagnostic. D'où le terme employé alors de "faux autisme ". Dès lors que les choses prennent une telle ampleur il faut une véritable volonté politique afin de réaliser l'étude épidémiologique correcte qui s'impose, puisque à l'évidence le nombre des autistes en France varie du simple au double selon les critères retenus. Il reste que l'hypothèse, généralement admise, d'une origine plurifactorielle de l'autisme n'est qu'un alibi pour ne rien tenter.

En attendant les résultats d'études linguistiques à venir, notamment sur le mode d'adresse très particulier envers l'enfant que pratiquent, très tôt, les proches du futur autiste, il convient de se méfier de leurs manifestations de bonne volonté débordante. Les faits de maltraitance quasi-physique (consciente ou inconsciente) que révèlent les études récentes relatives au syndrome de Münschhausen par procuration sont là pour nous tenir en éveil. Sachant les difficultés spécifiques rencontrées quant à l'établissement du diagnostic dans ce syndrome, on doit pouvoir imaginer ce que serait une maltraitance qui serait essentiellement d'ordre psychique. Reste à savoir quelles sont les méthodes d'évaluation épidémiologique qui conviendraient à l'étude d'une telle causalité, a priori inimaginable.

Bref, il y a des enfermements pires que le Goulag et c'est devant de tels cas que notre compassion défaille. De sorte que, faute de preuves, les politiques préfèrent fermer les yeux sur le fait qu'il y ait des discours qui tuent, ou du moins vous transforment en statue de sel. Le " principe d'imprécaution " couvre pour l'instant leur responsabilité. Pour combien de temps encore ?

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      Stoïan STOIANOFF NENOFF Psychanalyste

mercredi, 06 janvier 2010

S'il te plaît, dessine-moi un avenir !

Amandine NB

Je m'appelle Amandine, j'aurai bientôt six ans. Je suis une petite fille adorable,  très gaie, très heureuse de vivre, mais la nature m'a fait un vilain cadeau : je suis atteinte du syndrôme de Rett, une maladie du spectre autistique.

Depuis des mois, une équipe de spécialistes et de bénévoles prend soin de moi et m'aide à me sortir des filets de cette maladie. je fais d'énormes progrès grâce à eux, sur le plan relationnel, celui du langage, de la cognition...

Pour que ces progrès puissent croître encore de manière significative, l'équipe a besoin actuellement d'au moins deux bénévoles supplémentaires. Plus, ce serait encore mieux !

L'engagement consiste à venir jouer avec moi, dans ma salle de jeux, Régulièrement (c'est très important pour moi!) une ou deux fois par semaine (ou plus Sourire) durant une heure et demie.

Alors, si vous êtes intéressés, contactez le forum qui parle de moi (voir lien sur cette page : amandine go to school) ou envoyez un mail au webmaster de ce blog. Vous serez mis en contact et informé des conditions de ce bénévolat pour lequel vous recevrez une formation appropriée.


Merci de m'aider à dessiner mon avenir !


Amandine

vendredi, 01 janvier 2010

Allez, la Messe est dite !

Du bruit, du monde, des flots de champagne, un rire et une bonne humeur un peu forcés et de bon ton, un zeste de grivoiseries, de la bouffe à gogo, des coiffures, des toilettes, des paillettes et du strass… tous les éléments du culte voué à saint Sylvestre étaient cette nuit sortis des placards, dans cette euphorie nostalgique de Saturnales révolues, un rien ( ???) artificielle et qui semble vouloir exorciser la morosité des 364 autres jours de l’année, ressentie par une société humaine qui n’en peut plus de bêler dans les rangs d’un troupeau dont elle voudrait tant pourtant pouvoir s’évader ne serait-ce qu’un peu …

Bonne année, bonne santé, meilleurs vœux !

Amour, argent, bonheur !

 Trinité toute puissante de notre société décadente, je te rends grâce même si je ne sais comprendre ce que tu es vraiment, même si je ne suis pas capable de comprendre que ces « essentiels » que je recherche vainement et que je souhaite à tout venant et tout propos en cette fin/début d’année, sont déjà enfouis au tréfond de moi et qu’il me suffit de fouiller un peu les recoins de mon âme pour les y découvrir. Mis à part l’argent, sans doute, ce faux amis, ce faux indispensable qui ne tient vraiment pas la route face à une autre de nos aspirations essentielles humaines, si importante qui est la santé ! Peut-être notre plus grand bien…

Alors, « Amour, Santé, Bonheur »… que sont-ils vraiment pour que l’on puisse les considérer comme inhérents à notre nature ?

Je n’en sais trop rien, je n’ai pas vraiment de recette. C’est tout juste si je puis dire ce qu’à mes yeux ils représentent :

L’Amour : loin des feux de la rampes et des paillettes, ce petit « plus » qui fait qu’au grand étonnement souvent des observateurs plus ou moins moralistes, bien-pensants ou simplement jaloux,  deux êtres traversent les décennies dans la compréhension et le soutien mutuel, la confiance et ce sentiment indicible qui fait qu’aucun des deux ne saurait vraiment concevoir la vie sans l’autre. Parce qu’à leur insu l’un et l’autre se sont unis, ont fusionné, brasés par leur passé et leur vécu, forgés qu’ils ont été sur les enclumes de la vie.  Pour le meilleur, et pour le pire, selon la formule, qui oublie de dire que tout pire peut toujours, par l’Amour se muer en meilleur !

La Santé : notre seule et unique véritable richesse, sans laquelle rien ne vaut ni ne saurait valoir ! Santé mentale ,surtout, santé de l’esprit, qui permet à notre corps souffrant parfois au-delà de ses limites individuelles de rester rayonnant de paix , de sérénité et d’espérance !

Le Bonheur : celui de l’instant présent, enfoui, serti dans l’intimité profonde des choses, grandes ou petites de notre existence, qui ne se vit pas au futur de souhaits aléatoires pour 365 journées à venir, mais au fil du moment, de l’instant présent, sans l’ombre d’un souçi d’hier ou de demain. Saisir la vie, l’instant au fil de sa venue, se laisser imprégner de toutes choses positives qu’il contient et les savourer vraiment : Carpe Diem !

C’est cela, vraiment, et profondément que je vous souhaite à tous, amies et amis, en ce premier jour de l’année nouvelle Amour, Santé, Bonheur, dans les mêmes nuances et valeurs que celles évoquées ci-dessus !

Très bonne et savoureuse année 2010, dans la paix et la sérénité de la jouissance de l’instant présent !

Jean-Marie Demarque

Théologien, Psychothérapeute-Analyste

dimanche, 27 décembre 2009

Médicament "à la mode" : attention DANGER !

La fréquence à laquelle on retrouve les mêmes prescriptions de certains médicament apparemment à la mode mais pas sans danger, pose question quant à leur réelle utilité dans le traitement de certaines pathologie comme par exemple celui du trouble bipolaire. Une réponse se trouve peut-être dans les lignes de cet article agrafé sur le site excellent de "psychomedia". A lire en tous cas, et à méditer...particulièrement lorsque ces médicaments sont prescrits à des adolescents ou à de jeunes adultes!

Liens entre psychiatres et cies pharmaceutiques, l'exemple des antipsychotiques
Source : Psychomedia

La question des liens monétaires entre l'industrie pharmaceutique et les psychiatres est devenue l'une des plus grandes controverses de la psychiatrie affirme le New York Times. 

L'utilisation croissante d'antipsychotiques atypiques pour les jeunes en est un exemple argumente le journal qui montre que l'augmentation des prescriptions de ces médicaments a coïncidé, dans les dernières années, avec une augmentation des paiements faits par des compagnies pharmaceutiques aux psychiatres.

Les antipsychotiques atypiques, tels que Risperdal, Seroquel, Zyprexa, Abilify et Geodon, sont maintenant prescrits à plus d'un demi million d'enfants aux États-Unis "malgré des risques sérieux et "presque" sans utilisations approuvées pour les mineurs" peut-on lire. 

Le journal a analysé les registres de l'État du Minnesota, le seul qui exige un rapport public de tous les paiements pour marketing faits à des médecins. 

De 2000 à 2005, les paiements des fabriquants de médicaments à des psychiatres a augmenté de six fois alors que les prescriptions d'antipsychotiques à des enfants dans le cadre du programme Medicaid du Minnesota a augmenté de 9 fois. Ceux qui ont reçu le plus d'argent des fabriquants d'antipsychotiques sont ceux qui ont le plus prescrit ces médicaments. Plus du tiers des psychiatres licenciés du Minnesota ont reçu de l'argent des compagnies pharmaceutiques entre 1997 et 2005. 

"De tels paiements peuvent encourager les psychiatres à utiliser des médicaments de façon qui met la santé physique des patients en danger" affirme le Dr. Steven E. Hyman, principal de l'Université Harvard et ancien directeur du National Institute of Mental Health. "L'utilisation croissante d'antipsychotiques pour les enfants est un des exemples les plus troublants de ceci", ajoute-t-il. 

Selon Dr. Steven S. Sharfstein, précédent président de l'American Psychiatric Association, les psychiatres sont devenus beaucoup trop proches des fabriquants de médicaments. Un exemple de cela, implique l'antidépresseur Lepraxo, qui est maintenant le plus utilisé aux États-unis, même s'il y a des alternatives moins coûteuses incluant des versions génériques du Prozac. "Prozac est aussi bon sinon meilleur et malgré cela, il y a une migration vers les médicaments plus coûteux, dit-il. Je crois que cela est dû au marketing", dit-il. 

L'utilisation croissante des antipsychotiques pour les enfants est étroitement reliée au diagnostic de plus en plus courant et controversé de trouble bipolaire (autrefois appelé maniaco-dépression) pédiatrique (chez les enfants et les adolescents), expose le journal. 

Plusieurs médecins du Minnesota, incluant le président de la Minnesota Psychiatric Society, affirme le Times, disent que les fabriquants de médicaments les paient actuellement presque exclusivement pour parler du trouble bipolaire. 

En 2005, un comité formé d'experts a examiné toutes les recherches sur le traitement du trouble bipolaire chez les enfants et décidé qu'une recherche réalisée par Dr. Melissa DelBello était la seule impliquant des antipsychotiques qui méritait le meilleur score pour la rigueur scientifique. Ces experts ont émis une recommandation selon laquelle les antipsychotiques atypiques devraient être considérés comme traitement de première ligne pour certains enfants (dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry). 

Or la recherche de Dr. DelBello, raconte le Times, comparait deux formes de traitement, un anticonvulsivant (Depakote) pour un groupe et l'anticonvulsivant complété du Seroquel pour un autre groupe. Les résultats étaient comparables pour les deux groupes, sauf dans les derniers jours de l'essai qui a duré six semaines où le groupe prenant le Seroquel obtenait de moins bons résultats dans une mesure de la manie. Près de la moitié du groupe avec Seroquel avait abandonné avant la fin (ils ne faisaient donc pas parti des résultats). Seuls 8 adolescents de ce groupe s'étaient rendus à la fin de l'essai. 

Des résultats pas très concluants, aurait admis la chercheure en interview. Ce qui ne l'a pas empêché de co-signer un article dans lequel elle affirmait que le Seroquel, en combinaison avec l'anticonvulsivant, était "plus efficace pour le traitement de la manie chez les adolescents bipolaires" que l'anticonvulsivant seul. 

Trois des quatre experts du comité avaient des liens monétaires avec les fabriquants pharmaceutiques. Dr. DelBello de son côté, recevaient des revenus de marketing et de consultation de 8 compagnies pharmaceutiques dont 5 fabriquants d'antipsychotiques. 

C'est donc dire que les arguments scientifiques en faveur de l'utilisation des antipsychotiques pour le trouble bipolaire chez les jeunes sont minces. 

Psychomédia avec source:
Gardiner Harris, Benedict Carey and Janet Roberts, "Psychiatrists, Children and Drug Industry’s Role", New York Times, May 10, 2007. 

Les antipsychotiques atypiques sont par ailleurs remis en cause, même pour leur utilisation première pour laquelle ils sont approuvés, le traitement de la schizophrénie. 

Voyez à ce sujet: 

 Schizophrénie: les nouveaux antipsychotiques n'auraient pas plus d'efficacité
 Schizophrénie : La supériorité des nouveaux antipsychotiques remise en cause 
 Schizophrénie: remise en question de la médication hâtive
 Surpoids et diabète associés à l'antipsychotique Zyprexa

Voyez également: 

 Les psychiatres en tête de file pour les cadeaux de l'industrie pharmaceutique
 Liens entre experts définissant les troubles mentaux et cies pharmaceutiques
 Prescriptions d'antidépresseurs et autres psychotropes hors AMM
 DOSSIER médicaments antipsychotiques (ou neuroleptiques)
 DOSSIER Trouble bipolaire et médicaments
 DOSSIER Médicaments et santé mentale
 Enfants et adolescents: Traitements recommandés pour les différents troubles psychologiques (APA)

vendredi, 25 décembre 2009

Et si je m’étais trompé ? Autoanalyse d’un heureux instant…

 

25 décembre 2009. Je me lève, morose, pas bien… Mon dos et ma jambe droite me font souffrir, j’ai des espèces de frissons, comme des décharges électriques… J’ai des nausées à cause des anti douleurs que je ne supporte plus… Joyeux Noël !

Je me demande ce que peuvent encore bien signifier aujourd’hui ces deux simples mots, pourtant chargés positivement de magie et d’esprit d’enfance, si cher à cette grande mystique que fut Thérèse de Lisieux, la « petite Thérèse » comme disent ceux qui y sont parfois si attachés et dont il rayonne si souvent tant de paix intérieure.

Paix intérieure… Tiens, encore un couple de mots que je croyais à jamais bannis de mon vocabulaire…

Je suis bizarre ce matin : je m’escrime à rester dans ma carapace protectrice, je nie le sens même d’une fête qui avait pour moi jadis (je dis bien « jadis », c'est-à-dire il y a plus qu’un an ou deux) un sens certain et une importance non moindre, que je m’escrimais à retrouver –je viens de m’en apercevoir !- au travers d’incursions tellement bénéfiques au berceau d’une foi qui fut celle de mon enfance.  Encore cette allusion à l’enfance, qui jaillit maintenant en moi avec une force et une pression capable de forcer le plus solide des barrages… Un « flashback », un retour en arrière, aux racines mêmes de cette manière d’être et de penser que m’ont transmise mes parents et qui m’ont construit tel que je suis.  « Si vous ne redevenez comme des petits enfants…. »

Mais qu’est-ce qui se passe en moi ? Suis-je en train de devenir fou ? Suis-je en train, comme on dit vulgairement mais très justement, de « pèter un câble » ? Ce ne peut pas être l’alcool : je n’en ai plus bu une goutte depuis plus d’un an et demi ! Ou alors c’est le manque ?  Non- je déconne !

Ma fois, c’est possible que je devienne dingue, mais sincèrement, et très objectivement, je n’y crois pas. L’analyse que je mène sur moi-même, mon « auto-analyse » et mon propre point de vue d’analyste me démontrent le contraire : il se passe effectivement quelque chose, qui n’a rien à voir avec la folie. Quelque chose de l’ordre d’une succession logique de faits et d’événements concrets, portant à réflexion. Mais qui n’en sont pas moins induits par un « détail » étonnant, presque un « miracle de Noël »…

Allez, une fois n’est pas coutume : je vais dire sans fard aucun ce qui se passe et ce que je ressens.

Donc, ce matin, je me suis levé fort morose. Triste non pas d’être à Noël, mais triste de constater que Noël ne semblait plus rien représenter à mes yeux. Et de revoir défiler dans mon cœur tous les bons moments y associés. La joie toute merveilleuse et enfantine, l’attente du petit « signe » de l’Enfant de la crèche, la joie du réveil dans l’esprit et la paix de Noël. Bref, Noël, quoi !

Et au lieu de cela , je suis triste, maussade comme le temps (triste, gris et pluvieux) , je ne suis pas bien, j’ai mal au dos, à la jambe, à la tête et au cœur… Mais tout cela est normal, n’est-ce pas : il y a les impondérables liés à notre santé et au vieillissement de notre « carcasse », et puis, il y a la conséquence logique d’une rupture : une rupture que je n’ai ni voulue ni cherchée, mais qui s’est faite d’autant plus radicale que je pense comme un « entier », sans concessions aucunes : je me suis fait jeter comme une merde (excusez ce terme, mais croyez bien qu’il est très loin d’être assez fort) par une Eglise à laquelle je m’étais voué corps et âme pendant près de vingt ans, abandonnant à l’époque un statut confortable pour « entrer en théologie » et devenir Pasteur, exerçant le mieux que je le pouvais mon ministère pendant quinze ans, à la suite de magouilles honteusement ourdies par deux ou trois membres de Consistoire menés tambour battant par les dérives d’un pervers. Jeté, mis à la poubelle, mis en quelque sorte au « ban » par des gens en qui j’avais confiance, qui ont honteusement trahit cette dernière, et qui en ont profité pour me salir, ma femme, mes enfants et moi. Il n’y a pas jusqu’à mon fils, décédé il y a cinq ans, qui n’ait eu droit à leurs vilénies et leurs sarcasmes. Ces gens, même si ce que je vais dire paraîtra choquant, aujourd’hui, je les maudis, officiellement et je souhaite qu’au moins pour eux et leurs semblables il y ait un lieu d’expiation, un « enfer » qui soit pire que celui qu’eux-mêmes génèrent pour leurs semblables !

Mais je me laisse emporter par une « sainte colère » (merci Lytta Basset !) et je m’éloigne du sujet.

Or donc, ce matin, sur le Facebook de Christine qu’elle feuillette distraitement, je découvre des photos sur le blog d’une personne que je connais bien. C’est un ami de mon fils (qui semble avoir hérité de certaines de ses manières d’être ! ;-)), fils lui-même d’un de mes copains d’humanité qui faisait partie avec moi d’une bande de joyeux chahuteurs. C’est aussi un garçon qui est devenu protestant (je préfère dire chrétien, sans « étiquette ») en fréquentant une unité scoute que j’avais fondée en novembre 1987 à l’Eglise EPUB de Jolimont, la « 1ère Martin Luther », devenue par la suite, pour « faire plus moderne », la « 1ère Martin Luther King ». Et je découvre, incidemment, que non seulement cette troupe existe toujours, mais qu’elle est devenue une vraie troupe scoute, défendant de vraies valeurs universelles comme l’avait entrevu BP, mais qu’il en est devenu l’un des principaux responsables et, cerise sur le gâteau, que les photos présentées ont été prise lors d’un camp d’été…à Orval !

Le choc ! Je me sens « tout drôle » (ce sont mes propres mots !). Et je m’empresse d’envoyer une « demande d’amis »au garçon en question.  Bizarre : c’est comme si une force incontrôlable me prenait par l’épaule en me tournant vers ce volet de mon passé que je croyais perdu et me disant, tendrement mais fermement : « tu vois, tout n’est pas fini, et rien ne le sera jamais : tu as créé quelque chose qui subsiste aujourd’hui, quelque chose qui se rappelle à toi et t’incite à la confiance, à l’abandon à une part de toi que tu as reniée mais qui est inséparable de ton être profond, sans laquelle il ne peut être ni exister. Et tu connais bien la nuance, toi qui te passionne aujourd’hui pour l’étude des méandres de l’esprit humain ! »

Je n’ose vous dire l’effet perçu par ce qui me semble bien plus fort qu’une simple impression. Je suis trop pudique pour cela, même si je n’en n’ai pas toujours l’air…

Mais les choses ne s’arrêtent pas là…

Comme je retourne sur mon ordi pour des besoins de surf, je tombe tout à fait par hasard sur un fichier musical importé, étiqueté sommairement « gregorian christmas song ». Machinalement je double-clique… Et là, je reçois une vraie paire de baffes. Mais une paire de baffes empreinte de tendresse et de douceur, comme pourrait l’être celle d’une mère ou d’un père forcé ainsi de « secouer » son enfant… (Je sais, ce n’est pas très bien vu de parler ainsi aujourd’hui, mais, on ne se refait pas, la preuve, dans ce qui va suivre).  Le fichier sonore s’ouvre sur un carillon de cloches que j’identifie instantanément comme si leur sonorité et leur timbre battait au rythme de ma propre vie : ORVAL ! Carillon qui introduit le majestueux Te Deum des Jours de Fêtes !  Je mets des visages amis sur les voix dont je reconnais le timbre ! Tant pis pour la pudeur et le qu’en dira-t-on : ma gorge serre, j’essaie de contenir mes larmes, mais plus j’essaie, pis c’est : le barrage craque, et je me laisse aller. C’est tellement bon !  Je me sens revivre.

C’est con, non ? pour un psy, qui plus est se voulant rationaliste et lacanien, il y a de quoi rire ! Tu parles d’un acting-out !

Et bien tant pis pour le qu’en dira-t-on et pour tout ceux qui en font leurs délices (et que j’emmerde !), c’est ainsi : oui j’ai craqué, mais je viens tout d’un coup de recevoir en cadeau des tonnes de grâce de Noël dont la bêtise et la méchanceté de prétendus chrétiens m’avaient coupé. Alors, oui, je pleure, comme un gosse qui a eu très mal et très peur, à gros sanglots en se blottissant dans les bras accueillants de sa mère,  qui prend les traits souriants et apaisants à mes yeux de celle que j’identifie sous les traits de Notre Dame d’Orval…

De mieux en mieux : Passe encore pour le psy, mais pour le théologien, protestant de surcroit ! On râle, on peste, on rejette soi-disant sa foi, puis un jour de Noël, on craque bêtement comme le dernier des derniers en se réfugiant dans les jupes de Marie ! Super !

C’est vrai que, ces derniers mois, les épreuves et les coups endurés par ma famille et moi, les déceptions humaines, les désillusions m’ont poussé à réagir et à me blinder dans une carapace d’acier. J’ai eu des mots durs et violents qui ont pu peut-être choquer de braves gens, et je leur en demande pardon : ma rage ne leur était pas destinée pas plus que mes écrits, même les plus cinglants ne s’adressaient à Dieu. Pour plagier un chanteur populaire, « ce n’est pas à Dieu que j’en veux mais à ceux qui l’ont remplacé » ! Et c’est vrai que c’est bien à vous mesdames et messieurs les prétendus chrétiens de la religion prétendue réformée, et particulièrement quelques uns de ceux de ma dernière paroisse que j’en ai, parce que vous n’êtes pas ce que vous prétendez être et que vous êtes aussi éloignés de l’Evangile que ne l’est le point initial du big bang des tréfonds infini de notre Univers en expansion. Vous n’êtes que des parodies de chrétiens, tout en apparences, en courbettes et ronds de jambes (ou baise-main, certains lecteurs comprendront !). Vous avez voulu nous détruire, nous faire du mal, nous éliminer parce que, quelque part vous nous perceviez comme dérangeants, trop ouverts, empêcheurs de danser en rond et de vivre en vos sacro-saints circuits fermés. Vous avez failli réussir. Mais c’était sans compter sur ce quelque chose qui vous manque et gravite autour de la sphère « spirituelle ». Vous êtes des tonneaux vides, des sépulcres blanchis. Des menteurs, des hypocrites, des simulacres de chrétiens ! Je suis heureux d’être enfin libéré de votre joug castrateur , qui m’empêchait, sécurité oblige, d’être qui j’étais ! (tiens, le retour du psy ;-))) Pendant des années j’ai cru obligatoire de rester plus ou moins coupé de mes racines. Aujourd’hui, libéré par votre stupidité méchante, je renoue avec elles, pour ma plus grande joie et notre épanouissement familial.

Vous êtes des crapules, mais dans le fond, cette joie inattendue qui est mienne aujourd’hui, c’est un peu à vous que je la dois. Alors, pour elle, et seulement pour elle, je vous dis « merci » !

Et à tous les autres, toutes les femmes tous les hommes sincères, tous les enfants , et particulièrement à une Petite Fée qui a préparé sans le savoir la grande brèche du barrage de mon coeur, je vous dis, vraiment du fond de moi, qui que vous soyez, chrétiens ou pas, croyants ou non  : Joyeux Noël !

Et je termine sur cette question : « et si on s’était trompé ? » 

Oui, je me suis trompé : je me suis trompé en allant chercher chez certains protestants, fussent-ils officiels , une Vérité qui n’appartient qu’à celui que les Croyants du Livre nomment, dans leur langue et leur cœur,  Dieu, Adonaï ou Allah. Je m’étais trompé en adoptant envers les expressions de la foi une attitude normative qui ne saurait découler de la volonté d’un Etre infini. Je m’étais trompé en chassant de mon cœur les petits plus de la foi naïve et claire qui manifestent à l’univers entier la dimension enfantine et pure d’une foi non dogmatique. Je m’étais trompé en renonçant il y a près de 20 ans, par convention à ce lien de tendresse qui m’unissait en secret au cœur de Notre Dame d’Orval. Et je m’étais trompé en lançant des cailloux à un Dieu innocent oubliant que seuls ceux qui l’avaient remplacé méritaient des rochers !

Je m’étais trompé, mais j’en suis heureux ce jourd’hui, parce que de le constater et de le reconnaître je m’en sens grandi et apaisé ! Je souhaite vraiment que chacun puisse connaître ce bonheur-là !

Jean-Marie Demarque

Théologien,  Psychothérapeute-analyste

 

lundi, 14 décembre 2009

Parlez-moi de : La Maladie Bipolaire

Autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, le trouble bipolaire fait partie des troubles de l’humeur auxquels appartient également la dépression récurrente (ou trouble unipolaire).

  
C’est une maladie qui dans sa forme la plus typique comporte deux phases : la phase maniaque et la phase dépressive. Entre les deux pôles, la personne qui souffre de maladie bipolaire, retrouve un état normal que l’on appelle « euthymie » ou « normothymie ».
  
La phase maniaque se définit comme un épisode d’excitation pathologique : le sujet qui en souffre est hyperactif et euphorique, inhabituellement volubile et fait de multiples projets. Il peut présenter divers troubles comportementaux, perdre toute inhibition ou engager des dépenses inconsidérées.
  
La phase dépressive est en quelque sorte le miroir de la phase maniaque : le sujet présente des signes de grande tristesse, il est ralenti et n’a goût à rien, parfois il veut mourir ; les formes les plus sévères sont qualifiées de «mélancoliques». Le danger principal de cette maladie est le risque de suicide.
  
En France, le trouble bipolaire est sous-diagnostiqué. Il faut en moyenne 10 à 12 ans et quatre à cinq médecins différents avant qu’il ne soit nommé. De même, on estime que 40 % des dépressifs sont en réalité des bipolaires qui s'ignorent.
  
Aujourd'hui, on préfère le terme de trouble bipolaire à celui de psychose maniaco-dépressive. D'une part, parce que les formes cliniques sont en fait très diverses, alors que le terme de psychose maniaco-dépressive laisse penser que seules les formes où alternent des épisodes maniaques et des épisodes dépressifs sont prises en compte. D'autre part, parce que le terme de psychose renvoie à certaines théories explicatives mais correspond mal à l’observation purement descriptive de la maladie : entre les accès, le patient dans la plupart des cas a une vie psychique et sociale tout à fait normale, ce qui est inhabituel dans les cas de maladies psychotiques chroniques.
A ne pas confondre avec la dépression :

Certains états de souffrance psychique peuvent évoquer la dépression sans pour autant constituer un état dépressif au sens médical du terme.
Ainsi peuvent évoquer un syndrome dépressif :

 Un état de tristesse normale, isolé, non durable, adapté en réaction à un contexte douloureux, déplaisant, menaçant ou de frustration, par exemple à la suite d’un deuil.

 Certaines affections médicales qui peuvent être à l’origine de symptômes d’allure dépressive :
- certaines maladies neurologiques comme la démence, la maladie de Parkinson, l’épilepsie, les accidents vasculaires cérébraux
- certaines maladies hormonales au premier rang desquelles l’hypothyroïdie mais aussi certaines maladies des glandes surrénales
- certains cancers
- certaines maladies infectieuses comme la grippe, l’hépatite, la mononucléose infectieuse…

 L’alcoolo-dépendance, la toxicomanie et la prise abusive de certains médicaments. Elles peuvent provoquer un syndrome d’allure dépressive qui régresse lors du sevrage. Mais il faut garder à l’esprit que ces formes de dépendance toxicomaniaques ou médicamenteuses sont aussi très souvent concomitantes de la dépression et du trouble bipolaire (voir « comorbidités »).

 Certaines autres maladies psychiatriques :
- les troubles anxieux sévères, qui peuvent comporter un repli sur soi, une insomnie (plutôt d’endormissement) et une démoralisation liée au handicap et à la chronicité du trouble,
- les troubles psychotiques, notamment schizophréniques.

Epidémiologie : quelques données chiffrées

Le trouble bipolaire se révèle le plus souvent au début de l’âge adulte, en moyenne entre 18 et 24 ans, mais il peut parfois survenir dès l’enfance ou, à l’inverse, nettement plus tard dans la vie.

  
Le trouble bipolaire classique touche environ 1,2 % (0,4% à 1,6%) de la population adulte soit plus de 1 000 000 cas en France. En incluant les types II ou III on obtient des chiffres nettement plus élevés, pouvant aller jusqu’à 5 voire 7% de la population en incluant tout le « spectre » bipolaire, c’est-à-dire tous les troubles apparentés.
  
Les hommes et les femmes sont touchés dans des proportions équivalentes.
  
Le trouble serait plus fréquent en zone urbaine sans que le niveau socioéconomique n’explique cette différence.
  
Il n’existe pas de différences ethniques de répartition, cependant il est admis que les aspects transculturels peuvent teinter les épisodes de différentes manières. Ces aspects sont à prendre en compte dans l’approche diagnostique et psychothérapique.
  
60% des bipolaires sont concernés par un abus de substance notamment l’alcool.
  
À l'instar de nombreuses maladies psychiatriques, le trouble bipolaire se présente sous différentes formes et à divers degrés. En l’absence de traitement, la fréquence et la durée spontanées des accès maniaques ou dépressifs sont très variables. Les périodes « normothymiques » peuvent durer plusieurs années, parfois la maladie bipolaire peut se résumer à un épisode unique au cours de la vie, sans récidive.
  
Le risque de décès par suicide est de 10 à 15% pour les bipolaires de type I et de 15 à 20% toutes formes confondues, ce risque étant fortement diminué par une prise en charge adaptée.
  
Le trouble bipolaire occupe le 6ème rang parmi les maladies génératrices de handicap en termes de coût social et économique.
Bipolarité et création

« Il n’est pas indispensable d’être atteint de troubles de l’humeur pour accomplir une œuvre de génie, et la plupart des maniaco-dépressifs ne sont pas particulièrement au-dessus du lot. Mais le fait est que les individus doués de créativité sont plus souvent atteints par ce type d’affection que la moyenne ».

  
Cette affirmation du psychiatre Kay R. Jamison ne doit pas cacher une vérité médicale : le trouble bipolaire est une maladie sévère, aux conséquences personnelles, familiales et sociales douloureuses et parfois dramatiques. Elle est source de souffrance, et non de création, pour le patient et pour son entourage. Si certains artistes sont ou ont été atteints de maladie bipolaire, c’est malgré celle-ci et non grâce à celle-ci qu’ils ont pu nous transmettre leur œuvre. Parmi eux on cite parfois :
 des musiciens comme Robert Schumann (1810 - 1856), Hector Berlioz (1803 - 1869), Hugo Wolf (1860 - 1903), Anton Bruckner (1824 - 1896) ou Georg Friedrich Haendel (1685 - 1759);
 des peintres tels Vincent Van Gogh (1853 - 1890) ou Amedeo Clemente Modigliani (1884 - 1920);
 de nombreux écrivains comme Gérard de Nerval (1808 - 1855), Honoré de Balzac (1799 - 1850), Virginia Woolf (1882 - 1941), Ernest Hemingway (1899 - 1961), Friedrich Nietzsche (1844 - 1900) ou Charles Baudelaire (1821 - 1867);
 des hommes d’état comme Abraham Lincoln (1809–1865), Theodore Roosevelt (1858 1919) ou Sir Winston Churchill (1874 - 1965).
  
Bien sûr on ne peut affirmer avec certitude la bipolarité pour aucun des grands hommes cités ici, mais leur histoire est à certains égards très évocatrice de ce diagnostic !

 

SOURCE : http://www.troubles-bipolaires.com

  

dimanche, 13 décembre 2009

Autisme : définition(s) et généralités.

I) Qu’est ce que l’autisme.

1) Rappel historique (Kanner).

L’autisme n’est probablement pas une pathologie nouvelle et certains traits d’enfants « possédés ou sauvages » dans les écrits des siècles précédents correspondent assez bien à ce que l’on nomme aujourd’hui syndrome autistique. En Europe jusqu’au début du 20ème siècle, les enfants autistes étaient probablement confondu avec d’autres types d’arriérations. C’est Léo Kanner, un des fondateurs de la pédopsychiatrie aux EU, qui a mis en avant en 1943 l’existence d’un syndrome autistique par l’observation de 11 jeunes patients. Ces enfants manifestaient  des symptômes suffisamment typiques selon lui pour les différencier d’autres enfants psychotiques ou retardés mentalement : inaptitude à établir des relations affectives normales avec autrui, retard dans l’acquisition du langage avec incapacité à lui donner une valeur de communication, fréquentes stéréotypies gestuelles, et un besoin impérieux de maintenir identique leur envir matériel. Aspect ext normal. Kanner a emprunté le qualificatif d’autisme à Bleuler (1911, utilisé pour l’un des symptômes de la schizophrénie, le repli sur soi) mais le distingue clairement en parlant « d’autisme infantile précoce ». Pour lui troubles du contact affectif et isolement ont un caract inné.  

Dans un même temps, Asperger décrivait en 1944 en Autriche des cas d’ado présentant des symptômes du même type mais ayant en revanche un bon langage, efficience intel normale voire sup dans certains domaines, ainsi qu’une certaine maladresse motrice. Syndrome dAsperger. Certaines classifications actuelles ont tendance à considérer autisme et syndrome d’Asperger comme des entités à placer le long d’un continuum, parmi les troubles autistiques.

 

2) Critères diagnostiques et classifications actuelles.

Depuis, de nombreux auteurs ont essayé de préciser le concept d’autisme dans sa spécificité et la hiérarchie de ses symptômes (Leboyer, 1985 ; Bursztejn, 1995). Accord pas parfait, plusieurs échelles ou descriptions de critères diagnostiques (CIM-10 de la World Health Organization, 1990 ; DSM-III, 1980, DSM-III-R 1987, DSM-IV 1994 de l’American Psychiatric Association ; CFTMEA, 1988). Chacune des classifications privilégie tel ou tel groupe de symptômes car hyp différentes concernant les mécanismes étiologiques sous jacents. Toute définition de l’autisme dépend d’une certaine représentation du développement humain, et n’est pas réductible à un marqueur qui permettrait de décider si un indiv en est atteint ou pas. Le concept d’autisme est un syndrome composite ayant une forte hétérogénéité clinique, et son diagnostic repose sur le jugement du praticien. Afin que chaque praticien puisse échanger avec les autres et faire avancer la compréhension scientifique de ces pathologies, il est essentiel d’expliciter au maxi les critères utilisés pour le diagnostic, et de ne pas les considérer comme des systèmes clos et définitifs, mais susceptibles d’évoluer au fur et à mesure des confrontations avec les recherches cliniques, épidémiologiques et psychologiques conduites auprès de ces populations.

Les principales différences entre ces classifications (cf. cours) sont les suivantes :

ü  Classifications anglo-saxonnes ne considèrent pas l’autisme comme appartenant aux psychoses car l’autisme évolue très rarement vers les formes de psychose « adulte ». Auparavant appelées « psychoses infantiles », ces pathologies précoces sont regroupées sous le label « Troubles envahissants du développement ». Mise en avant de l’idée que ces pathos perturbent de nombreuses fonctions psychologiques dans les bases même de leur construction et entrainent donc un développement déviant du sujet. Seule la classification française a maintenu l’autisme  au sein des psychoses, considérant que le mode d’organisation psychopatho des enfants autistes présente des analogies fonctionnelles avec celui des psychotiques adultes.

ü  Critères de classifications anglo-saxonnes essentiellement comportementaux alors que classification française opère des regroupements basés sur des modèles théoriques concernant la dynamique de construction et de fonctionnement de différentes pathos (forte influence des modèles psychanalytiques).

ü  Concept d’autisme a une extension plus ou moins large selon les systèmes de classification : CIM-10 et CFTMEA différencient plusieurs sous-catégories spécifiques. DSM-III et DSM-III-R tendance à inclure comme « autistes » une catégorie plus large d’enfants mais le DSM-IV revient à des subdivisions plus subtiles.

ü  Symptômes varient également selon l’âge de début des troubles, considéré ou non comme critère sélectif d’inclusion dans telle ou telle catégorie. La plupart des classifications ne retiennent toutefois le diagnostic « d’autisme » que si les troubles apparaissent avant l’âge de 30 mois. Dans le développement normal, cet âge correspond à l’étape cruciale d’accès à la pensée symbolique, au langage et à l’activité imaginaire.

ü  Catégories anglo-saxonnes sont définies comme relativement étanches* alors que le système français admet une transformation éventuelle du mode d’organisation psychique de l’individu qui rend possible le changement de son étiquetage nosographique* au cours de son développement.

Ces divergences expliquent pourquoi les données épidémiologiques varient selon les pays et aussi les difficultés de comparabilité de certaines recherches au plan international. C’est pourquoi il est essentiel que puissent être rendus publics, et validés sur une large population, les outils diagnostiques utilisés. Cf. entretien diagnostique basé sur la CIM-10 mis au point par l’équipe du Pr M. Rutter à Londres, l’ADI-R.

Actuellement encore, le concept nosographique d’autisme est en pleine évolution. La tendance à la classification des patients fait partie d’une tradition médicale et d’une demande des familles mais de plus en plus, on semble se diriger vers un approche dimensionnelle plutôt que strictement catégorielle. Chaque indiv est une combinaison unique d’un certain nombre de caract de fonctionnement et de dysfonctionnement, elle-même en évolution et en interaction avec des conditions envir qui lui sont propre.

Il existe cependant 4 grands critères diagnostiques du syndrome d’autisme :

A.    Un trouble qualitatif marqué dans les interactions sociales : isolement, manque de réactivité, de réciprocité sociale, rareté des recherches ou offres de réconfort, déficit dans l’imitation et le jeu social, pauvreté des relations amicales.

B.     Des perturbations des communications verbales ou non-verbales : retard dans l’acquisition du langage, anomalies pragmatiques* marquées en compréhension et en production, communication non-verbale affectée : difficulté à communiquer par le regard, les gestes, les mimiques.

C.     Une forte résistance aux changements et un répertoire restreint et répétitif d’activités : détresse face à des changements mineurs de l’envir, rituels, stéréotypies, préoccupations ou attachements inhabituels et persistants pour des objets, des perceptions sensorielles, des idées, pauvreté des jeux ou des activités imaginatives.

D.    Une apparition des troubles avant 30 mois.

 Chacun des signes est relativement caract de l’autisme mais aucun d’entre eux pris isolément n’est spécifique de l’autisme : combinaison des 4 = autisme.

L’une des principales difficultés réside dans le diagnostic précoce et différentiel. Plus les troubles apparaissent tôt moins ils sont faciles à reconnaître comme spécifique à tel ou tel syndrome. Incapacité des BB à exprimer un dysfonctionnement et les anomalies les plus diverses (de la plus bénigne à la plus grave) vont s’exprimer par l’intermédiaire de perturbations dans les grands domaines fonctionnels : alimentation, sommeil, régulation émotionnelle. Peu de parents vont s’inquiéter dans les 1ers mois de particularités de la communication avec leur BB (soit pas d’attente dans ce domaine avant un certain âge, soit attribution du style de réactivité du BB à son caractère). Même si comportement ou développement du BB inquiète réellement les parents, il est très difficile pour le médecin de poser un diagnostic fiable avant 2ans/ 2ans et demi car des signes similaires peuvent témoigner d’autres pathos (retard mental général, anomalie neurologique, trouble de développement du langage). Des recherches sont en cours sur l’étude par des juges des comportements des BB filmés par les parents. Cependant la qualité de ces films amateurs est hétérogène  tout comme la périodicité de leurs réalisations au cours des premiers mois.

Signalons en outre que certains parents d’enfants diagnostiqués à 3-4 ans comme « autistes » rapportent que l’enfant a eu un période de développement normal puis se présente une brusque stagnation ou même une régression (perte de langage, du contact par le regard, le sourire...). Face à ces débuts « tardifs » de l’autisme, il est possible d’envisager que les signes pathos aient existés mais aient été trop tenus pour être détectés ou que l’expression de cette patho soit variable depuis la naissance jusqu'à 2 ans (voir même plus tardivement dans le syndrome d’Asperger). Cependant, il ne faut as conclure que le critère de l’âge différencie d’emblée les cas « innés » des cas « secondaires » d’autisme.

3) Caractéristiques épidémiologiques.

Le syndrome touche env 5 enfants sr 10000 et est plus fréquent chez les garçons que chez les filles (4G/1F). Stats comparables quelle que soit la région du globe. Dans 80% des cas, l’autisme s’accompagne de retards importants dans les acquisitions. Cependant il existe une forte hétérogénéité entre les indiv qualifiés d’autistes :

ü  Troubles +/- étendus et intenses à l’intérieur de chacun des grands domaines comportementaux définissant le diagnostic.

ü  Troubles pouvant ou non être associés avec d’autres caract psychologiques (îlots de capacité intel exceptionnelles dans un domaine part, troubles de l’humeur) ou des part au plan psychologique (réponses perturbées aux stimuli sensoriels, insensibilité à la douleur, anomalies motrices, hyperactivité, troubles alimentaires, du sommeil, épilepsie...).

ü  Configuration de troubles non statique pour un indiv donné.

 

II) Principales hypothèses étiologiques.

Les causes de l’apparition du syndrome autistiques restent pour l’instant inconnues. Cependant il existe deux facteurs principaux : les facteurs exogènes* et endogènes*.

1) Hypothèses privilégiant les facteurs exogènes.

Dans ces modèles, l’accent est mis sur de possibles anomalies de l’envir relationnel comme cause initiale de l’autisme : conception psychanalytique. Selon cette approche, les enfants autistes auraient été perturbés de manière précoce par une défaillance dans leurs relations affectives,  défaillance décrite comme un défaut d’investissement et une froideur relationnelle liés à la vie fantasmatique particulière de la mère (condition de stress, dépression, patho psychiatrique chronique...). Ces troubles auraient une influence déterminante sur les modalités relationnelles mère-enfant et auraient chez le BB des conséquences graves pour son développement (faille dans les 1ers processus d’individualisation, stagnation à un fonctionnement archaïque et évolution disharmonieuses du fonctionnement psychique, angoisse de « démantèlement », mauvaise construction des limites soi/non-soi...). De la, enfermement de l’enfant dans une « carapace autistique » (Tustin, 1977) ou une « forteresse vide » (Bettellheim, 1969) pour se protéger des stimulations ou sollicitations du monde extérieur, vécues comme angoissantes : mécanisme de défense face à des relations pathogènes.

Cependant, il existe de nombreux arguments non compatibles avec ces hypothèses ou invitant pour le moins à ouvrir les interprétations vers des hypothèses alternatives :

ü  On n’observe pas plus de stress parental, de dépression maternelle ou de foyers désorganisés dans les familles d’enfants autistes que dans les familles avec un enfant ayant d’autres types de troubles psychiatriques ou de handicaps mentaux. De plus, si les troubles comportementaux des enfants ayant soufferts de carences avérées dans les soins maternels peuvent avoir une analogie de surface avec le comportement autistique, ils ont un pronostic d’amélioration beaucoup plus rapide dès que l’enfant retrouve des soins réconfortants, ce qui n’est pas le cas d’enfants autistes qui avaient été retiré de la garde maternelle et confiés à d’autres parents ou éducateurs.

ü  Des études épidémiologiques d’envergure n’ont pas trouvé de fréquence plus élevée de pathos psychiatriques caractérisées chez les parents d’enfants autistes, comparativement à des familles contrôles (Cox et al., 1975). De plus ces états dépressifs peuvent tout aussi bien être liés à la confrontation de la mère à un BB peu communicatif que comme la cause des difficultés de l’enfant. Certaines études récentes ont par contre montré un taux un peu plus élevé chez les parents d’enfants autistes de certains traits (subtils, non patho) de personnalité impliquant la réserve sociale ou le manque d’aisance communicative (Wolff et Al. 1988).

ü  Un mécanisme patho dans la relation mère-enfant devrait avoir des répercussions au moins diffuses sur les autres enfants de la fratrie. Or, la majorité des frères et sœurs d’enfants autistes sont normaux.

ü  Les choix thérapeutiques qui découlent de ces hyp étiologiques n’ont pas jusqu'à présent fait l’objet d’évaluations qui permettraient de montrer de façon convaincante qu’ils aient contribué à améliorer sensiblement le devenir des enfants autistes. De plus la mise à l’écart de la mère et sa culpabilisation nous paraissent des conditions peu susceptibles d’aider l’enfant comme sa famille.

Eléments importants à retenir à la lumière des approches psychanalytiques :

ü  Possibilité qu’un facteur de type « carence maternelle » entre dans l’une des combinaisons de causes aboutissant à l’autisme. Facteur contribuant mais non nécessaire et suffisant.

ü  Mise en avant des effets potentiellement négatifs du processus autistique sur la pensée, la vie psychique de l’entourage et pas seulement sur l’enfant lui-même.

ü  Idée de la mise en place d’une « pathologisation » de l’interaction mère-BB avec des effets dynamiques réciproques. En ce sens, l’entourage familial à réellement besoin d’aide psychologique, d’un véritable soutien.

ü  Accent mis sur l’angoisse du vécu psychique du jeune enfant autiste.

2) Hypothèses privilégiant les facteurs endogènes.

Dans ce type d’approche, l’hyp générale est que l’autisme est dû principalement à des anomalies biologiques endogènes intervenant dans le développement du système nerveux central, avec pour effet d’affecter gravement chez l’enfant ses capacités d’intégration des infirmations provenant de l’envir et de le conduire à développer des modes déviants de relations avec le monde qui l’entoure. Dans ce cadre, le caract patho des relations aux personnes serait la conséquence et non la cause de l’autisme.

Les facteurs endogènes ne se réduisent pas à un « gêne de l’autisme ». La chaine de causalité postulée est loin d’être directe : ces facteurs constitutionnels peuvent comprendre toute une série de gênes intervenant dans la construction et le développement de certains systèmes normalement intégrés au sein d’une même fonction psychologique. Ces facteurs endogènes n’entrainent pas forcément une patho exprimée dès la naissance et il existe plusieurs types de facteurs génétiques : facteurs génétiques héréditaires et facteurs génétiques liés à une mutation.

Eléments sur lesquels s’appuient les modèles supposant l’intervention de facteurs génétiques dans l’autisme :

ü  Répartition asymétrique du syndrome chez les garçons et chez les filles.

ü  Comparaison du risque d’autisme dans la population générale (4-5/10000) avec celui observé dans les fratries d’un enfant autiste (2%). Risque de développer le même syndrome pour un frère ou une sœur d’autiste est 50 fois plus élevé que dans la population globale.

ü  Etudes sur les jumeaux dont l’un est autiste montrent qu’en cas de jumeaux dizygotes le risque que le co-jumeau soit également atteint est comparable au risque d’un frère ou d’une sœur non gémellaire alors que le risque s’accroit nettement (30 à 60% de doubles atteints) pour les jumeaux monozygotes. Certes on n’atteint pas les 100%, ce qui laisse une place aux facteurs exogènes mais l’augmentation est notable.

ü  Une série d’études familiales ont mis en évidence une élévation de caract cognitives ou sociales atypiques chez les apparentés d’enfants autistes comparativement à des familles contrôles. Ces configurations ne relèvent pas pour la plupart à la patho, elles pourraient simplement refléter le fait que les membres de ces familles sont davantage susceptibles de présenter certains profils de fonctionnement qui, dans leurs formes extrêmes pourraient déboucher sur des fonctionnements pathos, que la population générale.

Les analyses de caryotypes d’enfants autistes n’ont pas permis d’identifier jusqu’ici d’anomalie chromosomique qui leur serait commune et spécifique. Mais plusieurs recherches récentes d’envergure, menées notamment chez des familles où deux enfants sont atteints d’autisme (Philippe et Al. 1999) convergent vers la mise en évidence de sites sensibles sur le génome, qui pourraient présenter une fréquence plus élevée que la normale certaines anomalies. Ces zones spécifiques contribuent à des domaines de fonctionnement qui paraissent affectés dans l’autisme : activation de neurotransmetteurs participant aux fonctions cognitives telle que mémoire et apprentissage, troubles du langage expressif, troubles de la filtration sensorielle...

 

3) Modèles plurifactoriels à combinaison multiples.

Dans les approches de ce type de + en + nombreuses, le syndrome d’autisme est conçu comme résultant d’une interaction entre des facteurs des 2 types. Il y aurai  une interpénétration de variables biologiques, tant constitutionnelles qu’environnementales, en relation dynamique avec d’éventuelles variables psychologiques. De plus, cette perspective envisage qu’il existe plusieurs combinaisons possibles de facteurs aboutissant à une « voie finale commune », perturbant particulièrement un système fonctionnel normalement intégré, avec des répercussions (psychologiques, comportementales et biologiques) en cascades sur tous les secteurs de fonctionnement et de développement du sujet. En effet, une perturbation très précoce des exp vécues par le BB influence la mise en place des fonctions cérébrales, à une période où la plasticité des réseaux neuronaux est encore très grande.

 

4) Liste des amalgames récurrents.

ü  Facteurs environnementaux ne se réduisent pas aux facteurs « affectifs » ou « relationnels » mais aussi facteurs biologiques (hormonaux, infectieux, cf. liste éléments tératogène, cours sur développement de l’enfant).

ü  Facteurs affectifs primaires n’implique pas nécessairement qu’il s’agisse de facteurs affectifs « exogène », il peut s’agir d’une anomalie affective du BB.

ü  Implication de facteurs organiques, biologiques, ne veut pas forcément dire facteurs « endogènes ».

ü  Facteurs endogènes et exogènes ne sont pas mutuellement exclusifs.

ü  L’hypothèse de facteurs endogènes ne signifie pas que les perspectives d’évolution de l’indiv soient nettement plus pessimistes que dans la conception centrée sur des facteurs exogènes, elle ne signifie pas abandon dans le projet de prise en charge visant au développement du sujet.

ü  L’identification éventuelle de particularité dans le fonctionnement affectif ou communicatif des parents d’enfants autistes n’est pas une preuve du caract causal d’un envir patho sur l’enfant. 2 autres interprétations possibles : troubles des parents peuvent être la conséquence des anomalies présentés par l’enfant ou parents peuvent présenter une fragilité génétique à des troubles de ce type, qui s’exprimerait plus gravement chez leur enfant.

 

5) Au delà de l’étiologie : comprendre les mécanismes d’un fonctionnement et d’un développement déviants.

Les études de psychopathologie développementale s’intéressent aux processus de mise en place du développement psychologique dans des conditions déviantes. Une fois le diagnostic établit, l’enjeu consiste à comprendre le mieux possible le fonctionnement de ces enfants et de leur offrir le plus tôt possible des moyens pour compenser leurs handicaps et à l’envir des moyens de s’adapter aux caract particulières de ces enfants.

 

III) Un développement psychologique différent : description des caractéristiques sociocognitives des enfants autistes.

1) Troubles des interactions sociales et de la communication.

Les anomalies des conduites sociales, bien que constituant les critères essentiels du diagnostic d’autisme, n’ont pas toujours été caractérisées de façon assez fine ni spécifique, et ce pour plusieurs raisons, d’ordre théorique et méthodologique.

a) Problèmes de définition des conduites sociales.

Le champ des conduites sociales* est très vaste, allant du simple échange de regard à un phénomène complexe de groupes et de sociétés.

La notion de communication renvoie quant à elle à la transmission d’une information d’un individu à l’autre. Sur le plan du développement du jeune enfant, les interactions sociales précoces (échanges affectifs, jeux de vocalises, jeux à tour de rôle...) sont un contexte qui permet l’instauration progressive d’une communication intentionnelle d’informations conçues par l’enfant-émetteur comme interprétables par le récepteur. Selon cette perspective, toutes les interactions sociales ne sont pas des communications, ces dernières ayant les caractéristiques spécifiques du langage humain (intentionnalité, référence, code commun...) même si elles peuvent être réalisées en partie par des codes non-verbaux.

Pour certains auteurs, cette définition restrictive de la communication s’applique mal aux échanges précoces du BB avec son entourage. L’asymétrie qui existe entre la mère et l’enfant dans la maîtrise des codes communicatifs, en conjonction avec des moyens d’accordage comportemental et affectifs fonctionnels dès les premières semaines favoriseraient les conditions d’établissement pour l’enfant d’une intersubjectivité précoce (Stern, 1981 ; Bruner, 1983 ; Trevarthen, 1989).  La mère pose d’emblée l’enfant comme un interlocuteur doué d’intentions et capable d’interpréter des messages, et il n’est pas possible de délimiter nettement les interactions de véritables communications sur le critère d’intentionnalité du BB. Ils admettent donc une définition plus extensive dans laquelle toute interaction sociale humaine est déjà une forme de communication. Cette position nous incite à moins séparer les aspects affectifs des aspects linguistiques des échanges, ou encore leurs dimensions verbale/non verbale, car ils participent tous à la fonction communicative des conduites sociales.

b) Etudes systématiques des interactions sociales et de la communication.

Nous retiendrons ici les études dites « systématiques* » : c'est-à-dire qui ont cherché à évaluer le fonctionnement social des enfants autistes avec une démarche rigoureuse et contrôlée. Il peut s’agir aussi bien d’observations indirectes avec des outils standardisés, que d’observations directes (ex : vidéo), ou encore d’expérimentations. S’il nous arrive parfois de mentionner d’autres types de travaux, c’est seulement à titre d’illustration, et leur poids dans l’argumentation ne peut être mis sur le même plan.

Ø  Les anomalies de la motivation sociales (évitement ? indifférences ?).

L’idée d’évitement des contacts sociaux est au cœur des critères diagnostiques de l’autisme, ainsi que de certaines interprétations théoriques. Pourtant, dès que l’on observe de nombreux enfants autistes, à différents âges, les choses ne sont pas aussi simples, et il parait difficile d’inférer comme on pourrait le croire au premier abord que les enfants autistes refusent délibérément et systématiquement le contact.

L’étude Wing & Gould (1979) dresse un tableau beaucoup plus modulé et établit une typologie des anomalies sociales des enfants autistes en 3 modes :

ü  L’isolement social ou retrait actif = repli sur soi par lequel l’enfant se met à l’écart, se retranche du monde environnant, évite les contacts. Cette 1ère forme de comportements sociaux atypiques se retrouve surtout chez les plus jeunes, jusqu’à 5 ans env.

ü  Interaction passive = l’enfant a une certaine forme de relation sociale, il accepte et parfois apprécie au moins un moment les contacts ou la présence d’autrui, mais il en prend rarement l’initiative, et ces échanges sont d’une faible réciprocité. Trouble social que l’on trouve le + souvent chez les enfants autistes de + de 5 ans.

ü  Interaction active mais bizarre = recherche active des interactions avec autrui mais sous une forme peu adaptée, malhabile, voire bizarre : entrée en contact peu conventionnelles (une question répétée, geste inhabituel sans regard...), difficultés d’ajustement, d’anticipation, de compréhension des règles sociales, mauvaise coordination des aspects verbaux et non-verbaux... Cette forme lorsqu’elle apparaît, s’observe plutôt à l’ado ou à l’âge adulte. Elle ne signifie pas une « guérison » puisque les perturbations dans la qualité des échanges demeurent sévères.

Une autre série de recherches basée sur des micro-analyses d’interactions filmées entre enfants autistes et leur mère, ou avec un adulte psychologue, montre que la fréquence moyenne des signaux émis par l’enfant autiste envers autrui ne diffère pas significativement de populations de contrôle (Dawson et Al. 1990, Wetherby et Prutting, 1984). Ce qui diffère nettement dans les échanges autistes-adultes, ce sont les coordinations entre signaux au plan interindiv comme intraindiv : les regards/sourire de l’enfant apparaissent moins souvent en réponse à ceux de l’adulte que dans les dyades contrôles et l’enfant combine mal entre eux ces signaux dans une même émission dirigée vers autrui. En plus de ces signaux mal combinés par l’enfant autiste, il est possible que certaines de leurs initiatives de communication nous échappent parce qu’elles prennent des formes inhabituelles. Ainsi, stéréotypies, écholalies sont conçues par certains (Wetherby, 1986, Prizant & Wetherby, 1987) comme pouvant varier de fonction, de la simple réponse automatique jusqu’à une fonction intentionnelle du contact (initiation, maintien, rupture). Des réponses motrices anachroniques peuvent encore faire partie du répertoire utilisé par « l’autiste » dans ses relations interindiv et ne pas être comprises par l’entourage (Vandromme, 1987). On voit ici l’importance de considérer l’interaction dans sa dynamique, car si l’on se centre uniquement sur l’un des partenaires, on appauvrit significativement la signification des données.

Etude Sorbonne : utilisation d’une grille très variée de conduites codées chez les 2 partenaires et application d’un programme informatisé (THEME) permettant de détecter auto toutes les combinaisons non aléatoires entre conduites de l’enfant autiste et de l’adulte en situation de jeu (Tardif et Al. 1995). Résultats : 75% des structures détectées sont interactive et à l’initiative de l’adulte mais un nombre non négligeable d’entres elles comportent des éléments atypiques. Beaucoup de ces structures ne sont pas repérables à l’œil nu, et confirment à la fois que la réactivité sociale des enfants autiste est loin d’être nulle, mais aussi qu’elle prend une forme tellement peu conforme aux codes implicites d’échange de l’adulte, qu’elle engendre des sensations de ruptures, de désintérêt, propices à un découragement mutuel des partenaires.

Etudes sur le phénomène d’évitement social : analyse des temps de fixation relatifs de stimuli plus ou moins sociaux (visage humain > visage animaux > objets). L’étude de Hutt et Ounsted, 1966, montre bien d’un moindre intérêt pour les stimuli sociaux. Temps de fixation relatif plus important pour les stimuli les moins sociaux. De même, ces auteurs rapportent que lors d’interactions avec un autre enfant autiste, les regards mutuels se font de façon alternée et très rapide sans jamais se rencontrer comme s’il s’agissait d’un ajustement fin de l’évitement du contact œil à œil.

On voit donc que vis-à-vis des personnes, ce qui caract l’enfant autiste n’est pas tant une indifférence aux conduites d’autrui, ni un évitement systématique de l’échange mais plutôt une ambivalence d’approche et de retrait, et des capacités réduites d’initiatives spontanées, de maintien autonome de l’interaction sous une forme coordonnées des outils d’échange socialement pertinents. La perturbation de la motivation sociale est à envisager non seulement du point de vue de l’enfant autiste mais dans sa relation dynamique avec la motivation de son partenaire social. Ces données nous incite à prendre en compte le découragement que peut ressentir l’entourage, devant la difficulté répétée à éveiller l’intérêt, à établir des contacts prolongés et gratifiants avec un enfant autiste. Selon Cairns (1986), ceci entrainerait l’enfant et la personne qui prend soin de lui dans un cycle malheureux de désengagement croissant, et compromettrait, à un moment critique du développement, les acquisitions de bases nécessaires pour communiquer et comprendre les personnes, même en cas de motivation ultérieure plus manifeste vers autrui. Dans cette optique, Koegel et Mentis (1985) soulignent l’effet désastreux, pour tout apprentissage, d’une exposition répétée à l’échec, qui pourrait conduire à des conduites relevant de motivations paradoxales d’approche/retrait, et nécessité avec les enfants autistes de l’utilisation très abondante de renforcement positif, pour maintenir une relation.

 

Ø  La communication émotionnelle.

Les descriptions cliniques rapportent fréquemment un mauvais accordage émotionnel de l’enfant autiste avec son entourage, l’enfant manifestant tour à tour des réactions affectives excessives, trop faibles ou inappropriées (Ricks & Wing, 1975). Le défaut qualitatif de l’ajustement affectif est aussi bien décrit au plan de la posture du corps, de l’attitude trop molle ou raidie dans les bras de la mère, du peu d’harmonisation de la tonalité affective des vocalisations ou verbalisations, mal modulées. Les enfants autistes semblent d’autre part très peu rechercher le contact corporel comme source de réconfort, mais Howlin signale que cette indifférence physique a été un peu surestimée dans la littérature clinique, car les contacts peuvent être appréciés de façon passive, notamment par une approche physique de tout le corps contre le dos de l’enfant autiste. De plus, ces enfants peuvent manifester du plaisir à des contacts plus rudes, comme les jeux de bousculades, ou de se faire balancer, par ex, bien que le caractère réellement social de tels échanges soit discutables. Grande hétérogénéité dans ce domaine.

Grace à des recherches systématiques réalisées auprès d’enfants autistes, on trouve une certaine confirmation des problèmes de modulation expressive des émotions souplement ajustée à autrui Mais études peu nombreuses et la plupart du temps restreintes à l’étude de la communication émotionnelle faciale. Probablement du aux lourdeurs méthodo d’une analyse fine et « in vivo » de la communication émotionnelle dans toutes ses dimensions, et du manque de référence à des données comparables sur le sujet normal ou souffrant d’autres handicaps.

ü  Yirmiya et Al. (1989) : étude sur l’expressivité. Utilisation d’un système standardisé de micro-analyse des composantes expressives faciales pour étudier expressions affectives spontanées d’enfants autistes, retardés ou normaux, appariés selon l’âge mental, au cours d’interactions avec un adulte. % de temps occupé par manifestation affectives est le même pour enfants autistes et normaux mais inférieur à celui des enfants retardés. Sur le plan qualitatif, autistes montrent une palette d’expressions plus étendue que les autres groupes notamment plus d’expressions négatives et de combinaisons incongrues d’expressions. Cependant résultats obtenus dans une situation non familière pour l’enfant et méritent d’être complétés par des observations + naturelles, avec adultes familiers et pairs handicapés ou non. Une gamme plus étendue d’expressions faciales peut refléter une difficulté à sélectionner les formes socialement acceptables des mimiques, et à les utiliser de façon « souplement structurée » pour communiquer

ü  Snow et al. (1986) : même réserves méthodo. Etudes sur l’excès de mimiques négatives. Moindre fréquence d’expressions positives chez les autistes en interaction avec un adulte p/r aux enfants handicapés mentaux.

ü  Langdell (1981) : difficulté des autistes à mimer la joie, alors que réussite dans le mime de la tristesse.

Ceci ne nous renseigne pas sur leur (in)capacité à éprouver ces sentiments de manière significative, et en relation avec contexte interpersonnel donné.  Mais ce « biais négatif » contraste avec le « biais positif » qui existe chez le jeune BB normal (jusqu'à 4M), et qui semble encourager les interactions avec l’entourage les 1ers mois. (Chez enfants déficients, biais positif qui dure plus longtemps que chez BB normaux).

ü  Attwood et al. (1988) : dans des situations naturelles (jeu, repas...), des ados autistiques ne manifestent jamais aucun geste expressif affectif, mais uniquement des gestes instrumentaux (tirer par le bras pour obtenir quelque chose par ex).

ü  Bartak et al. 1975, Ricks 1975,1979, Bormann-Kischkel et al. 1993 : Parmi les enfants autistes qui acquièrent un langage, même complexe sur le plan lexical et syntaxique, des bizarreries dans l’intonation ont été relevées

ü  Harris, 1989 : cela révélerai des anomalies dans la capacité, sinon à ressentir, du moins à communiquer la tonalité affective d’un message, et peut-être les émotions en général.

Il existe un autre paradigme exp utilisé avec des enfants autistes qui éclaire la compréhension de leur réactivité émotionnelle aux personnes. Cette situation développée en Angleterre  par Ainsworth et Al. (1978) est appelée « strange situation ». Etapes de l’exp :

a)    Mère et enfant jouent ensemble.

b)    Mère s’absente durant une durée brève.

c)    Un inconnu reste avec l’enfant.

d)    La mère revient.

Si le lien d’attachement à la mère est sécurisant, les interactions mère-enfants doivent s’intensifier dans la phase de réunion (recherche de réconfort, par contact ou regards). Chez les enfants autistes, il y a des signes manifestes d’attachement à leur mère (Sigman & Ungerer 1984, Rogers et al. 1991, Dissanayake & Crossley 1996). Toutefois des anomalies qualitatives ont été relevées à différents niveaux : manifestations affectives en phase initiale plus modérée que chez sujets normaux (mais pas de différence significative avec déficients), réactions affectives en phase de réunion apparaissent parfois dans un délai plus long que dans les autres groupes et ces réactions affectives sont un peu désorganisées ou peu conventionnelles (Capps et al. 1994). Dans l’étude de Sigman et Ungerer (1984), seuls les enfants autistes ayant atteint le niveau des jeux symboliques présentent ces réactions d’attachement (pas le cas chez enfant normal). Il y a possibilité pour les enfants autistes de construire un lien d’attachement mais selon une voie qualitative « déviante » et peut-être à retardement p/r à l’âge de développement.

Les réactions affectives des autistes à leur propre image paraissent également perturbées. Test de la tache sur le visage : Les réponses tournées vers soi apparaissent chez les autistes à des âges mentaux comparables à l’âge attendu chez l’enfant normal. Par contre, les réactions habituelles d’embarras, de timidité sont très rares alors qu’on les trouve chez les sujets contrôles handicapés (Neuman & Hill, 1978, Dawson & McKissing 1984, Spider & Ricks 1984, Waterhouse 1988).

L’ensemble de ces données semble ainsi confirmer l’existence chez les enfants autistes de nombreuses anomalies dans l’adaptation modulée des réponses affectives tant envers autrui qu’envers soi-même. Si leur répertoire expressif est potentiellement varié, ce qui pose problème, c’est surtout l’usage régulé, coordonné et conventionnalisé des diverses manifestations émotionnelles dans une véritable communication.

samedi, 12 décembre 2009

Idées reçues sur la psychanalyse, suite.

Mieux vaut une thérapie brève

A lire

Une psychanalyse pour quoi faire de Jean-Jacques Moscovitz et Philippe Grancher (Marabout, 1991)

Moi, le bonheur et la psy de Brigitte Minel. (Ellebore, coll. “Santé vérité”, 1997)

N’ayons pas peur de la psychothérapie de Hélène Brunschwig. (Hachette littératures, 1998)

A quoi sert la psychanalyse de Robert Akeret. (Laffont, 1997)

Mieux vaut une thérapie brève que des années sur un divan

Ce n’est pas la même chose : on ne peut pas accomplir un travail identique en quelques semaines, quelques mois, ou plusieurs années. C’est vrai, une analyse dure très longtemps : dix ans en moyenne. Et c’est un réel investissement sur soi : à peu de choses près, le prix d’une voiture. Mais pourquoi est-ce si long ? D’abord parce que les processus psychiques évoluent très lentement et qu’il est impossible de bousculer les patients : en effet, le travail avance en fonction de ce qu’ils peuvent supporter et du temps dont ils ont besoin pour comprendre leur problématique. Ensuite, parce que, aujourd’hui, les analyses sont poussées beaucoup plus loin que du temps de Freud, et que l’on travaille différemment : lui voyait ses patients tous les jours plusieurs heures ; à présent, les séances sont plus espacées (deux à trois séances d’une demi-heure par semaine).Précision importante : une analyse peut s’effectuer par « tranches » successives sur une, deux ou trois années, le temps de régler un problème ponctuel (affectif, professionnel, etc.) ou de se débarrasser d’un symptôme psychosomatique. Quitte à reprendre plus tard si on désire aller plus loin.

Plus névrosé après

Après, on est plus névrosé qu’avant

Certainement pas ! En analyse, et particulièrement à la fin, des moments très pénibles – angoisses, dépression, etc. – surviennent effectivement. Ces passages douloureux prouvent qu’une vérité difficile à affronter vient d’émerger, ou encore qu’une croyance – qui nous faisait vivre jusqu’alors – vient d’être abandonnée. Evidemment, ces phases font dire à l’entourage : « Il se portait mieux avant… » Mais c’est faux. Il est vrai aussi que, juste après avoir quitté son analyste, on tend à remettre en scène des situations affectives et/ou relationnelles douloureuses… « Mais à présent, c’est pour vérifier qu’on est devenu capable de dire “Non”, de fonctionner différemment. » Et il en ira ainsi jusqu’au moment où l’on aura vraiment transformé sa position face au désir et au plaisir.

Non, la psy ne permet pas de trouver l’âme sœur !

Autre idée reçue très prisée actuellement : il suffirait de s’allonger sur un divan pour mettre fin à sa solitude affective et trouver l’homme ou la femme de sa vie. Si seulement c’était vrai ! Malheureusement, les analystes ne sont ni fées ni marieurs. En réalité, une analyse aide à comprendre pourquoi on rate ses relations sentimentales, sans garantir pour autant la réussite d’une prochaine rencontre. Disons qu’elle permet de renoncer à ses attentes et comportements névrotiques pour, éventuellement, se mettre en position de construire une relation viable avec un partenaire. Ce qui n’est déjà pas si mal…

Idées reçues sur la psychanalyse

L'analyse rend égocentrique

Cet exercice nombriliste rend égocentrique

Oui, c’est un exercice égocentrique, mais qui ne rend pas, à terme, « égocentré ». On peut avoir l’impression que les individus qui décident d’entrer en analyse sont très centrés sur eux-mêmes. Pourtant, pour la majorité, ils sont victimes de mécanismes inconscients qui les poussent à se consacrer davantage à la satisfaction des autres qu’à la leur : c’est même la cause principale de leur souffrance. Par conséquent, l’analyse leur permet de s’occuper enfin d’eux-mêmes. Effectivement, les premiers temps, ils ne s’intéresseront qu’à leur personne. Mais, le moment venu, il s’agira aussi de sortir de cette phase et de se doter d’un « honnête égoïsme », qui consiste à savoir prendre soin de soi, sans pour autant se désintéresser des autres.

Parler est inutile

Parler à quelqu’un qui n’ouvre pas la bouche est inutile

Non : parler à un autre ne l’est jamais ! Ensuite, le psychanalyste n’est pas « quelqu’un qui n’ouvre pas la bouche ». S’il parle très peu, c’est pour laisser le patient s’exprimer et lui permettre de construire ses propres solutions. Tout son art est de dire les choses importantes au moment adéquat. Ses interventions sont calculées : l’analyste « ouvre la bouche » pour ponctuer, orienter, soulager un patient trop angoissé. Il a conscience que trop en dire peut provoquer chez ce dernier un surcroît d’angoisse. De plus, son rôle n’est pas de se poser en conseiller, en maître, en modèle : ce type de démarche emprisonne. Néanmoins, tous les analystes – en raison de leur formation théorique ou de leur personnalité – n’entretiennent pas un rapport identique au silence : certains sont plus « bavards » que d’autres…

C’est réservé aux riches

Au contraire : les très riches sont particulièrement mal lotis au regard de la psychanalyse. Un milliardaire atteint de délire de persécution ne consulte pas, il s’offre un garde du corps… Autre obstacle : l’analyste moyen n’ose pas demander 300 € d’honoraires par séance (ce qui combat cette autre idée reçue selon laquelle les psys s’intéresseraient avant tout au portefeuille de leurs analysants). C’est pourtant ce qu’il faudrait faire avec des patients extrêmement riches. Car seule une perte financière significative peut amener un individu à cesser de se fabriquer des symptômes, autrement dit à ne plus « payer de sa personne ». En effet, la névrose est une organisation mentale qui amène à se faire du mal. Demander aux patients de payer en argent les soulage de cette conduite masochiste. Encore faut-il pouvoir exiger une somme suffisante… Cela dit, malgré la présence de consultations dans les dispensaires et les hôpitaux, il est vrai que la psychanalyse tend à rester fermée aux plus pauvres. Même si, avec la crise économique, les analystes sont souvent contraints de moduler leurs tarifs sur les revenus de leurs patients, cette thérapie continue de s’adresser de façon privilégiée aux classes moyennes.

Source : www.psychologies.com/Therapies/Psychanalyse

vendredi, 04 décembre 2009

Enfance et Psychanalyse

L'article ci-dessous est tiré du blog du CRIPSA, dont les références sont http://cripsa.skynetblogs.be L'ensemble du blog est intéressant, mais je me permets de reproduire ici cet article plus particulièrement, tant pour les perspectives qu'il permet d'ouvrir que pour donner au lecteur l'envie d'aller plus loin dans sa découverte d'un extraordinaire moyen de mieux être au travers de la connaissance de soi, au delà des "étroitures normatives" et des idées de rendement ou d'efficacité immédiate qui sont hélàs le propre de certaines thérapies à la mode...

Bonne et enrichissante lecture, donc !

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute - Analyste

Epinglage de la journée du 3 décembre au CRIPSA
par Katty Langelez


Nous avons passé hier une journée remplie d'un travail de lectures et de transmissions cliniques menée par Monique Vlassembrouck et Maïté Masquelier et orientée par Pierre Malengreau. Ils nous ont montré par comparaison ce qui fait la différence entre nos pratiques orientées par Jacques Lacan et la lecture que nous en donne Jacques-Alain Miller et celles d'autres collègues psychanalystes orientés par d'autres références, soit par la théorie du contre-transfert, soit par le structuralisme et le premier temps de l'enseignement de Jacques Lacan. Vous trouverez ci-après sur le blog les textes des interventions de Maïté, puis de Monique.
Il s'agit d'un travail de lecture critique, d'affirmation d'un choix, nullement un travail de jugement ou d'évaluation. C'est une orientation par la fin de l'analyse conçue comme un long chemin de désidentification pour aboutir à une position de l'analyste réduite à une présence réelle, un style (au sens de la plume qui permet une écriture). Ce qui a des conséquences pratiques dans la psychanalyse appliquée à la thérapeutique aussi bien dans les thérapies d'enfants que dans le travail des institutions.



Remarques et commentaires sur le livre :
« Les premiers entretiens thérapeutiques avec l’enfants et sa famille »

Jean-Pol Matot ; Christine Frisch- Desmarez et al.
Dunod, Paris 2007.

par Maïté Masquelier


Il s’agit d’un ouvrage réalisé dans le cadre du groupe d’étude en psychiatrie et psychothérapie infanto-juvénile.C’est un travail collectif d’un groupe constitué de pédopsychiatres, psychologues orthophonistes et assistantes sociales, qui exercent une activité clinique dans différents services de santé mentale, hôpitaux, institutions thérapeutiques pour enfant et instituts médico-pédagogiques. Leur orientation est psychanalytique et systémique.

C’est un livre qui s’adresse aux cliniciens et qui veut mettre en évidence l’intérêt des premiers entretiens thérapeutiques. Du clinicien, il en est question, d’ailleurs il n’est question que de lui. Du sujet par contre, celui distingué comme tel parce qu’il parle, celui là il n’en est pas question.

Cela veut dire que ce qui oriente leur travail ne sont pas les dires du sujet mais un cadre construit, un canevas.  Et au fond cet ouvrage c’est ça, la construction d’un cadre thérapeutique. C’est le cadre qui détermine le travail. Il faut qu’il y ait convergence entre le mandat, la mission et la demande. La première partie est consacrée au cadre de l’entretien.

L’important semble résider dans la recherche d’une adéquation. Il s’agit donc d’analyser la demande pour savoir si elle correspond bien au champ pour lequel le praticien est engagé.

La où une thérapeute se pose des questions sur sa propre responsabilité, les protagonistes du livre reprennent cela du côté de l’inadéquation. Inadéquation du côté de l’équation qui n’était pas bonne.

On entend mieux du coup, pourquoi dans nos institutions orientées par le Champ freudien, donc par Freud avec Lacan, nous sommes des intervenants. Quels que soient nos diplômes, nous travaillons avec l’enfant et la place que nous prenons auprès de lui, c’est lui qui nous l’enseigne, pas notre diplôme, ni le mandat. Nous sommes amené dans certains cas à faire du travaille d’assistant social : on accompagne un jeune pour un rendez-vous chez le juge, on va dans les écoles, on rencontre les parents… parfois, justement non, on ne va certainement pas  l’accompagner dans telles ou telles démarches… Ce qui nous oriente c’est la construction clinique du cas en réunion. C’est, si l’on peut dire, notre outil. C’est pour citer Alexandre Stevens : « le préliminaire indispensable pour se donner chance de prendre la mesure de l’acte à produire ».

Nous ne travaillons pas avec les bilans psychologiques, orthophoniques et psychomoteurs dont les auteurs nous ventent les mérites dans ce livre. « Mais nous aussi on fait passer des tests » me dit une collègue du Courtil. C’est vrai, à l’Eveil (l'école des devoirs attachée au Courtil), on passe des tests. Bien obligé, puisque pour intégrer un établissement scolaire spécialisé, on doit entrer dans les petites cases des différents types càd qu’en fonction du résultat obtenu par le test, à propos de ses compétences, l’enfant est envoyé dans un établissement de tel ou tel type. Mais la démarche chez nous va en sens inverse.

Cela dit, cella reste un pari, et on en mesurera les conséquences qu’après-coup, comme pour toutes interventions d’ailleurs. Comme par exemple, pour le cas que nous vous avons présenté mardi dernier, Monique a fait le pari de proposer une thérapie à l'enfant avec moi et une thérapie pour sa maman avec elle. Dans l’après-coup, on peut dire que ça a marché… c’était une invention sur le coup, un inédit, dans un cadre suffisamment flexible pour que ce soit possible. Clinique de l’après-coup donc. Ce que j’oppose à la clinique de l’avant-coup quand on nous propose un canevas.

Pour nous, ça commence par un « on ne sait pas par avance ce qui convient ». Comment savoir en effet ce qui convient à un sujet sans l’avoir entendu ? Sans qu’il n’ait pu nous dire quelles étaient ses réponses face au réel qu’il rencontre ? Ou, pour le dire autrement, sans savoir à quoi le symptôme répond. Symptôme qui répond mal, certes, avec souffrance, surement, mais c’est déjà un traitement, comme ce jeune qui ne cesse de balancer ses objets par-dessus la haie, ou sur le toit, comme tentative d’extraction de ce qui est en trop pour lui. Ou comme cette petite Léa qui fait des crises dès que l’institutrice lui fait une remarque. Pour préciser ma réflexion, je ne dirais pas que les auteurs de ce livre savent à l’avance ce qui convient à un sujet sans l’avoir entendu, mais ils semblent rester coincés derrière un mandat ou une mission ; ce mandat, cette mission sont censés être les moyens d’appréhender au mieux la réalité du patient, mais au contraire, me semble t-il, c’est ce qui fait que le clinicien risque de rater ce qui pourrait faire rencontre ?

 

A la page 259, on peut lire : « Le but de ces premiers entretiens est de permettre, dès le début, un décalage bien dosé par rapport à la problématique qui est amenée par l’enfant et sa famille. » Décalage, pas de côté,…  sont autant d’expressions qui ne sonnent pas faux à nos oreilles. La où je m’éloigne de leur propos, c’est quand ça devient le but ou la visée et quand en plus il faut le doser. Le décalage, il me semble, est plutôt un effet du discours du clinicien, de sa position, une position de non savoir : ne pas comprendre trop vite et ne pas savoir à l’avance ce qui est bon pour un sujet. En effet, Lacan traite la compréhension comme une illusion, et c’est en cela qu’il s’éloigne de Freud, Klein et Winnicott (une des référence des auteurs) qui eux fondent le dialogue psychanalytique sur un discours interprétatif mutuel où l’on se comprend. Cette différence de Lacan est due à sa doctrine du signifiant et du signifié qui barre la compréhension et le conduit toujours à déconstruire le texte manifeste. Notre question est orientée par un « comment » le sujet se débrouille face au réel qu’il rencontre, comment il se débrouille avec sa jouissance. Position donc du clinicien, soutenue par son désir.

C’est sur ce point que je saute sur la question de la formation des cliniciens abordée dans le livre.  Deux chapitres y sont consacrés : l’espace thérapeutique interne, la formation et la construction de l’identité clinique, aspect clinique et aspect théorique. Aux pages 167-168, « … la formation n’est pas un processus mental d’apprentissage intellectuel mais une forme  d’expérience et d’apprentissage sur soi-même et sur la relation à l’autre. » La formation a donc deux buts : développer une identité professionnelle souple et intégrée, et développer la notion de processus d’élaboration.

Comment se forment-ils ? Chacun des membres du groupe par exemple, ramène des situations vécues dans son lieu de stage. Là, l’accent est mis, non pas sur les cas rencontrés mais sur la position du thérapeute dans les rencontres. Ce qui fait la formation peut être aussi des jeux de rôle visant à faire vivre aux cliniciens une situation qui lui permettrait de saisir pour lui-même les effets d’une démarche visant à aller consulter et ainsi de pouvoir s’identifier au patient qui fait la démarche de se présenter pour une thérapie. Je réduis évidemment en disant ça parce qu’ils y amènent beaucoup de subtilités. Mais ce qui est à noter c’est que ça reste sur le versant de l’identification.  Il y aurait une formation, un « formatage » du thérapeute en fonction de son propre vécu, de son parcours, de ces expériences… partant de ce principe, l’idée est alors, dans la rencontre thérapeutique avec des familles, d’avoir à se mobiliser au niveau des identifications. Identification, gymnastique identificatoire où le contre-transfert a là, toute sa place comme matériel informatif pour la compréhension dynamique de la famille, et qui est à utiliser dans une perspective d’élaboration avec la famille, …

Je ferai maintenant quelques remarques sur ces questions pour comprendre en quoi notre position n’est pas la même quand on s’oriente de la psychanalyse lacanienne. La position de l’analyste n’est pas celle du miroir, du même que moi à qui je m’adresse. Katty Langelez dans son texte paru sur le blog du CRIPsa « Transfert et contre-trnasfert », fait bien valoir que pour qu’il y ait chance qu’une parole soit entendue d’un ailleurs, il faut qu’il y ait du sujet supposé savoir (c’est le transfert qui l’instaure) mais ce n’est pas tout, disons que ça inaugure un possible travail. Ce transfert, c’est l’analyste qui le supporte non pas par son contre transfert mais par son désir. Lacan dit dans son séminaire XI sur les quatre concepts à la page 229 : « …le transfert n’est pas, de sa nature, l’ombre de quelque chose qui eût été auparavant vécu. Bien au contraire, le sujet en tant qu’assujetti au désir de l’analyste, désire le tromper de cet assujettissement, en se faisant aimer de lui, en proposant de lui-même cette fausseté essentielle qu’est l’amour. L’effet de transfert, c’est cet effet de tromperie en tant qu’il se répète présentement ici et maintenant. […] c’est pourquoi derrière l’amour dit de transfert, nous pouvons dire que ce qu’il y a, c’est l’affirmation du lien du désir de l’analyste au désir du patient. C’est ce que Freud a traduit en une espèce de rapide escamotage, miroir aux alouettes en disant –après tout, ce n’est que le désir du patient,- histoire de rassurer les confrères. C’est le désir du patient, oui, mais dans sa rencontre avec le désir de l’analyste. »
Donc quand on va rencontrer un analyste, on lui suppose un savoir sur ce qui se passe pour nous, on lui fait une demande, qui est demande d’amour. L’analyste n’a pas à répondre à cette demande, sans quoi nous serions en position d’objet, objet d’amour pour cet Autre. Ce que pourtant l’analysant a l’air de vouloir quand il fait une demande d’analyse. Si ça répond on rate, la cure ne s’enclenche pas. Par contre, on voit que l’analyste est lui en position d’objet puisque le sujet fait de lui, dans le transfert, son objet d’amour. On voit donc qu’il ne s’agit pas que l’analyste comprenne, et c’est ce qui fait que lorsqu’il y a demande d’amour sans réponse la question du désir apparait. L’Autre porte en lui l’objet que je désire. Ceci dit, les désirs ne se confondent pas, il y a le désir de l’analyste et le désir de l’analysant et c’est parce que l’analyste est habité par un désir autre que l’analysant désire, mais dans sa rencontre avec le désir de l’analyste dont il ne sait rien. Je cite Lacan :«… l’analyste est supposé savoir, il est supposé aussi partir à la rencontre du désir inconscient. C’est pourquoi je dis que le désir est l’axe, le pivot, le manche, le marteau, grâce à quoi s’applique l’élément-force, l’inertie, qu’il y a derrière ce qui se formule d’abord, dans le discours du patient, en demande, à savoir, le transfert.» (Lacan, Séminaire XI, p 213) Si l’analyste répond à la question d’un patient qui est toujours de l’ordre de la demande d’amour, par identification, par l’analyse de son propre contre transfert, par la compréhension, alors il rate la question sous-jacente à cette demande qui est le désir.

Il y a un autre point que je voudrais soulever à partir de la lecture de ce livre. Je citais en effet l’insistance dans leur théorie de la question de l’émotion, en tant que c’est ce qui, dans leur pratique même, les oriente. Ce sur quoi Lacan s’oppose en disant que l’analyse n’est pas une expérience émotionnelle, mais une expérience de langage. Katty Langelez dans son texte déjà cité, rapporte en effet que « Lacan loge l’inconscient dans une dimension transindividuelle mais beaucoup plus complexe qu’une relation à deux puisqu’elle comporte parole, langage et discours. Il ramène l’expérience analytique à son fondement dans la parole. Il resitue la fonction de la parole dans le champ du langage et de sa structure qui a ses lois, ses contraintes, où il y a de l’impossible et par conséquent du réel. On a rien chez Lacan qui soit de l’ordre de la soupe interactive puisque la fonction de l’Autre préserve toujours une instance d’étrangeté de l’expérience. » « Il y a toujours quelque chose entre l’analyste et le patient venant gêner la communication affective. Ce qui s’interpose, c’est le discours, la fonction de ce qui se dit. Voilà l’élément qui se trouve finalement soustrait, effacé, dans la psychanalyse du contre transfert, parce que l’expérience y est avant tout le moyen de l’affect qui se communique. » (Jacques-Alain Miller, Contre transfert et intersubjectivité, La Cause freudienne, 53)
Donc si d’un côté on a un travail à partir de l’affect qui se communique, on a dans la psychanalyse lacanienne, une expérience de ce qui rate, de ce qui achoppe, du fait même qu’on parle, et qui est impossible à communiquer. Ce que je voulais mettre en évidence à travers ces quelques lignes, c’est que le contre transfert dans cette logique ne fait qu’entraver le bon déroulement de la cure, plutôt il faut lesurmonter. Comment? Par l’analyse. L’inconscient du praticien, quand il n’est pas analysé, est nocif.  Je parle de cure mais sans reste pas moins vrai quand il s’agit de psychanalyse appliquée.
Par CRIPsa

mardi, 24 novembre 2009

Autisme : La Communication par le Jeu.

Autisme
La communication par le jeu

Valentin, 9 ans, est atteint de troubles autistiques. Sa maman, la Touraine Nadia Mivelaz, a suivi une formation pour une thérapie nouvelle en Suisse, basée sur le jeu. Elle cherche des bénévoles pour la seconder.


Pour aider son fils Valentin à s’ouvrir aux autres, Nadia Mivelaz compte sur une approche nouvelle, basée sur le jeu
(C. Haymoz)

Comme tous les enfants de son âge, Valentin adore jouer. A neuf ans, il y passe même des heures, chaque soir, avec sa maman, Nadia Mivelaz. Mais pour lui, qui souffre de troubles autistiques, le jeu prend une autre dimension: il constitue la base d’une méthode qui doit l’aider à entrer dans notre monde.
Baptisée Son-Rise, cette approche, développée aux Etats-Unis dans les années 1970, est encore nouvelle en Suisse. Nadia Mivelaz l’a découverte par un article de L’Illustré, où une dame expliquait que le jeu avait sauvé son fils de l’autisme. «Cet article m’a fait rêver», affirme-t-elle.
En juin dernier, elle suit le premier cours d’initiation organisé en Suisse. Outre l’apprentissage de la méthode, cette formation lui a permis de considérer les événements sous un autre angle. «J’y ai appris à voir le côté positif des choses, de réaliser tout ce que cet enfant m’a apporté.»

Faire confiance
Pour Valentin, qui parle et commence à lire et écrire, le jeu est un moyen d’apprentissage de la communication. Dans la maison familiale, à La Tour-de-Trême, une chambre spéciale a été aménagée pour jouer avec lui. «Dans cette pièce, explique Nadia Mivelaz, il n’y a pas de stimuli extérieurs, parce que les sens d’un enfant autiste sont développés différemment. Le moindre détail peut le perturber.»
Peu de bruit, des fenêtres translucides, tout est prévu pour que Valentin se sente à l’aise. C’est aussi une salle où l’on ne dit pas non: la méthode se fonde sur une attitude de non-jugement. Le but est de faire confiance à l’enfant, de l’encourager et de le féliciter chaleureusement dès qu’il effectue quelque chose de positif.

Aller dans son monde
Les jeux sont placés sur des étagères, en hauteur, «pour qu’il soit obligé de les demander et donc de communiquer». Dans cette salle, «c’est lui qui contrôle tout, il nous utilise pour jouer. Il y a toujours une interaction.» Nadia Mivelaz résume ainsi un des principes de base de Son-Rise: «Aller dans le monde de l’enfant pour l’aider et le motiver à rejoindre le nôtre.»
Parce que Valentin a envie d’apprendre. «Il a toutes ses capacités cognitives et il nous le démontre chaque jour. Mais il ne peut pas exprimer tout ce qu’il sait.» Il y a environ une année, par exemple, Valentin a appris à lire. Désormais, il lit beaucoup par lui-même, comme s’il avait compris à quel point cela pouvait lui être utile.
«Aujourd’hui, il veut même faire les fiches de devoir de sa sœur», sourit sa maman, en ajoutant: «Il nous épate chaque jour.» Depuis l’âge de quatre ans, Valentin fréquente le centre scolaire et éducatif de Clos-Fleuri. «Il fait de réels progrès. Son-Rise ne va pas remplacer le travail des professionnels, mais c’est un complément.»

Bénévoles souhaités
Mère de deux autres enfants de 13 et 7 ans, Nadia Mivelaz cherche aujourd’hui des bénévoles pour l’aider dans son défi. Idéalement, elle en espère une dizaine. «Aucune expérience particulière n’est nécessaire», précise-t-elle.
Peu importe l’âge ou la formation, l’important est l’énergie et l’enthousiasme de ces personnes qui accepteront de consacrer deux à quatre heures par semaine, pour au moins un semestre. «Ces personnes peuvent aider énormément Valentin, mais lui aussi peut leur apporter beaucoup.»

Contact: Nadia Mivelaz, La Tour-de-Trême, 026 912 15 05 ou fam.mivelaz@vianw.ch

La difficulté du diagnostic
Comme beaucoup de parents d’enfants autistes, Nadia Mivelaz et son mari ont rencontré des difficultés pour connaître le problème de leur fils. «Quand Valentin avait environ deux ans, ma belle-sœur m’a fait remarquer qu’il ne répondait pas quand on l’appelait», raconte Nadia Mivelaz. A l’époque, son mari travaillait à Vevey et ne rentrait que le soir. «Un autre enfant lui aurait sauté au cou. Valentin ne réagissait pas. Mais avec moi, il a toujours été très câlin.»
Son pédiatre affirme que le manque de réaction de Valentin est dû à la paresse. Ses parents insistent, lui font passer des examens approfondis au CHUV. «Un professeur nous a dit que le nerf auditif était touché, mais que ce n’était en tout cas pas de l’autisme.» C’est finalement le pédopsychiatre Patrick Hämmerle, à Fribourg, qui a posé le bon diagnostic.

Un enfant sur 2000
Décrit depuis 1943, l’autisme est un trouble du développement neuropsychologique qui touche environ un enfant sur 2000, dans une proportion de quatre garçons pour une fille. Les personnes autistes peuvent être atteintes à divers degrés et présenter d’autres handicaps. L’origine de l’autisme se trouve dans un développement anormal du cerveau. Des critères génétiques entrent aussi en ligne de compte. Selon Nadia Mivelaz, beaucoup de parents se sentent encore coupables, alors qu’il est aujourd’hui certain que ce trouble ne résulte en rien de leur attitude.
Les enfants autistes présentent des difficultés dans la communication verbale et non verbale (ils répètent les mots ou parlent sans arrêt du même sujet), dans la relation sociale (indifférence par rapport aux autres), dans le développement du jeu et de l’imagination. Ils résistent également aux changements de leurs habitudes.
Dans le canton, il existe un Groupement fribourgeois de pa-rents et amis de personnes atteintes d’autisme (GFPAPA). Au niveau romand, une association Autisme Suisse Romande (www.autisme-suisse.ch) peut également fournir renseignements et conseils (021 341 93 21).

Marc Valloton / 28 septembre 2002

dimanche, 22 novembre 2009

La Méthode des 3i

 

LA MÉTHODE DES 3 i

D’où vient-elle ?
- de l’expérience réussie avec un enfant il y a 5 ans
- des principes de plusieurs méthodes américaines basées sur le jeu
- de l'expérience obtenue par le suivi de près de 100 enfants avec succès aujourd'hui
- de rencontres avec des chercheurs
- de toutes les observations faites dans le tableau « Ce qu’il faut savoir sur l’autisme ».

Cliquez ici pour visualiser la vidéo : Méthode des 3i et les autres méthodes

 Ses Caractéristiques :

Stimulation individuelle :
- Seul avec un adulte
- Dans une petite pièce aménagée, qui lui permettra de se concentrer en évitant les bruits,
la lumière, équipée d’une table, de 2 chaises, de quelques jeux installés en hauteur.

Stimulation intensive :
- 40 heures par semaine (incluant week-end et vacances), 6 heures par jour, ce qui implique 
une trêve scolaire.
- Le succès de l’éveil de l’enfant est la résultante du « stock d’heures investies »
On ne peut pas tricher avec le temps ni le raccourcir, le temps de ce travail dépendra
de chaque enfant.

Stimulation interactive :
-
La communication est l’objectif prioritaire à travers toutes les activités
et non l’apprentissage de connaissances et de savoir-faire.

Par ex : si on fait de la pâte à modeler, l’important n’est pas de savoir la rouler et l’aplatir, 
mais de capter le regard de l’enfant de façon permanente ou d’amorcer un dialogue et
un échange gestuel et verbal. Les connaissances et les savoir-faire suivront naturellement.
Ni atelier ni leçon au départ.

  Ses Supports :

LE JEU
Le jeu a une place centrale pour le développement et l’éveil de tout enfant.
Le jeu lui permet de créer la détente qui va engendrer l’éveil progressif nécessaire pour passer
par tous les stades du jeune enfant qu’il a occultés : regard, pointage, marionnettes, quatre pattes et langage... donc de pouvoir entrer en relation avec les autres visuellement, gestuellement, verbalement, comme le font tous les enfants entre 0 et 2 ans, par étape.

Donc il faut tout transformer en jeu et s’amuser sans aucune attente comme avec un tout petit,
en partant toujours de ses centres d’intérêts.
Rentrer dans son monde tout doucement par l’affection, la tendresse et le respect pour l’amener peu à peu au nôtre.
Un programme évolutif est défini chaque mois après une évaluation globale de l'enfant de 0 à 5.
Dès le niveau 4 atteint et dès que l’enfant parle, imite, regarde bien, il commence par étapes à réintégrer l’école.

  Ses Exigences :

- Implication des parents dans le suivi individuel de l’enfant et pour la coordination de l’équipe des intervenants. Acceptation de la méthode par tous les intervenants (même des professionnels : orthophoniste, psychomotricien, psychologue…) : application dans son intégralité.
Le mélange avec d’autres méthodes, amène une progression de l’éveil de l’enfant moins rapide et des régressions.

- Travail d’équipe : parents, volontaires, orthophoniste, psychomotricien, psychologue, professeurs et directeur de l’école, responsables de l’Association A.E.V.E.
Les objectifs mensuels sont pris en équipe, avec le conseil permanent de l’association.
Ceci suppose des réunions bilans régulières : tous les mois à jour fixe avec toute l’équipe.
Le rapport est fait par la psychologue et donné à chaque intervenant.

 Ses Objectifs :

- Prendre le temps de le faire repasser à son rythme par tous les stades du développement
sans apprentissage et par le jeu interactif. Ce qui l’amènera à :

- être un enfant comme un autre, capable de communication, de rentrer en relation et de se sociabiliser.
- être autonome non par l’acquisition de réflexes mais de comportements spontanés ou personnels... grâce à sa possibilité d’imiter les autres.

- L’intégrer à l’école par étape, d’abord par l’école à la maison (remise au niveau scolaire de son âge) puis l’école (quelques heures puis mi temps...).

Donc, en jouant dans sa salle de jeu, il quittera un peu l’école pour sortir de sa bulle et pour mieux y revenir au niveau des enfants de son âge, jouant et travaillant comme les autres :

QUITTER L’ECOLE POUR MIEUX Y REVENIR.

Source de l'article :www.autisme-espoir.org/parent-suite-methode.html

samedi, 21 novembre 2009

Frances TUSTIN

TUSTIN Frances (1913-1994)

Son oeuvre est centrée sur l'autisme. Pour Tustin, l’enfant autiste a un fantasme de rupture catastrophique de continuité, principalement discontinuité bouche-langue-mamelon-sein. Elle a traité de nombreux enfants autistiques. Son œuvre écrite, considérable, se situe dans la lignée des recherches de Mélanie KLEIN .

La psychanalyste Frances TUSTIN est d'origine Britannique. Son enfance est marquée par la séparation de ses parents et une instabilité importante. Fille unique, elle vit avec sa mère quantité de déménagements. C'est pendant sa formation d'enseignante qu'elle est sensibilisée à la psychanalyse . Elle entreprend alors une formation à la psychothérapie des enfants. Parallèlement, elle se fait analyser par BION. Elle se consacre à l'étude et au traitement de l'autisme infantile qui vient d'être identifié par Leo Kanner.Son oeuvre est centrée sur l'autisme. Pour Tustin, l’enfant autiste a un fantasme de rupture catastrophique de continuité, principalement discontinuité bouche-langue-mamelon-sein. Elle a traité de nombreux enfants autistiques. Son œuvre écrite, considérable, se situe dans la lignée des recherches de Mélanie KLEIN .
L'autisme est un état centré sur le corps, dominé par la sensation qui constitue le noyau du soi. Le soi est la sensation et rien d'autre. Les objets du monde extérieur sont perçus comme venant de ce corps dominé par la sensation, et non comme ayant une existence propre. Il y a absence de différenciation, dans un état autistique normal. Mais certains sujets restent enfermés dans cet autisme normal à la suite de détresse, d'impossibilité d'en sortir ou de dysfonctionnement existentiel. La naissance psychologique, c'est le point d'aboutissement du processus de développement, et la catastrophe psychologique arrive quand ce point n'aboutit pas. Il n'y a alors pas de naissance, il n'y a pas de frontière entre le soi et le non-soi. Cet état est dominé par des Objets autistiques: ce seront des parties du corps de l'Enfant, de la Mère, du monde extérieur, tout cela étant vécu comme appartenant au corps de l'Enfant. Ces Objets ne sont jamais Objets transitionnels .

Notons bien que lors du développement habituel, l'Objet est d'abord autistique, et devient progressivement transitionnel. Alors que dans l'autisme, le vécu du corps n'est pas éclaté du tout, mais très dense au contraire.

Solipsisme : il n'y a pas d'autre réalité que lui-même.

Classification de l'autisme en trois groupes

1.autisme primaire anormal : il s'agit d'une prolongation de la période habituellement transitoire de l'autisme. Cette forme est appelée "amibienne" et est caractérisée chez le bébé par le fait qu'il n'y a pas de différenciation entre son corps, celui de sa mère et l'extérieur. La surface corporelle est sans limite. Les sensations sont primitives, et le fonctionnement mental est principalement axé sur elles. L'origine de cette forme amibienne est due à une carence au niveau des premiers nourrissages.
2.autisme secondaire à carapace : sensiblement identique à l'autisme de KANNER. L'indifférenciation entre le Moi du bébé et la Mère a disparu, remplacée par une surévaluation de la différence. Une barrière autistique à fonction de carapace s'est construite pour protéger l'Enfant, et lui interdire l'accès au monde extérieur. Son corps est devenu raide, insensible, la pensée est inhibée, l'activité fantasmatique excessivement pauvre.
3.autisme secondaire régressif : ou schizophrénie infantile. L'évolution commence de façon normale, puis apparaissent des manifestations de régression. L'Enfant opère son retrait dans une vie fantasmatique riche et centrée sur les sensations corporelles.

Autisme : définition

AUTISME

origine et définition :
Le terme «autisme» vient du grec "auto" qui signifie «soi-même». Il est employé en psychiatrie pour la première fois en 1911 par le psychiatre suisse Eugene BLEULER. Il l'utilise pour désigner dans la schizophrénie adulte la perte du contact avec la réalité extérieure qui rend difficile ou impossible pour le patient toute communication avec l'Autre. Plus tard, d'autres auteurs le décriront comme un symptôme particulier, non spécifique de la schizophrénie, et en feront ainsi une pathologie à part entière.

L'autisme de KANNER

En 1943, dans un article intitulé "Autistic Disturbance of Affective Contact", le psychiatre américain L. Kanner décrit sous le terme "d'autisme infantile précoce" un tableau clinique caractérisé par l'incapacité pour le bébé, dès sa naissance, d'établir des contacts affectifs avec son entourage. KANNER caractérise la spécificité de ce symptôme, et en fait un syndrome clinique à part entière, avec un mode d'apparition et une évolution radicalement distincts de la schizophrénie. «Ce n'est pas comme dans la schizophrénie adulte ou infantile, un commencement à partir d'une relation initiale présente, ce n'est pas un retrait de la participation à l'existence d'autrefois. Il y a, depuis le départ, une extrême solitude de l'autiste qui, toutes les fois que cela lui est possible, dédaigne, ignore, exclut tout ce qui vient de l'extérieur.».
KANNER note dans son article plusieurs signes cliniques particuliers à cette forme de psychose qu'est l'autisme:

1.Un début précoce des troubles avant la fin des deux premières années de la vie.
2.Un isolement extrême: l'attitude de l'enfant est marquée par une profonde indifférence et un désintérêt total vis-à-vis des personnes et des objets extérieurs.
3.Une grande immuabilité.
4.Des stéréotypies gestuelles, certains gestes apparaissant étranges et répétitifs, comme agiter un mouchoir continuellement devant les yeux, remuer les doigts devant le visage, déambuler sur la pointe des pieds, tournoyer sur soi-même, se balancer d'avant en arrière pendant des heures...
5.Des troubles du langage : l'Enfant est soit totalement mutique, soit il émet des sons sans signification, soit il répète les mots sans valeur communicative (l'écholalie est une répétition en écho des mots ou des phrases des autres). Il note aussi l'incapacité d'utiliser les noms propres, l'utilisation des néologismes.

KANNER décrit enfin l'intelligence et la mémoire exceptionnelles de ces enfants, et ces derniers traits caractéristiques distinguent l'autisme de toutes les autres formes d'arriération connues en psychiatrie.
Elaboration de l'appareil psychique : Comment entrer en contact avec l'univers interne de l'enfant autistique ?
De quoi est fait son espace psychique ?
Quels types d'angoisse affronte t'il ?

L'angoisse première :
C'est une notion qui a à voir avec le vide, l'écoulement, l'évaporation, l'explosion. La substance psychique doit avoir un contenant pour ne pas s'évaporer, pour ne pas se vider. Ce contenant, qui permettra à l'enfant de vivre entier, c'est la Mère et l'environnement maternel.

De 0 à 2 mois : Position autistique. L'enfant est centré sur lui-même et ses sensations.
De 2 à 8 mois : Position symbiotique. Il y a confusion entre le Moi et l'Autre.
Après 8 mois : Position dépressive. "Je suis Moi et il y a l'Autre".
Le contenant :

C'est dés la position autistique qu'une place primordiale doit être donnée au contenant. Les expériences perceptives du bébé ne sont pas liées entre elles. Il vit des moments où il se sent contenu, et d'autres moments où il se sent tomber. Tout cela ne se distingue pas des autres sensations (tactiles, de chaleur, d'être porté ou non, de bouger, de contact...). Toutes les sensations sont mélangées et mauvaises. Il s'en débarrasse en tapant des pieds et en criant. Notons que ces phénomènes se retrouvent chez les adultes, de manière beaucoup moins intense.

Les protections :

L'enfant est très tôt confronté à la peur de mourir. Il s'accroche à la vie au moyen de mécanismes de défense psychiques:
1) Démantèlement. C'est un mécanisme passif qui consiste à faire en sorte que le Moi précoce soit suspendu, cesse d'exister. Les manifestations pulsionnelles sont désintégrées et l'enfant ne ressent plus l'angoisse. Cela devient pathologique quand le mécanisme est utilisé de manière excessive, massive, stéréotypée. Le démantèlement semble être la base de tout ce qui a à voir avec le fait de suspendre tout lien avec l'extérieur (par exemple dans la toxicomanie). Cela s'observe chez l'autiste quand il coupe tout contact par son regard dans le vague, ailleurs.

2) Identification adhésive. Forme d'identification en surface. Cela s'observe dans l'écholalie où juste la surface de l'attitude et du comportement est réutilisée. C'est vidé de sens. C'est en fait tout ce qui est de l'ordre du mimétisme, de l'accrochage à une sensation pour éviter l'angoisse de la chute (on notera par exemple le regard qui se fixe sur un point...). Cela concerne le contact corporel et psychique. Le mécanisme d'identification adhésive a pour but d'éviter de disparaître.

Pôle institutionnel ... dans le quotidien, la vie de tous les jours.
Dans l'arrivée de l'enfant à l'hôpital de jour, il y a prise en compte de la part des parents du problème psychiatrique. Les prises en charge se font souvent en petits groupes. Ce sont pour la majorité des enfants qui ne parlent pas. La mise en sens de ce qui se passe est fonction du ressenti du soignant. Il convient de repérer l'intensité d'angoisse qui est vécue par chacun de ces enfants. Il faudra les amener à renoncer à leurs défenses archaïques, et pour cela leur fournir un contenant extérieur.

Notons que les enfants autistes, de même que les bébés ont un psychisme confronté à l'angoisse.
Il sera important d'être avec l'enfant dans un lieu fermé, pour qu'il puisse se poser quelque part, et de vivre le moment présent. L'enfant a besoin d'être tenu, contenu. Pour certains d'entre eux, quand le lien est coupé, c'est l'effondrement. La régularité des retrouvailles crée une histoire qui aide l'enfant.

Origine

Il n'y a pas une cause à l'autisme, mais plutôt un "télescopage" entre des facteurs provenant de deux sources:

En ce qui concerne la Mère, on peut noter une dépression post-partum non contenue et non perçue par l'entourage. Cela provoque un non investissement psychique du bébé.
En ce qui concerne l'enfant, on pourra retenir des éléments organiques, ou une sensibilité excessive. L'enfant se sent plus tôt qu'un autre détaché de sa Mère, et se trouve confronté dans ce cas, à une Mère défaillante qui ne peut compter sur lui pour se restructurer.
Une des fonctions du bébé est de restructurer sa Mère. La femme déprimée qui trouve un bébé souriant en rentrant chez elle (un bébé qui répond et sollicite sa Mère), pourra compter sur la relation induite par l'Enfant pour restructurer le Moi défaillant, pour se réparer. Le bébé gratifie, satisfait narcissiquement la Mère déprimée. On peut donc parler d'évènements circonstanciels d'où résulte l'autisme.
Notons que l'autisme touche en majorité les garçons (à 80%).
Il sera bon de travailler en collaboration avec un psychomotricien qui aura 3 préoccupations :

1.Au niveau du corps adroit, il s'attachera aux mouvements issus de la gymnastique où il est essentiel de rééduquer la fonction motrice. Le corps devra devenir le moins maladroit possible.
2.Au niveau du corps conscient, il s'attachera à l'aspect émotionnel. Il faut imprimer le corps de sensations, au moyen par exemple du yoga, de la relaxation etc...
3.Au niveau du corps fantasmatique, du corps signifiant qui dit quelque chose à notre insu. C'est à ce niveau que s'exerce l'influence, dans le travail du psychomotricien, de la psychanalyse.

Il faut noter que plus la pathologie est lourde, plus la différenciation des interventions est aléatoire. L'éducatif rejoint alors le thérapeutique, dans une vision plus globale où l'acte lui-même n'est pas très important, alors que ce qui est ressenti, représenté psychiquement l'est davantage.

Le psychomotricien devra être sensible à ce que veut montrer l'enfant.

Fonction de contenance

L'enfant a besoin de trouver un contenant où déposer ses angoisses insupportables. Quand il ressent une émotion insoutenable, il l'extériorise par des cris, des décharges motrices, et fait revivre cette émotion à la Mère. Celle-ci interprète, donne un sens et va faire en sorte que cette émotion devienne supportable pour (et par) l'Enfant: L'intolérance à la frustration va diminuer. Cela nécessite que la Mère soit présente, disponible psychiquement et physiquement. C'est à dire que rien ne l'occupe par ailleurs. Il faut qu'elle ne soit pas détruite par cette émotion, qu'elle puisse la surmonter et donc tolérer la réaction de l'Enfant. La Mère récupère l'Objet psychique évacué et le restituera au bébé une fois que ce sera rendu plus tolérable.

Dans un deuxième temps l'Enfant devra intérioriser cette fonction qui lui permettra de ne pas subir l'assaut d'une émotion trop violente. Il aura alors en lui une "fonction maternelle". L'Enfant fera d'abord appel à sa Mère interne (hallucination) et ensuite il fera appel à la Mère externe (le vraie), mais le travail psychique sera déjà en partie accompli.

A la fin de la première année, la Mère interne sera permanente, et remplacera la vraie Mère lorsque celle-ci sera absente.

Chez l'autiste (Etre humain qui s'est construit un système de relation à l'Autre de type autistique), il n'y a pas ce mécanisme. La séparation n'est même pas ressentie. C'est le vide permanent. Dans une forme plus développée (autisme secondaire), la Mère interne est présente mais pas assez forte. Dans la psychose symbiotique, la séparation est vécue comme une atteinte intolérable à la toute puissance.

Quelques caractéristiques

- Il y a une grande difficulté à maintenir ces enfants dans un réseau familial et social, ainsi qu'un grand risque de les enfermer, de les exclure dans des institutions spécialisées.
- Difficulté aussi pour ces enfants d'être vécus comme sujets, les stigmates faisant écran à une souffrance qui est bien au delà du corps.
- Les autistes sont tous confrontés à la mort, et le discours les concernant tourne bien souvent autour (mort physique et mort psychique).
- Le soin psychiatrique doit lutter contre l'enfermement, le totalitarisme. Il faut un cadre suffisamment solide et protecteur, mais remaniable et vivant.
- Les soins physiques sont nécessaires mais ne doivent pas réduire le sujet à la seule science médicale objective. Il faut travailler aussi sur la fantasmatisation, la désillusion chez les soignants, leur dépression... L'approche de ce type d'enfant doit être la même que pour tout être vivant, et se faire aussi sur un mode symbolique.

http://psychiatriinfirmiere.free.fr/

lundi, 16 novembre 2009

Lettre ouverte à Dieu, le Père Absent.

 

Cher Dieu,

 

 

Cela fait longtemps que je ne t'ai plus adressé la parole, alors ce soir, comme je n'ai plus vraiment l'âge d'écrire à Saint Nicolas ni au Père Noël, tes deux joyeux collègues, je prends ma plume et me décide à t'envoyer cette lettre que tu pourras, selon ce qui semble être chez toi une vieille habitude, ranger selon cette méthode de classement vertical qui t 'est propre et dont tu uses si souvent et si bien. Au moins, j'aurai cette satisfaction d'avoir pu coucher sur papier ce que j'ai à te dire et qui chez toi n'éveille aucun écho.

Ah, je t'entends déjà me dire, par la bouche de tes porte paroles autorisés que c'est un malentendu (c'est toi qui le dit! Serais-tu sourd ?) et que je devrais te prier plus si je voulais t'entendre me répondre, toi qui prétends être mon père.

Si tu l'étais vraiment, sans doute te prierai-je surtout de me foutre la paix et de me lâcher les baskets, comme tout bon fils correctement équilibré et qui se respecte. Mais tu ne m'en donnes même pas l'occasion : tu n'es qu'un père absent, incapable de susciter en moi la plus élémentaire conscience, sinon fierté d'une appartenance quelconque à une hypothétique famille. Ceux qui s'en réclament en s'appelant frères et sœurs me laissent de glace et n'éveillent en moi aucun lien du sang. Ce n'est pourtant pas faute pour eux d'en avoir fait couler des flots en ton nom!

Car tu n'es pas seulement un père absent : tu es aussi un pervers et un tordu sanguinaire. Car enfin tout le démontre dans ton histoire, depuis le plaisir que tu prends à casser tes jouets jusqu'au sacrifice programmé de ton propre fils, conçu en douce avec une gamine, en passant par ta manie de cacher ton nom et de tout faire pour éviter d'être vu ou reconnu et en instaurant une grande fête cannibale.

Franchement, tu es un cas, Dieu, un cas pathologique s'entend, qui à toi tout seul justifierait une édition spéciale du DSM ! Et à voir ton mode de fonctionnement tel qu'il est décrit dans des livres que tu aurais toi-même dictés, on peut se demander ce qui a bien pu tellement bouleverser ta vie pour que tu en sois arrivé là! Vraiment, à en croire les résultats, tu n'as pas dû avoir beaucoup de chance et tu as dû subir de terribles traumas!

Le premier a du être, comme pour nous, pauvres humains, celui de ta naissance, de ta venue au monde des idées que nous élaborons tant bien que mal depuis le jour où nous nous sommes distancés de l'animal. Une naissance choc, à l'image de sa conception, élaborée à notre image et à notre ressemblance !

Pauvre Dieu ! Voila qui t'exonère de toute responsabilité dans ton absence paternelle, dans ta perversion, dans tes manies, tes lubies diverses : C'est nous, les hommes qui t'avons fabriqué, nous prenant nous mêmes comme modèle et te façonnant avec nos qualités et nos failles. Pas étonnant que ça ait foiré!

Allez, cher Dieu, j'arrête ici ma missive. Ne la prends pas trop mal, et ne t'en fais pas trop : je ne t'en veux pas . Au contraire, si vraiment tu existais, j'aurais envie de te plaindre !

 

Jean-Marie Demarque

Théologien

Psychothérapeute - Analyste